Ces dernières années, la plupart des formations d’ingénieur, dont l’ENSTIB, se plaignaient de difficultés de recrutement, à la différence de l’architecture par exemple. Et on avait vite à l’esprit que les jeunes veulent reconstruire le monde mais sans être sûr qu’il tient. La direction de l’ENSTIB n’a pas viré dans la collapsologie, mais judicieusement repensé son travail d’approche du recrutement. Les efforts de toutes les équipes, conjugués à une belle stratégie de communication et à un accueil toujours impeccable des admissibles par le Bureau des Elèves, et, le climat aidant sans doute, la jauge est atteinte pour la seconde fois depuis 2015, permettant un recrutement d’une grande qualité.
Pour rappel l'École Nationale Supérieure des Technologies et Industries du Bois est une école publique d'ingénieurs dédiée au bois et sa filière.

L'un des bâtiments de l'ENSTIB à Epinal. © Jonas Tophoven
La rentrée de la formation d’ingénieurs part sur une jauge complète au moment où, après deux mandats consécutifs, Laurent Bléron doit statutairement céder la place et réintègre son poste de Professeur / enseignant-chercheur. Seule grande école publique formant des ingénieurs bois, l’ENSTIB fait partie de l’Université de Lorraine via Lorraine INP qui regroupe onze écoles et une prépa intégrée.
L’école propose une formation de licence pro qui peut constituer, par son parcours spécifique "expertise", une passerelle vers la formation d’ingénieur. Mais la principale voie d’accès à la formation d’ingénieur de l’ENSTIB reste celle des concours nationaux ouverts aux étudiants issus de classes préparatoires aux grandes écoles (CPGE), ainsi que l’admission à l’issue de La Prépa des INP, qui permet d’accéder à une quarantaine d’écoles d’ingénieurs. Dans le cadre des concours CPGE, l’oral spécifique de l’ENSTIB constitue une étape déterminante de l’admission. Selon Marie-France Thévenon, 80 % des élèves de la formation d’ingénieur l’intègrent en premier choix.

La halle industrielle, état 2019, a été modernisée. © Jonas Tophoven
L’ENSTIB propose pour les ingénieurs une formation généraliste appliquée au bois, avec une spécialisation en 3e année. Sur le Campus Bois, l’ENSTIB bénéficie de la présence de trois laboratoires de recherche et du CRITT Bois qui fait le lien entre la demande industrielle et la recherche. La dimension pratique est aiguisée dans tous les domaines de compétences développés à l’ENSTIB, grâce au parc machine de la halle industrielle, ainsi qu’aux différents laboratoires disponibles, mais aussi par la présence toute l’année de 90 intervenants extérieurs, venus de la filière bois et du monde industriel.
L’ENSTIB propose également douze double diplômes, parmi lesquels le Master ABC (Architecture Bois Construction) dont les Défis du Bois 3.0 sont un événement emblématique de l’école et de la construction bois.

La recherche est l'un des piliers de l'ENSTIB. © ENSTIB
Parmi les autres moments forts de la vie de l’école, il y a la participation au Forum International Bois Construction. On est habitué de rencontrer au Forum les jeunes avec leur tee-shirt orange ou bleu marine, les fourmis du Forum, flexibles, capable de tout prendre en main, les régies des conférences, l’accueil et surtout les opérations de montage et de démontage rapide. La semaine du Forum est une expérience importante pour les étudiants volontaires, d’autant qu’ils se relayent pour assister aux conférences qui les intéressent. Ce moment les confronte au marché où ils évolueront et les met en contact avec les étudiants confrères de l’ESB ainsi que les étudiants des écoles d’architecture.
L’ENSTIB veut revoir sa maquette pédagogique pour prendre en compte les avancées scientifiques et technologiques – notamment le ré-emploi et le recyclage du bois –, ainsi que les besoins de la filière, avec le prisme de l’utilisation en cascade des ressources disponibles. Selon Marie-France Thévenon, il s’agira d’afficher plus nettement la dimension environnementale de cette formation d’ingénieur. La maquette pédagogique remonte à 2013 et doit prendre en compte aussi les évolutions règlementaires des eurocodes, les nouvelles règles concernant la protection contre l’incendie.
L'autre pilier est la constrution : ici, quelques tiny house/petites maisons roulantes créées dans le cadre des Défis du bois 3.0 au printemps 2023 et exposés sur le parvis du Centre Prouvé à Nancy dans le cadre du 13e Forum International Bois Construction en avril 2024. © Jonas Tophoven
Si la destination d’Épinal peut, a priori, paraître moins attractive que d’autres pôles universitaires, le Campus Bois, les locaux de l’ENSTIB (dont la grande halle d’activités), la richesse et la vivacité de la vie associative étudiante, le moindre coût de la vie et la proximité des massifs des Vosges séduisent les futurs spécialistes du bois.
Alors que la quête de sens devient une question primordiale, l’ENSTIB présente de belles opportunités d’œuvrer pour la transition écologique. Actuellement, avec quelque 4 000 ingénieurs formés depuis 40 ans, on peut dire que le tissu de l’ingénierie française du bois repose en bonne partie sur l’ENSTIB. Au fil des ans, les ingénieurs de l’ENSTIB ont non seulement investi le monde de la production et de la construction bois, mais aussi le négoce, et même la maîtrise d’ouvrage. Lorsqu’une entreprise générale ou un bailleur manifeste son intention de créer un pôle bois, cela se traduit par l’embauche d’un ingénieur ENSTIB.
Comme le révèle le communiqué de l’ENSTIB annonçant la nomination de la nouvelle directrice, le changement statutaire de directeur offre la possibilité à l’école de faire œuvrer une chercheuse entièrement investie dans la protection du bois, et une responsable habituée à la gouvernance, par ailleurs très attachée à l’ENSTIB. Ceci n’est pas un hasard, mais bien la résultante du travail accompli par cette école depuis sa création, en créant une grande diversité d’acteurs dont certains, comme Marie-France Thévenon, augurent un pilotage parfaitement au fait de la matière et des enjeux. C’est une bonne nouvelle au moment où l’arrêté du 19 février 2026 sur la protection incendie des ERP rebat les cartes de la construction bois en France, dans un contexte de fragilisation de la ressource, de crise de la construction et de basculement climatique.
Evolution et valorisation des métiers du BTP
Le changement statutaire de directeur tombe bien pour Marie-France Thévenon, qui prend le relais de Laurent Bléron, alors que le recrutement des ingénieurs fait carton plein avec 97 étudiants dont 27 étudiantes.