Compagnons : quelle formation pour la génération Y ?

Compagnons : quelle formation pour la génération Y ?

Le 7 avril dernier, les Compagnons du Devoir ont organisé une conférence débat sur l’évolution des métiers de la Maçonnerie. Une préoccupation forte pour cette association centenaire.





C’est devant un parterre de représentants de syndicats professionnels, et d’anciens compagnons, cols bleus ou cols blancs, qu’Eric Bertrand, Maître de Conférence en science de l’éducation à l’Université Paris-Est Créteil (94) s’est interrogé sur une vision prospective d’ingénierie de formation en France.

 

Et en particulier sur les enjeux et liens possibles avec l’évolution des métiers du bâtiment et celle des formations Compagnons du Devoir. Dans l’assistance, l’intérêt est grand. Car le Maître de conférence agrège des mots sur des courants naissants que tous pressentent.

 

En filigrane, il décrypte les attentes de cette fameuse génération Y qui devrait représenter 75 % des actifs dans le monde en 2025, selon une étude de Deloitte et du Brookings Institute.

 

Les codes traditionnels mis au rebut

 

Seul hic : elle n’accepte pas les codes traditionnels d’un monde du travail, lui aussi en pleine mutation : « la question du travail nomade grandit de plus en plus et à côté, cette génération veut être acteur de sa vie », constate l’universitaire.

 

« Elle est victime de la psychologisation des années 1980 et 1990 pendant lesquelles des messages ont été envoyés tels « qu’il faut se prendre en mains, ce n’est pas la société qui va t’aider ». Avec pour certains un impact négatif, car ces poncifs « ont été tellement présents qu’on voit arriver chez eux la fatigue d’être soi ».

 

En parallèle, une forme de salariat plus mobile dans l’espace et dans le temps nait à l’image de nouveaux lieux de travail comme des Fab Lab ouverts à tous et mettant en commun les outils de conceptions et de réalisation, des espaces de co-working à occuper à la carte à plusieurs, ou autres entreprises modulaires en ville ou pas.   « Le contrat commercial est-il en train de remplacer le contrat de travail ? », interroge Éric Bertrand. L’avenir le dira.

 

Le travail du 21e siècle anticipé

 

En attendant, ces jeunes veulent désormais vivre autrement. Cette génération 2.0 avide d’autonomie et de transparence qui a propulsé le modèle d’entreprise libérée, « en à ras-le-bol d’entendre parler de chômage, mais en même temps, cette montée de l’intermittence est aussi une manière de créer de l’insécurité », reprend Éric Bertrand.

 

Certes le constat n’est pas rose. Mais à son énumération, on finit par se dire dans l’assistance toute ouïe que la création l’année dernière d’un compte personnel d’activité (CPA)* qui entre en vigueur en janvier 2017 est plutôt une bonne chose.

 

Avec pour objectif de construire la protection sociale des travailleurs du 21e siècle et à l’heure où il va être de plus en plus difficile de réaliser un parcours professionnel dans une seule entreprise, ce coffre-fort des droits, regrouperait les différents comptes existants : compte personnel de formation, compte pénibilité, droits au chômage rechargeables, compte épargne temps et même mutuelle.  

 

« Il faut former nos jeunes générations vers ce type de système. Le contrat de travail va changer car le travail change ».

 

Transmettre dans un modèle de co-élaboration

 

Autre élément en mouvement : l’éducation.  « Entre le désir de chacun de s’élever et les organisations du travail qui doivent générer des flux, il faut trouver des méthodes à réinventer », continue Éric Bertrand. En particulier dans le domaine de l’alternance, qui n’arrive pas à se débarrasser de sa mauvaise image comme le déplorent ceux qui ont fait le déplacement jusqu’à la Maison des compagnons.

 

Cette formation, à rénover voire même à réhabiliter, concerne moins les Compagnons, « qui ont déjà réfléchi en termes d’ingénierie des parcours quand de nombreux organismes de formation s’interrogent sur la mise en place de dispositifs qui intègrent ce sujet », ajoute l’universitaire. 

 

« Pour les gens qui accompagnent les apprentis, le modèle est celui de la transmission. Or, il va falloir être dans la co-élaboration, et les tuteurs le savent très bien ». Autre piège à éviter : l’illusion technologique, qui n’est pas en mesure de supplanter les savoirs (faire et même être), « nous sommes confrontés à pléthore d’informations qui ne permettent pas de changer le monde.

 

* www.strategie.gouv.fr/sites/strategie.gouv.fr/files/atoms/files/note-cpa-trois-questions.pdf                     



Source : batirama.com / Stéphanie Lacaze-Haertelmeyer

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