Le projet d’extension de l’aéroport Paris-Charles-de-Gaulle revient dans le viseur des associations environnementales : Transport & Environment France, Réseau Action Climat et l’association Rester sur terre demandent au gouvernement de renoncer à l’augmentation des capacités prévue à Roissy à l’horizon 2035.
Le projet figure dans le futur contrat de régulation économique (CRE) de l’aéroport pour la période 2027-2034. Ce document, qui doit être conclu entre l’État et le groupe ADP, prévoit quelque 8,2 milliards d’euros d’investissements destinés notamment à moderniser les infrastructures existantes et à accompagner la croissance du trafic.
Contrairement à l’ancien projet de Terminal 4, abandonné en 2021, l’opération envisagée aujourd’hui ne prévoit pas la construction d’un nouveau terminal. Groupe ADP prévoit notamment la création de nouvelles portes d’embarquement afin d’augmenter progressivement la capacité de l’aéroport.
L’objectif affiché par Groupe ADP est d’accompagner la progression du trafic aérien à Paris-Charles-de-Gaulle. Le gestionnaire table actuellement sur environ 88 millions de passagers à Roissy en 2035, contre une fréquentation appelée à progresser de 1,9 % par an en moyenne selon ses prévisions. Pour les associations, cette croissance constitue précisément le problème. Elles considèrent que les investissements prévus dans les infrastructures vont mécaniquement contribuer à maintenir, voire à accroître, le trafic aérien alors que la France s’est engagée à réduire ses émissions de gaz à effet de serre. "Arrêter ce projet, c’est possible", estime Jérôme du Boucher, de Transport & Environment France, en rappelant que l’État avait finalement abandonné le projet de Terminal 4 en février 2021 en invoquant notamment les enjeux environnementaux.
Le contexte a toutefois profondément changé depuis cette décision. L’abandon du Terminal 4 était intervenu alors que la crise sanitaire avait provoqué un effondrement historique du trafic aérien. Groupe ADP a depuis revu son projet et privilégie désormais une augmentation des capacités reposant davantage sur les infrastructures existantes.
Les associations considèrent néanmoins que le changement de projet ne règle pas la question climatique. Selon elles, l’augmentation de la capacité de Roissy serait "strictement incompatible" avec les objectifs inscrits dans la Stratégie nationale bas-carbone. Le débat dépasse ainsi la seule question de l’aménagement de l’aéroport puisqu'il porte également sur la manière dont la France entend concilier développement du transport aérien, attractivité touristique et réduction de ses émissions.
Réseau Action Climat a récemment critiqué la stratégie française visant à attirer davantage de touristes venant de destinations lointaines. L’association estime que ces visiteurs génèrent une empreinte carbone importante du fait de leur trajet aérien, tout en se concentrant dans les destinations touristiques les plus fréquentées.
Les associations contestent également l’argument selon lequel l’arrivée de touristes internationaux à Roissy bénéficierait ensuite à l’ensemble des territoires français. Pour Jean Pinard, consultant en tourisme durable et intervenant lors de la conférence de presse organisée par les associations, cette diffusion serait largement surestimée.
Au-delà de la polémique sur le trafic aérien, le dossier pose donc une question plus complète : faut-il continuer à investir dans l’augmentation des capacités aéroportuaires alors que la France cherche parallèlement à réduire ses émissions ?
La réponse devra notamment être apportée dans le cadre du prochain contrat de régulation économique de Paris-Charles-de-Gaulle. Celui-ci doit fixer les conditions de développement et les investissements de l’aéroport pour la période 2027-2034.