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BIM et adaptation climatique du bâti : "le BIM peut transformer la rénovation"

BIM et climat : rénover le bâti autrement

Face au changement climatique, le BIM peut aider à mieux connaître le parc existant, simuler des solutions d’adaptation et hiérarchiser les travaux. Marc Nézet (Nemetschek) nous explique comment.



Ban salon patrimoine 10/2026

Nemetschek Group est l'un des principaux éditeurs mondiaux de logiciels pour la transformation numérique dans les secteurs AEC/O et des médias. Ses solutions logicielles intelligentes couvrent l'ensemble du cycle de vie des projets de construction et d'infrastructure. Les clients peuvent planifier, construire et gérer des bâtiments comme des infrastructures de manière plus efficace et durable, et développer des contenus numériques tels que des visualisations, des films et des jeux vidéo de manière créative. L'éditeur de logiciels développe de nouvelles technologies et approches telles que l'intelligence artificielle, les jumeaux numériques et les normes ouvertes (Open BIM) dans les industries AEC/O afin d'accroître la productivité et la durabilité.

L'entreprise, cotée au MDAX et au TecDAX depuis 1999, a réalisé un chiffre d'affaires de 995,6 millions d'euros en 2024. Et sur l'année 2025, l'éditeur allemand de logiciels pour la construction, qui compte 4 300 salariés, a vu son chiffre d'affaires bondir de 30,5 % en un an.

Marc Nézet est Chief Strategy Officer du groupe Nemetschek et dirige, depuis septembre 2023, la division Operate & Manage. À ce titre, il pilote la stratégie globale du groupe, notamment les opérations de croissance externe, les investissements dans des entreprises innovantes et les partenariats stratégiques. Il est également chargé du développement de la division dédiée aux logiciels d’exploitation et de gestion des bâtiments et des infrastructures, un domaine clé pour prolonger la transformation numérique au-delà de la conception et de la construction. Avant de rejoindre Nemetschek, Marc Nézet a passé 23 ans chez Schneider Electric, où il a notamment conduit plusieurs acquisitions majeures dans les logiciels du bâtiment et des infrastructures, puis occupé un poste de direction chez AVEVA, spécialiste des logiciels industriels. 

 

Marc Nézet, ici en photo, que nous avions rencontré à Batimat, en 2024, sur le stand de Nemetschek Group. © Laure Pophillat

 

 

Batirama / Laure Pophillat : le changement climatique impose de rénover un parc immobilier considérable, souvent ancien et complexe. Le BIM peut-il réellement contribuer à accélérer cette transformation, ou risque-t-il au contraire d’ajouter une couche de complexité à des projets déjà ardus ?

Marc Nézet : Soyons clairs : la complexité de la rénovation liée au changement climatique existait déjà, le BIM ne fait que la rendre visible. Rénover, c’est composer avec une documentation incomplète, des conditions structurelles cachées, des exigences contradictoires et une multitude de parties prenantes.

La difficulté tient avant tout à la fiabilité de l’information. Le BIM aide à rassembler les pièces manquantes : les équipes se coordonnent plus efficacement, testent des solutions en amont et réduisent les imprévus, toujours coûteux, sur chantier. Mais ce n’est pas une solution miracle. Si nous nous contentons de numériser des processus fragmentés, nous reproduirons les mêmes problèmes sous forme numérique.

La véritable opportunité est de passer d’une information morcelée à une intelligence partagée. Nous ne pouvons pas rénover le parc bâti européen à coups de projets isolés, avec des méthodes dépassées.

 

 

Batirama / L. P. : dans les documents que vous nous avez transmis et que nous avons consultés, plusieurs notions reviennent : confort d’été, performance énergétique, rénovation du parc existant, données, simulation… Comment articuler ces différents enjeux dans une démarche BIM ?

Marc Nézet : Il faut cesser de traiter ces enjeux comme des défis distincts. Le BIM ne les résout pas automatiquement, et la maquette seule ne suffit pas : des données fiables, des simulations pointues et une collaboration entre les différents métiers sont indispensables. L’interopérabilité et l’openBIM peuvent renforcer cette approche en permettant aux spécialistes d’échanger leurs informations d’un outil à l’autre.

Le BIM réunit, au sein d’une maquette numérique partagée, la géométrie du bâtiment, les matériaux, les systèmes techniques et les données de performance. Les équipes peuvent ainsi évaluer plusieurs dimensions de la performance, comparer des options de conception et arbitrer avant le début des travaux.

