L’été caniculaire aura au moins soutenu une partie de l’activité des artisans du bâtiment. De fait, entre juillet et septembre 2026, les travaux de rénovation énergétique ont progressé de 1 % par rapport au trimestre précédent, selon les chiffres publiés par la CAPEB, une première hausse après deux ans et demi de recul, portée notamment par la demande d’installations de climatisation et de ventilation.
Toutefois, ce sursaut ne change pas la tendance générale. Sur un an, l’activité globale des entreprises artisanales du bâtiment a diminué de 1 % au troisième trimestre. La construction neuve reste en baisse, tout comme les travaux d’entretien et d’amélioration. "On continue de travailler avec un mode dégradé de l’activité et cela génère de l’agacement et de l’inquiétude", a averti Jean-Christophe Repon, le président de la CAPEB. Pour les entreprises, la reprise reste donc loin d’être acquise.

La climatisation et la ventilation tirent la rénovation énergétique vers le haut, mais les artisans du bâtiment restent dans le rouge, avec une activité en recul de 1 % sur un an. La CAPEB pointe aussi la hausse des coûts et l’éviction des entreprises artisanales de certains marchés de pompes à chaleur. © IA / Laure Pophillat
La progression de la rénovation énergétique s’explique avant tout par les épisodes de fortes chaleurs comme les besoins qu’ils ont fait émerger. Ainsi, les demandes de travaux de climatisation et de ventilation ont augmenté, donnant un coup de pouce à certaines spécialités ; les entreprises de couverture-plomberie-chauffage ayant ainsi enregistré une hausse de 2,5 % de leur activité, tandis que celles de l’électricité ont progressé de 0,5 %.
Dans les autres métiers du bâtiment, la tendance est nettement moins favorable puisque l’activité a reculé de 2 % au troisième trimestre. La CAPEB invite donc à ne pas interpréter ce résultat comme le signe d’une reprise durable, Jean-Christophe Repon le qualifiant de "rebond ponctuel", lié à des conditions météorologiques exceptionnelles et qui n’est pas de nature à "se reproduire dans les mois à venir".
Au-delà des chiffres d’activité, le président de la CAPEB s’est vivement inquiété des conditions d’accès au marché des pompes à chaleur. Le dispositif de leasing de ces équipements lancé par le gouvernement repose sur des consortiums sélectionnés auxquels, selon lui, les artisans du bâtiment n’ont pas suffisamment accès. Jean-Christophe Repon s’est dit particulièrement "énervé" de voir les entreprises artisanales écartées de ces opérations. "On veut se battre pour l’accès au marché des artisans du bâtiment", a-t-il insisté.
Pour la CAPEB, le risque est de voir les marchés se concentrer entre les mains d’un nombre limité d’acteurs industriels, au détriment du tissu artisanal qui assure une grande partie des travaux chez les particuliers. Le président de la Confédération estime ainsi qu’une "concentration du marché est en marche", l'enjeu dépassant le seul dispositif de leasing puisqu'il concerne l’accès des artisans aux marchés de la rénovation énergétique, alors que ces travaux constituent un levier essentiel de leur activité.
Les entreprises doivent également composer avec la hausse de leurs dépenses. L’augmentation du prix des carburants pèse directement sur les déplacements, les livraisons et l’organisation des chantiers. Elle se répercute aussi sur les prix des matériaux, accentuant les tensions sur les marges. De fait, l’enquête menée par la CAPEB fait état de hausses particulièrement marquées depuis mars 2026, au début de la guerre au Moyen-Orient ; trois entreprises sur dix interrogées déclarent avoir subi une augmentation de plus de 10 % de leurs coûts. Pour 37 % d’entre elles, la hausse se situe entre 5 % et 10 %.
Dans un contexte où l’activité demeure en retrait, ces augmentations compliquent l’équilibre économique des chantiers, les artisans devant absorber des dépenses supplémentaires alors que la faiblesse de la demande limite leurs possibilités de répercuter intégralement les hausses sur leurs clients.
Face à cette situation, la Confédération demande à être reçue par le Premier ministre. Elle souhaite défendre ses propositions dans le cadre des discussions sur le budget de l’État pour 2027, avec notamment une baisse temporaire de la TVA sur les travaux de rénovation. Ladite mesure vise à soutenir la demande et à rendre les travaux plus accessibles aux ménages, tout en donnant davantage de visibilité aux entreprises.
Pour la CAPEB, le but est de relancer un marché qui reste sous pression, malgré le sursaut observé cet été dans certaines activités.