La RE2020 et, entre autres, les déclarations environnementales des produits de construction poussent les entreprises à mieux mesurer leur impact environnemental. Mais entre le Bilan Carbone, qui évalue les émissions de gaz à effet de serre d’une organisation, et l’Analyse du Cycle de Vie (ACV), qui mesure les impacts d’un produit ou d’un bâtiment sur l’ensemble de son cycle de vie, les méthodes et les objectifs diffèrent. Pour les fabricants de matériaux et d’équipements du bâtiment, maîtriser ces deux approches devient un enjeu à la fois réglementaire et commercial, notamment pour disposer de FDES ou de PEP et rendre leurs produits éligibles aux calculs environnementaux de la construction neuve.
Bien qu’ils reposent sur des bases techniques communes, Bilan Carbone et ACV (Analyse du Cycle de Vie) constituent des démarches différentes. Comme le remarque Orki, éditeur de logiciels d'ACV et de Bilan Carbone, la principale différence réside entre les deux dans l'objet mesuré et le nombre de critères retenus. Le bilan carbone concerne une organisation, le plus souvent une entreprise ou une collectivité, tandis que l’ACV porte sur un produit, un service ou un procédé et s’accompagne d’une unité fonctionnelle. Dans le cas d’un enduit, l’unité fonctionnelle est, par exemple "recouvrir 1 m2 de support prêt à l’application, sur une épaisseur de 12 mm, en assurant les performances décrites dans la norme NF EN 998-1 pendant la durée de vie de référence du produit de 50 ans".
La durée de l’analyse est également différente. Un bilan carbone porte le plus souvent sur un an, tandis que l’ACV, comme son nom l’indique porte sur la totalité du cycle de vie, englobant la fabrication des composants, la fabrication du produit, son transport, sa vie en œuvre et sa fin de vie. Les critères retenus, dans le cas d’un bilan carbone, sont les émissions de GES (Gaz à Effet de Serre), convertis en kg éq. CO2. Tandis que l’ACV retient plusieurs critères : contribution au changement climatique, consommation et pollution d’eau, épuisement des ressources, effets sur la biodiversité, pollution des sols et de l’air, etc. L’ACV repose sur les normes ISO 14040 et ISO 14044, et la norme NF EN 15804+A2, qui encadre spécifiquement l'ACV des produits de construction ; tandis que le Bilan Carbone fait appel à la "Méthode Bilan Carbone", le GHG Protocol ou la norme ISO 14064-1.

Restitution ACV et bilan carbone des logiciels Orki. © Orki
Enfin, les buts sont différents. L'ACV vise à satisfaire des réglementations, comme la RE2020 dans le cadre de la construction neuve ou encore l'affichage environnemental pour le textile. Elle permet d'écoconcevoir un produit et de comparer des biens et des produits entre eux sous l'angle de leur empreinte environnementale. Le bilan carbone sert davantage à piloter la stratégie climat d'une organisation et à bâtir un plan de réduction de ses émissions de GES. Au-delà de la conformité réglementaire, ces deux démarches sont devenues de véritables leviers commerciaux. Depuis la loi Climat et Résilience, les acheteurs publics doivent intégrer au moins un critère environnemental dans l'attribution de leurs marchés : disposer d'un bilan carbone, d'une FDES ou d'un PEP permet de répondre à ces exigences et de se démarquer dans les appels d'offres. Côté privé, les grands donneurs d'ordre, eux-mêmes soumis à des obligations de reporting extra-financier, demandent de plus en plus à leurs fournisseurs des données carbone fiables. Par ailleurs, identifier les postes les plus émetteurs conduit souvent à réduire les consommations d'énergie et de matières, et donc les coûts de production. Le bilan carbone est par ailleurs encadré par des textes européens et par des réglementations françaises.
Le reporting CSRD (Corporate Sustainability Reporting Directive) est une obligation européenne qui impose aux entreprises de publier un rapport standardisé sur leurs impacts en matière de durabilité – environnement, social et gouvernance. Elle renforçe les obligations des entreprises en termes de publication d'informations sur les questions environnementales, sociales, de gouvernance (ESG). Cette directive répond à la volonté de créer un cadre normatif harmonisé à l'échelle européenne, garantissant une transparence accrue des données relatives à la durabilité. Mais, la directive Omnibus I, adoptée le 24 février 2026, publiée au JOUE le 26 février 2026 et entrée en vigueur le 18 mars 2026, relève les seuils d’assujettissement de la CSRD à 1 000 salariés et 450 M€ de chiffre d’affaires (ces deux seuils sont désormais cumulatifs) contre 250 salariés et 50 M€ de CA auparavant.