 

Du bâtiment Lelong, à Paris XIVe, à Crescent House, à Londres, jusqu’à la rénovation de 136 logements sociaux à Nottingham, plusieurs projets illustrent le potentiel du BIM et de la modélisation 3D pour adapter le bâti au changement climatique sans sacrifier le patrimoine ni multiplier les démolitions. À Paris, la reconversion de l’ancien hôpital Saint-Vincent-de-Paul (ici en photo) s’appuie sur la modélisation numérique pour préserver la structure existante et intégrer une conception bioclimatique associant notamment des matériaux biosourcés, dans le respect des objectifs du Plan Climat de la capitale. À Londres, la rénovation de Crescent House, immeuble classé du Golden Lane Estate, a reçu un avis favorable de la commission d’urbanisme grâce à une solution de vitrage sous vide permettant d’améliorer l’étanchéité à l’air tout en conservant les menuiseries historiques. À Nottingham, la rénovation lourde de 136 logements sociaux occupés a permis d’éviter environ 94 tonnes d’équivalent CO2 par logement par rapport à une démolition-reconstruction, tout en atteignant une quasi-neutralité énergétique. Portés notamment par les solutions BIM de Vectorworks, marque du groupe Nemetschek, ces projets montrent comment la modélisation numérique peut éclairer les choix techniques, concilier contraintes patrimoniales et exigences environnementales, et donner aux villes des moyens concrets d’accélérer l’adaptation de leur parc immobilier aux fortes chaleurs. © Lacation & Vassam et Bureau Jaune

 

 

Batirama / L. P. : le premier cas présenté est celui du bâtiment Lelong, à Paris XIVe, dans le cadre de la reconversion de l’ancien hôpital Saint-Vincent-de-Paul. Qu’est-ce que le BIM a concrètement permis de faire sur ce projet, notamment en matière de conception bioclimatique ?

Marc Nézet : Le bâtiment Lelong montre que la conception bioclimatique peut naître d’une hybridation entre une structure existante et des interventions soigneusement pensées. Plutôt que de transformer radicalement l’édifice, le projet conserve son volume, ses façades et son ossature, tout en introduisant des extensions contemporaines qui répondent aux nouveaux usages et aux besoins environnementaux. Le BIM contribue ici à traduire le concept architectural en une conception coordonnée. En réunissant les informations sur la structure conservée et sur les ajouts projetés, il permet aux équipes d’évaluer les interactions entre les différents éléments, d’anticiper les contraintes techniques et de résoudre les interfaces entre l’ancien et le neuf. Il soutient le processus de conception sans jamais dicter le projet : les choix bioclimatiques relèvent de la réflexion architecturale et de l’expertise environnementale, et le BIM veille à ce qu’ils soient développés de manière cohérente par les différentes équipes.

 

 

Batirama / L. P. : dans ce type de reconversion, le bâtiment existant constitue à la fois une contrainte et une ressource. Comment le BIM permet-il de mieux connaître l’existant et d’identifier les possibilités d’adaptation sans repartir de zéro ? Autrement dit, comment améliorer les performances d’un bâtiment tout en conservant ses caractéristiques architecturales historiques ?

Marc Nézet : La rénovation du bâti à grande échelle exige une approche plus systématique, fondée sur les données. Avant de décider des interventions à mener, il faut comprendre de façon fiable la structure, l’état et la performance du bâtiment. Le BIM rassemble les informations issues des plans existants, des relevés, des inspections et des équipements techniques. On dispose ainsi d’une référence commune pour évaluer les contraintes, identifier les opportunités et comparer des scénarios de rénovation. Associé à la modélisation énergétique et aux simulations de performance, il aide les équipes à mesurer l’impact des interventions et à mieux les hiérarchiser.

Toutefois, la qualité des décisions dépend de celle des données. La maquette doit refléter l’état réel du bâtiment et être mise à jour au fil des nouvelles informations, afin de mieux orienter l’investissement et l’intervention. C’est d’autant plus important si l’on veut changer d’échelle. Une approche fondée sur les données favorise des processus plus reproductibles, limite les démolitions superflues et les déchets de matériaux, et aide les propriétaires à arbitrer entre les interventions. Grâce à ces outils d’aide à la décision, le parc bâti devient un actif dont la valeur peut être prolongée.

