Histoire du sapin (2) : le résineux veut jouer la carte du bois-collé

Histoire du sapin (2) : le résineux veut jouer la carte du bois-collé

La filière française des résineux joue la carte de l’amalgame épicéa/sapin, mais ce binôme semble avoir vécu. Ce qui ouvre de nouvelles perspectives en construction.






L’épicéa est aujourd’hui l’essence reine de la charpente et de la construction bois en Europe. Sa disponibilité en Europe de l’Est compense le rééquilibrage de la sylviculture germanique à la suite des nombreuses tempêtes des dernières décennies.

 

En France, par contre, la ressource disponible est limitée au regard des besoins d’une filière en développement. On a l’habitude d’importer des sciages et des bois-collés en épicéa. Mais dès lors qu’il deviendra important de produire en circuit court, le recours aux autres essences de conifères françaises s’imposera.

 

Parmi les alternatives hexagonales que sont également le pin sylvestre, le pin maritime, le Douglas, le pin Laricio et autres, le sapin blanc ou pectiné s’impose.

 

A égalité avec l’épicéa, cette essence couvre 600 000 hectares de forêts pour une réserve de 200 millions de mètres cubes de bois sur pied et un accroissement naturel de l’ordre de 6 millions de m3 par an, dont seulement quelque 2 millions sont actuellement prélevés. Et pour cause.

 

Un bois de sciage mal aimé

 

Les gros sapins prédominent, leur récolte est compliquée, leur diamètre ne permet pas un sciage rapide en canter. Qui plus est, les vieux arbres donnent un bois avec de gros nœuds, quand le sciage ne met pas à jour des défauts cachés.

 

Enfin, les sciages sèchent non seulement plus lentement que ceux en épicéa, mais ils ne parviennent que difficilement à atteindre un taux d’humidité homogène. Le bois d’œuvre est comparativement plus lourd que l’épicéa, et plus exposé à l’attaque de certains insectes.

 

Si l’aval de la filière préfère souvent l’épicéa, l’amont respecte le sapin qui n’acidifie pas les sols, qui repousse en régénération naturelle y compris sous couvert du hêtre, et dont les racines s’ancrent plus solidement.

 

Difficile d’en déduire, d’après les connaissances actuelles, si le sapin résistera mieux au changement climatique que l’épicéa. Dans les Pyrénées et le Massif Central, les sapinières sont menacées par le stress hydrique. Il y a donc péril en la demeure.

 

Diminuer les densités de peuplement est une piste, tout comme le remplacement progressif du sapin par des essences plus adaptées. Dans tout les cas, il faut agir et pour cela, trouver des débouchés rémunérateurs pour un bois dont presque personne ne veut.

 

 

   Stockage des billons écorcés à l’entrée de la scierie

 

Jouer la carte du sapin

 

La Forêt Noire constitue à cet égard un laboratoire intéressant, car une association tente d’y promouvoir l’essence locale depuis vingt ans déjà. En France, la marque Sélection Vosges fait une large part au sapin, mais sans trop l’afficher.

 

Parmi les labels régionaux plus récents, Sapin du Jura fait sciemment l’amalgame entre les deux essences, tout comme Bois des Alpes. L’idée qui prévaut semble être de faire bénéficier le sapin de la bonne réputation de l’épicéa et ainsi de grossir les volumes. Ne faut-il pas être un spécialiste pour distinguer les deux essences une fois que le bois est scié en planches ?

 

Les Allemands, à l’inverse, ont préféré courir le risque de distinguer nettement sapin et épicéa. Les scieurs locaux achetaient des lots mixtes mais exigeaient des rabais importants pour le sapin, à cause de ses « défauts » cités plus haut.

 

Au fil du temps, on a vu s’esquisser une filière de transformation spécialisée, à l’instar de l’évolution de la scierie Echtle sur le commune de Nordrach. Bien que membre de l’association « Forum Weisstanne », il ne s’agit pas d’un transformateur exclusif de sapin.

 

 

   Séchage des sciages à l’air libre, en complément des capacités des séchoirs

 

    Fabrication de plateaux à partir de planches de sapin aboutées

 

La niche des bois de fort diamètre

 

A ce titre, Echtle ressemble à de nombreuses scieries françaises. Comme nombre de scieries moyennes locales, il a pris la mesure de la concurrence des très grandes scieries allemandes de résineux et s’est concentré sur la niche des bois de fort diamètre.

 

La scierie tire avantage du fait qu’il lui est possible de réceptionner en bordure de routes forestières des billons pré-triés en qualité. La qualité, c’est notamment important dans le cas du sapin, car le transformateur va s’efforcer de tirer le meilleur de la grume, en sciant sur quartier.

 

Ce travail de sciage s’effectue selon une démarche assez complexe qui permet d’obtenir autant que possible des cernes parallèles dans le sens de la longueur, puis de trier et d’optimiser les sciages séchés afin de les abouter et de les raboter.

 

Pour l’heure, Echtle fabrique à partir de ces barres, avec de la colle blanche, des plateaux destinés à un usage intérieur. Il ne manque plus grand-chose pour que ces barres aboutées servent à fabriquer des poutres en lamellé-collé, comme cela vient d’être fait de façon pionnière par Cosylva en France, pour l’extension d’un entrepôt d’un négociant spécialisé de Saint Chamond, Vray Diffusion.

 

   Incorporation des plateaux lors de la fabrication de caissons de planchers chez l’industriel Lignotrend.



Source : batirama.com / Jonas Tophoven

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