Ces nouveaux seuils ne s’appliqueront dans notre pays qu’après transposition en droit français, attendue au plus tard le 19 mars 2027. En France, le bilan des gaz à effet de serre (BEGES) est une obligation légale pour certaines catégories d'entreprises et le détail des obligations se trouve sur le Portail RSE maintenu par le gouvernement.

Le français Orki, apparu en 2017, propose toute une gamme de services, aussi bien pour aboutir au bilan carbone d'une organisation et l'améliorer que pour fabriquer les briques de base d'un calcul ACV en construction neuve que sont les PEP et les FDES. © Orki
Tout cela reste compliqué et change régulièrement. Des offres de soutien des entreprises assujetties se sont donc développées. L’une des plus abouties et des plus étendues est celle dufrançais Orki. Orki propose une suite d’outils qui englobe :
– une aide au développement d’une stratégie climat ;
– Le calcul des ACV des produits ;
– La centralisation des données RSE et la simplification de leur reporting.
Pour le monde de la construction, Orki propose notamment de prendre en charge l’ensemble de la démarche d’obtention des FDES (Fiches de Déclaration Environnementale et Sanitaire) ou des PEP (Profil Environnemental Produit) : collecte des données de production, calcul de l’ACV du produit, rédaction de la FDES ou du PEP, vérification par un tiers indépendant, puis publication dans la base de données INIES.
Il faut compter en moyenne neuf mois pour disposer d’une FDES ou d’un PEP. Orki rappelle en effet que tous les calculs environnementaux effectués dans le cadre de la RE2020 reposent sur les FDES et les PEP déposés par les fabricants dans la base INIES. Sans déclaration environnementale propre à un produit, un logiciel de calcul RE2020 applique une donnée environnementale par défaut, volontairement pénalisante. Ne pas disposer de FDES ou de PEP peut donc écarter un produit des projets qui visent les seuils carbone les plus exigeants.
Et tout le monde garde à l’esprit que la RE2020 comporte un calendrier de sévérisation, avec trois échéances en 2025, 2028 et 2031. Depuis le 1er janvier 2025, les seuils de l’indicateur carbone de la construction ont été abaissés de 12 à 17 % selon les catégories de bâtiments, par rapport aux valeurs initiales de 2022. De nouveaux seuils sont prévus en 2028, puis en 2031, avec une réduction cumulée de l’ordre de 30 à 40 % selon le type de bâtiment
Orki intervient auprès de fabricants de secteurs très variés : menuiseries et fermetures, métallerie et fonderie, plasturgie, matériaux minéraux comme le béton, le plâtre ou la pierre, sanitaire et robinetterie. Pour un fabricant, l’enjeu est double : rendre ses produits visibles dans les logiciels d’ACV qu’utilisent les concepteurs, et repérer les étapes de fabrication les plus émettrices pour améliorer son bilan. Orki propose également le calcul de bilan carbone des entreprises et la mise en forme de leurs données dans le cadre de diverses certifications environnementales. D’autres entités, dont Emersus et aktio, proposent des offres similaires.
Le site RT-RE-batiment publie la liste des logiciels certifiés pour un calcul RE2020 en distinguant ceux qui portent sur la partie thermique et ceux qui concernent l’aspect environnemental. Ces derniers sont au nombre de quinze actuellement. Ils sont capables d’effectuer un calcul d’ACV pour un bâtiment complet, en partant des PEP et des FDES de ses composants, et de pousser ce calcul, sans ressaisie, vers le calcul global de conformité à la RE2020.
Dans l’ordre indiqué sur le site, il s’agit de ClimaWin 2020 de BBS Slama, SustainEcho de SustainEcho, U21Win V6 (Mi) et U22Win V6 (Mi et LC) de Logiciels PERRENOUD, de Vizcab Eval de Combo Solutions, Nooco de Nooco, One Click LCA de One Click LCA Ltd, Pleiades de IZUBA Énergies, ELODIE by CYPE, ArchiWIZARD de Graitec, Turbo-ACV de Fauconnet Ingéniérie SAS, Béa de Bastide Bondoux, Kompozite d’Epiherm, Carbonz de Trace Software et enfin d’Aglo de BAM.