 

 

Batirama / L. P. : Les trois projets présentés sont très différents : une reconversion à Paris, une rénovation patrimoniale à Londres et une opération de logements sociaux à Nottingham. Qu’est-ce qu’ils ont en commun du point de vue de l’utilisation du BIM ?

Marc Nézet : Malgré la diversité de leurs contextes, ces projets montrent comment le BIM peut transformer une donnée brute en information utile pour soutenir les décisions tout au long du cycle de vie de l’ouvrage. Les équipes peuvent ainsi explorer des alternatives de conception, évaluer des options de rénovation et, en associant le BIM à des outils de simulation, mesurer les améliorations possibles avant leur mise en œuvre. Il aide aussi les architectes, les ingénieurs et les professionnels de la construction à travailler à partir de données plus cohérentes et à repérer plus tôt les problèmes.

Pour notre secteur, le BIM va donc bien au-delà de la modélisation : il s’agit d’éclairer les décisions, d’améliorer la conduite des projets et de soutenir la performance du bâti. Qu’il s’agisse de préserver le patrimoine architectural, d’adapter les bâtiments au changement climatique ou de passer à l’échelle de la rénovation, le BIM fournit un socle pour décider en connaissance de cause.

 

 

Batirama / L. P. : le BIM est souvent présenté comme un outil de conception. Peut-il également devenir un outil d’aide à la décision pour les propriétaires et gestionnaires de bâtiments existants, notamment pour déterminer quels travaux réaliser en priorité ?

Marc Nézet : Ce serait une erreur de ne voir dans le BIM qu’un outil de conception, sa valeur s’étend bien au-delà. Il peut aider les propriétaires à décider comment gérer, entretenir et rénover leur patrimoine. Pour les bâtiments existants, l’enjeu n’est pas seulement d’identifier ce qui doit être amélioré, mais de déterminer quelles interventions engager en premier, compte tenu de budgets limités, de priorités concurrentes et de risques climatiques croissants. En réunissant les informations sur l’état du bâtiment, sa performance énergétique, ses besoins de maintenance et son historique d’exploitation, le BIM peut aider les propriétaires à comparer les options de rénovation et à en mesurer l’impact potentiel. Ce bénéfice est d’autant plus grand que ces informations sont partagées entre les disciplines : les architectes apportent leur compréhension de la conception et du caractère patrimonial du bâtiment, tandis que les ingénieurs évaluent la faisabilité technique et simulent différents scénarios. L’openBIM et les workflows interopérables peuvent faciliter cet échange, chacun pouvant travailler avec ses outils de prédilection tout en s’appuyant sur des informations communes.

En définitive, le BIM peut transformer la rénovation. D’une série de décisions isolées, elle devient une stratégie coordonnée, fondée sur des faits. Les propriétaires peuvent ainsi hiérarchiser les interventions selon leur urgence, leur coût et leur impact attendu, plutôt que de s’en remettre à des hypothèses ou de traiter les problèmes à mesure qu’ils surviennent.

 

 

Batirama / L. P. : existe-t-il aujourd’hui des outils permettant de simuler plusieurs scénarios d’adaptation – par exemple face à la surchauffe estivale – avant de choisir une solution technique ?

Marc Nézet : La modélisation numérique et la simulation de la performance des bâtiments permettent déjà aux architectes et aux ingénieurs de tester différents scénarios d’adaptation avant de s’engager sur une solution. Des outils comme Nemetschek Creator et ALLPLAN peuvent accompagner cette démarche. Nemetschek Creator permet de comparer des scénarios de conception dès les premières phases, grâce à des fonctionnalités intégrées telles que les études d’ensoleillement et d’ombres portées, ou l’analyse du microclimat et des vents. Plateforme flexible, aux capacités d’analyse en expansion et à l’écosystème ouvert aux solutions tierces, Creator permettra des évaluations de performance toujours plus complètes et des décisions de conception plus éclairées. Associé à des flux d’ingénierie et de simulation, ALLPLAN peut contribuer à évaluer la performance du bâtiment et les alternatives techniques.

Prenons l’exemple de la surchauffe estivale. Les équipes peuvent étudier les effets de la protection solaire, des vitrages, de l’isolation et de la ventilation, et mesurer leur impact sur le confort et la performance énergétique. Plutôt que d’optimiser un paramètre isolément, elles peuvent comparer les alternatives et comprendre les arbitrages entre confort, consommation d’énergie, coûts et contraintes architecturales. Les évaluations de confort thermique les plus poussées peuvent exiger des outils de simulation spécialisés. L’enjeu est de relier la maquette du bâtiment à des données fiables et à l’analyse de performance. L’IA peut encore accélérer cette démarche en aidant à explorer d’autres pistes, mais l’expertise professionnelle reste indispensable pour interpréter les résultats et retenir la bonne solution.

