Si on lançait un concours pour désigner le plus bel hôtel du département de France, celui du "93" serait bien placé. L’extérieur trop tramé est allégé par un fin bardage polychromique en aluminium, mais c’est surtout l’atrium de l’édifice qui séduit, avec sa verrière immense et son calme. Pour Icade qui a en charge la revalorisation de l’immense territoire des magasins généraux, cette opération "Pulse" fut moins calme, à la fois dans la phase études très longue avec l’agence Fassio-Viaud (désormais BFV Architectes) et Mathis mettant en application ses compétences de construction bois de belle hauteur. Le bâtiment allait dominer la grande place du Front Populaire également bordée par le jardin vertical de Castro, porte d’entrée au campus Condorcet. Le CIO l’a investi le temps de la préparation des JO 2024 et finalement, il a trouvé son client parfait, le département.

La proue du navire sera réhaussée d'un profil de maisonnette en structure bois. © Jonas Tophoven
Au Nord du périph’, côté Aubervilliers et Saint-Denis, il reste encore beaucoup à faire, ce foncier mal valorisé par les magasins des grossistes invite à construire des logements directement raccordés à la capitale par le prolongement de la ligne 12. Au coin sud-est de la place, en face de l’hôtel du département, une parcelle Icade offre la possibilité de bâtir plus d’une centaine de logements, au pied du métro. L’équipe de l’architecte Edouard François doit tenir compte de la charte environnementale qu’Icade a signée avec la ville de Saint-Denis.

Côté sud, le troisième plot est en bois et ça se voit. © Jonas Tophoven
Il en ressort un ensemble de trois plots qui dissocient les techniques constructives. La tour de proue, au coin de la grande place, est en béton avec ciment Hoffmann vertical et CEMIII horizontal. En attique, une construction à ossature bois. À ses pieds, des ouvrages collectifs en pisé préfa (Terrio). Le plot final Sud est en bois et ça se verra. Des balcons en bois, un bardage en bois. Derrière, une structure qui sera masqué mais qui, du R+2 jusqu’à l’avant-dernier étage, joue la carte du CLT sur poteaux en BLC, comme à la belle époque de la construction bois.

Deux maquettes pour les façades des plots en béton et en bois. © Jonas Tophoven
Le couple CLT poteaux BLC n’a pas résolu ses problèmes congénitaux : prix, résistance au feu, encombrement voire acoustique. Mais il fallait bien masser du stockage de carbone quelque part. Icade, avec Jérôme Duru, est à l’origine du développement d’une solution de protection en sous-face des planchers en CLT par application de dalles de béton cellulaire. Le procédé a été développé notamment par Piveteau pour des solutions nervurées en compétition avec l’Azurtec de Mathis, et la perspective d’améliorer le comportement des nervures à cause du béton cellulaire qui les encadre. Le PV passé avec Xella est cependant ouvert, au point qu’il est possible non seulement d’appliquer la solution avec des dalles CLT de Stora Enso, mais aussi en situation sans nervures.

Balcons en bois massifs travaillés pour éviter la rétention d'eau. © Jonas Tophoven
Chez Léon Grosse, il existe un noyau bois nourri notamment par l’expérience du Stellata de Rueil, biberonné par l’expertise de Woodeum. Le TIME est bienvenu. Il permet de tester à la fois le ciment Hoffmann en plot A et B, et la solution Xella en plot C. Les résultats ne sont pas tout à fait concluants pour l’instant, ni du côté des ciments "décarbonnés", ni du côté du bois. L’aspect positif du Xella n’entre pas dans l’idéologie hors-site, mais la réalité pratique des chantiers. Les dalles sont insensibles aux intempéries. Elles s’appliquent à sec sur site et leur emprise est faible au regard des solutions courantes de plafond plâtre suspendu avec plenum et isolant. Samy Ferhah, conducteur du chantier : "la question de vissage doit encore être optimisée et le temps de pose est pour l’instant quatre fois supérieur aux prévisions, d’autant qu’il a fallu protéger également les flancs des solives".

Espaces communs en Terrio (pisé préfa) en cours de construction. © Jonas Tophoven
L’autre avancée de Léon Grosse sur le TIME, côté bois, est le balcon autoportant tout bois. Une option qui fait sourire, et qui ne peut être interprétée comme un retour au bois après les vicissitudes relatives de Stellata avec la solution Arcelor qui n’avait pas été développée à l’origine pour une structure en CLT (existe-t-il à ce jour en Europe une solution bas carbone de balcons associables à la construction bois ?). Pour le TIME, c’est l’équilibre architectural qui compte et qu’à cela ne tienne, l’option bois/bois est développée avec du Douglas et des attentions pour éviter la rétention d’eau tout en respectant les exigences feu des façades.
TIME est le premier grand test pour la solution Xella, tout comme le Wood E par Chartier Dalix, à Pantin, était le premier grand test pour l’Azurtec. Le Wood E a été présenté au Forum International Bois Construction en février 2026, la solution Xella en Tribune des Innovations, tandis que TIME fera sans doute la "une" à Nancy en octobre 2027, quand le chantier sera livrable et révèlera toutes ses facettes, dont le recours en façades aux carreaux Terres cuites des Rairies en prolongement du travail accompli pour Icade en Lot D pour le Village des Athlètes.
Il faut se rendre à l’évidence, l’actualité de la construction biosourcée est de plus en plus régie par les EG. Dans le cas de Léon Grosse, elles rachètent un Techniwood, disposent d’un directeur d’opération spécialisé comme Philippe Favier, intègrent des spécialistes comme Christophe Zellek, développe un cœur d’équipe qui parvient également à transformer des maçons en poseurs de structures bois, montent rapidement en maîtrise et apportent un regard plus large à la profession.
La vieille rivalité des charpentiers saignés en sous-traitant par le gros-œuvre n’est pas enterrée et elle s’exprime même au sein des EG qui intègrent des charpentiers. Mais il faut constater que les EG et leurs collaborateurs apportent une attention technique et une sensibilisation climatique qui renforce la filière biosourcée.
Tout sur le Forum Bois Construction
Plus de 100 logements en RE2025 pour ICADE en face de l’hôtel du Département autrefois baptisé PULSE, par Edouard François avec le pôle bois de Léon Grosse à la manœuvre. L’actualité francilienne de l’an prochain.