Jeudi 5 novembre 2026, les présidentes et présidents de région ont vivement contesté la méthode du ministère de l’Éducation nationale, après la publication d’une liste de 200 établissements considérés comme prioritaires pour des travaux sur leur bâti. Dans un courrier adressé au ministre Édouard Geffray et consulté par l’AFP, les élus dénoncent une initiative menée sans concertation, qu’ils jugent aussi contestable sur le fond que sur la forme ; les collectivités n’ayant pas été sollicitées afin d'en vérifier la pertinence. "Cette méthode n'est pas acceptable", écrivent les responsables régionaux dans leur courrier daté du 5 novembre.

Au-delà de l’absence de concertation, les régions s’attaquent à la manière dont cette liste a été constituée ; car fondé sur les seules contributions recueillies sur internet, le classement ne permettrait pas, selon elles, de hiérarchiser sérieusement les besoins de rénovation : "les alertes des lycéens méritent mieux qu'un exercice de communication démagogique. Fondé sur les seules contributions recueillies par internet, ce classement ne mesure ni la gravité des difficultés, ni l'urgence des travaux, ni la taille des établissements, ni encore moins si des travaux sont en cours ou ont été effectués", dénoncent les élus.
Les signataires affirment que de simples vérifications auraient permis d’éviter plusieurs erreurs. Ils citent notamment des établissements de Martinique qui auraient été complètement rénovés, ainsi qu’un lycée de Sartrouville ayant récemment reçu un prix d’architecture. "Des vérifications élémentaires vous auraient permis de détecter dans cette liste des lycées complètement rénovés (comme en Martinique) ou qui ont même reçu récemment un prix d'architecture [comme à Sartrouville]", poursuivent-ils.
Les régions pointent également "de graves erreurs factuelles" dans le document, notamment sur le nombre de lycées présents dans chaque région. De quoi fragiliser, à leurs yeux, la crédibilité d’un classement censé orienter les priorités d’investissement dans le bâti scolaire.

Ici, en photo, le lycée Élisabeth et Robert Badinter de Cournonterral (34), a accueilli ses premiers élèves à la rentrée. Financé par la Région Occitanie pour la modique somme de 52 millions d’euros, ce nouvel établissement de 16 500 m2 pourra recevoir à terme 1 400 lycéens. Orienté vers les métiers du numérique et de l’informatique, il comprend notamment un internat de 50 places, un restaurant scolaire et un plateau sportif. Conçu à énergie positive, il associe géothermie, panneaux photovoltaïques et matériaux biosourcés. Évidemment, cet établissement flambant neuf ne figure pas parmi les 200 lycées concernés par les travaux de rénovation (et n’a pas subi de dégradations à la suite des manifestations). © Laure Pophillat
La contestation dépasse la seule liste des établissements puisque les élus régionaux rejettent catégoriquement l’idée d’un observatoire national du bâti scolaire, estimant que l’État empiète sur les responsabilités des collectivités. "Que l'État s'occupe de ses compétences, et qu'il laisse les régions gérer les leurs", écrivent-ils, avant d’affirmer "refuser catégoriquement tout projet d'observatoire national du bâti scolaire".
La question des moyens financiers nourrit également la colère. En plein débat budgétaire, les régions rappellent que le projet de loi de finances pour 2027 prévoit un prélèvement de "plus d'un milliard d'euros" sur leurs ressources, et ce alors que les élus évaluent à 2,7 milliards d’euros le montant cumulé des prélèvements opérés sur les trois dernières années. Une somme correspondant, selon eux, à "la somme que les régions consacrent chaque année à l'investissement dans les lycées".
L’enveloppe de 4 milliards d’euros de prêts sur quatre ans proposée par le gouvernement ne leur paraît pas davantage répondre aux besoins. Les responsables régionaux estiment qu’elle ne "constitue pas une proposition à la hauteur des enjeux" et dénoncent une "fuite en avant dans l'endettement". Selon eux, les "lycées ont besoin de moyens, pas de palmarès statistique".

Les tensions autour de la rénovation du bâti scolaire prennent un relief particulier avec le sinistre survenu au lycée Nelson-Mandela de Nantes. En effet, le hall d’entrée de l’établissement a été détruit par un incendie volontaire le 1er octobre, dans le contexte d’un mouvement lycéen accompagné de blocages. Ce matin-là, aux environs de 7 heures, "plusieurs jeunes cagoulés disposaient des poubelles et du matériel urbain devant la porte d'entrée du lycée, y mettaient le feu, certains d'entre eux avec des aérosols projetant des flammes", rappelle le procureur de la République de Nantes, Antoine Leroy. "Des tirs de mortiers étaient également effectués en direction de la porte du lycée, laquelle était totalement obstruée par un amoncellement de détritus", poursuit-il.

Le lycée Nelson Mandela de Nantes, ici en photo, ouvert à la rentrée 2014, n'avait que douze ans lorsqu'il a été partiellement ravagé par un incendie volontaire, le 1er octobre 2026. Le feu s’est propagé à l’entrée et à la toiture, brisant des vitres et endommageant les panneaux photovoltaïques, le réfectoire ainsi que quelques chambres de l’internat, alors occupées par des élèves. Les dégâts sont estimés à 4 millions d’euros par la Région Pays de la Loire. Une réouverture partielle de l’établissement est envisagée le 16 novembre. © Sébastien Salom-Gomis / AFP
Le lendemain, les enquêteurs ont constaté la présence de poubelles "près du point de carbonisation" et relevé "l'utilisation de produits accélérants d'origine pétrolière et liquide". L’enquête a conduit à l’interpellation de trois élèves de 16 ans, placés en garde à vue mardi matin ; deux d’entre eux ont été déférés jeudi matin au parquet de Nantes. Selon le procureur, ils ont admis "une partie de la matérialité des faits". Quant à la garde à vue du troisième adolescent, elle a été levée, "les investigations et auditions ne permettant pas, en l'état, de le mettre formellement en cause", a expliqué Antoine Leroy. L’un des jeunes interpellés est connu des services de police et de la justice.
Les trois lycéens avaient été placés en garde à vue pour plusieurs chefs, dont la participation à un groupement formé en vue de préparer des violences ou des destructions lors d’une manifestation sur la voie publique, la destruction d’un bien d’autrui par un moyen dangereux pour les personnes lors d’une manifestation, ainsi que la destruction ou dégradation en bande organisée d’un bien d’autrui par un moyen dangereux pour les personnes. Ce dernier fait, de nature criminelle, est passible de 20 ans de réclusion, rappelle le parquet.