 

 

Batirama / L. P. : on parle beaucoup de rénovation énergétique, mais l’adaptation au changement climatique suppose parfois d’autres interventions : protection solaire, ventilation, gestion de l’eau, végétalisation, matériaux, organisation des espaces… Le BIM permet-il d’avoir une approche suffisamment globale ?

Marc Nézet : L’adaptation au changement climatique ne peut se réduire à la performance énergétique. Un bâtiment peut être économe en énergie et pourtant mal préparé à une canicule, à de fortes pluies ou à la sécheresse. Il faut l’examiner dans sa globalité, et c’est là que le BIM fait la différence. En réunissant toutes les informations sur le bâtiment, il offre un socle commun pour évaluer sa performance. Les équipes peuvent ainsi envisager un éventail plus large d’interventions : protection solaire, ventilation naturelle, gestion des eaux pluviales, végétalisation, choix des matériaux. Par exemple, face aux canicules, une protection solaire extérieure peut réduire l’insolation, mais son efficacité dépend aussi des vitrages, de la ventilation, de l’orientation du bâtiment et de l’usage des espaces.

Des outils comme Vectorworks Landmark favorisent une conception paysagère résiliente au climat : ils aident les paysagistes à analyser l’atténuation des îlots de chaleur urbains et les conditions microclimatiques. En intégrant les paramètres environnementaux au workflow BIM, ces professionnels peuvent tester leurs choix de conception et créer des espaces urbains plus frais et plus résistants à la chaleur. En examinant ces facteurs conjointement, les professionnels peuvent comparer des interventions et prendre des décisions mieux éclairées avant d’engager des travaux coûteux d’adaptation au changement climatique.

 

 

Batirama / L. P. : les trois projets présentés sont relativement importants. Ces méthodes sont-elles transposables à des opérations plus modestes, notamment à des logements individuels, des petites copropriétés ou des bâtiments tertiaires de taille moyenne ?

Marc Nézet : Rendre le BIM accessible aux projets de plus petite taille est une opportunité majeure pour la profession. Sa valeur ne dépend pas de l’envergure du projet, mais de la capacité de l’information sur le bâtiment à éclairer la décision. Les défis sont en effet les mêmes : analyser le bâtiment existant, choisir les bonnes interventions, maîtriser les coûts et améliorer la performance. Pour une maison individuelle ou une petite copropriété, une maquette numérique peut aider à comparer des options de rénovation, comme l’isolation, le remplacement des fenêtres ou la protection solaire. Pour des bâtiments tertiaires de taille moyenne, le BIM peut appuyer les décisions en matière d’efficacité énergétique, de confort intérieur et de maintenance. L’essentiel est d’adapter le niveau de détail au projet : tous les bâtiments n’exigent pas une maquette complexe, il suffit de disposer de l’information juste pour mieux décider. Le facteur déterminant reste l’ambition des architectes et des ingénieurs face au réchauffement climatique et aux enjeux environnementaux. Nous avons la chance de travailler avec une communauté qui repousse les limites de la conception durable.

Nos logiciels sont des facilitateurs : ils lui donnent les outils nécessaires pour transformer ses ambitions environnementales en réalité, et pour concevoir et construire avec la durabilité au premier plan. Nous sommes fiers de cette communauté et du rôle que nous jouons pour l’aider à façonner un environnement bâti plus durable.




Source : batirama.com /  propos recueillis par Laure Pophillat / © Nemetschek

L'auteur de cet article

photo auteur Laure Pophillat
Après un doctorat en Littérature française, puis un passage de quelques années dans l'enseignement (du français, notamment aux Compagnons du Devoir et du Tour de France), Laure Pophillat s'est tournée vers la rédaction web, ainsi que le journalisme. Curieuse, éclectique et investigatrice, tous les thèmes pertinents (et donc passionnants) l’intéressent !

Aujourd'hui rédactrice en chef du bimédia Batirama, elle oriente la ligne éditoriale vers un large spectre de sujets couvrant l’entièreté de la filière bâtiment et construction, avec une prédilection pour les portraits de femmes et d’hommes engagés, inspirés et inspirants, dans un environnement, celui du BTP, toujours en mouvement.
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