L’industrie du béton s’inquiète pour l’avenir de la préfabrication

L’industrie du béton s’inquiète pour l’avenir de la préfabrication

La FIB (1) constate un « retour en arrière » dans les systèmes constructifs avec le recours au travail détaché. Bart Deman*, président de la commission économique, répond à nos questions.


Bâtirama : Pourquoi la Fédération de l’Industrie du Béton lance-t-elle un cri d’alarme aujourd’hui ?

 

Bart Deman 

: Sur un plan global, la fraude au travail détaché est une vraie préoccupation pour notre filière du secteur de la construction en raison notamment de ses impacts socio-économiques. Même si quelques contrôles ont eu lieu sur les chantiers, c’est une goutte d’eau.

 

On a appris qu’une trentaine de chantiers avaient été arrêtés en 2016, cela veut bien dire que très peu de contrôles ont été effectués car tout le monde connaît l’ampleur massive de cette fraude aujourd’hui. Certes, la carte d’identité professionnelle du Bâtiment devient opérationnelle en 2017. Mais, qui dit carte d’identité dit contrôle et nous ne sommes pas convaincus que ces contrôles seront suffisants.

 

Quel impact ce phénomène du travail détaché a-t-il sur vos métiers de préfabricants ?

 

Nos métiers de préfabricants sont affectés par ce phénomène en ce qui concerne nos systèmes de béton préfabriqué horizontaux (prédalles) ou verticaux (prémurs). Nous subissons une concurrence falsifiée par les systèmes de béton coulé en place qui sont dopés grâce à l’utilisation intensive d’une main d’œuvre « bon marché » et peu contrôlée.

 

Cela se fait au mépris des règles du droit du travail (non-paiement des charges sociales, horaires non respectés, pénibilité) et de la sécurité sur les chantiers. Or, nos systèmes issus de la préfabrication ont été étudiés pour assurer une mise en œuvre conforme aux réglementations en vigueur.

 

C’est donc un retour un arrière pour vous ?

 

Certainement. Depuis plusieurs années, on assiste à une tendance forte à l’utilisation de la préfabrication dans les systèmes constructifs. Or, cette tendance de fond en faveur de l’utilisation de la préfabrication, qui garantit rapidité et réduction de la pénibilité sur les chantiers, semble cassé dans notre secteur, avec le retour en force de systèmes utilisant une forte main d’œuvre travaillant dans de mauvaises conditions. Pour notre profession, il s’agit d’un retour en arrière inquiétant.

 

Comment évaluer l’ampleur du phénomène ?

 

Il suffit par exemple de regarder les chiffres concernant la mise en œuvre des prédalles dans les logements collectifs indiqués par Bati-Etudes dans son édition de 2015. Avant 2008, et donc avant la crise, les prédalles représentaient 28 % des systèmes mis en place et les planchers coulés, 68 %.

 

En 2014 et 2015, il ne reste que 13 % pour les prédalles, le coulé en place se taillant la part du lion avec 85 %. Et en effet, depuis la crise, de nombreuses entreprises de mise en oeuvre utilisent de la main d’œuvre bon marché, avec des effets secondaires en termes de sécurité et de qualité.

 

Avec la reprise d’activité, cette tendance pourra-t-elle s’inverser ?

 

Les choses seront compliquées car les entreprises du Bâtiment sont désormais en forte concurrence. Pour décrocher des chantiers avec des prix attractifs et les plus bas possibles, elles ont pris l’habitude d’utiliser une main d’œuvre intensive et bon marché. Donc, ce système est en quelque sorte entretenu en raison de cette nouvelle concurrence.

 

Le profil des entreprises sous-traitantes a d’ailleurs été modifié avec ces nouvelles habitudes : le tissu d’entreprises de taille moyenne que nous rencontrions sur les chantiers tend à disparaître au profit de sous-traitants étrangers parfois peu scrupuleux des conditions de sécurité, et ça nous inquiète aussi …

 

Que peuvent faire vos métiers de préfabricants face à ce phénomène ?

 

Nous voulons dénoncer fermement l’utilisation d’une main d’œuvre détachée « irrégulière » à notre tour comme l’ont déjà fait les autres organisations professionnelles de notre secteur. Il est urgent de faire prendre conscience à nos dirigeants politiques et élus locaux qu’il s’agit d’un cercle vicieux qui mène à une destruction de notre éco-système de la Construction en France et aussi à la création de valeur générée sur nos territoires.

 

Cette prise de conscience est fondamentale pour faire bouger les lignes. Nous continuerons bien évidemment à mettre en avant les atouts de nos produits et poursuivrons nos efforts de recherche et développement pour proposer des systèmes plus innovants, en intégrant par exemple de nouvelles fonctions dans nos planchers à prédalles.

 

Nous avons, en effet, la certitude que ce type de solutions correspond aux performances requises dans le respect des règles de sécurité pour le personnel qui le met en œuvre…

 

*et directeur général chez KP1

 

(1)  Fédération de l'industrie du béton



Source : batirama.com / Fabienne Leroy

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