Le giga-chantier de la liaison ferroviaire Lyon-Turin traverse-t-il une nouvelle zone de turbulences ? Des députés de La France insoumise affirment qu'un tunnelier progresse à un rythme très inférieur aux prévisions et dénoncent une opacité autour de l'avancement des travaux. La société TELT, maître d'ouvrage du projet, assure au contraire que la situation est parfaitement maîtrisée.
Ce mercredi 22 juillet 2026, les députés Jean-François Coulomme et Bérenger Cernon (La France insoumise), accompagnés de leur homologue italien Antonino Iaria, du Mouvement 5 Étoiles, se sont rendus sur le chantier de Saint-Martin-de-la-Porte, en Savoie. Sur le terrain, l’enjeu était de mesurer l’avancée du tunnelier chargé de percer neuf kilomètres du futur tunnel de base, enfoui à près de 600 mètres sous la montagne. Mais les parlementaires se sont vu refuser l'accès au site. Une décision qui alimente leurs interrogations, d'autant qu'ils avaient déjà effectué une première visite début juillet sur ce chantier ainsi que sur celui de Chiomonte, côté italien.
Pour TELT, la société publique franco-italienne chargée de piloter le projet, ce refus n'a rien d'exceptionnel. Elle explique avoir proposé une nouvelle visite début septembre afin que celle-ci puisse se dérouler dans des conditions de sécurité conformes aux procédures en vigueur.
Les interrogations portent principalement sur les performances du tunnelier. Car, selon des documents techniques révélés par Le Monde, la machine de près de 3 000 tonnes avancerait actuellement de moins d'un mètre par jour en moyenne, alors que les objectifs initiaux tablaient sur une progression pouvant atteindre une douzaine de mètres quotidiens.
TELT conteste toutefois l'idée d'un chantier à l'arrêt. L'entreprise assure que la machine franchit actuellement une zone géologique particulièrement complexe, identifiée de longue date comme l'un des secteurs les plus délicats du tracé. Selon le maître d'ouvrage, il ne s'agit donc ni d'une panne ni d'un incident imprévu, mais d'une phase technique nécessitant une progression beaucoup plus prudente.
Les élus Insoumis estiment cependant que les difficultés dépassent largement le seul tunnelier. Selon Jean-François Coulomme, plusieurs installations industrielles liées au chantier seraient actuellement inactives, notamment des centrales à béton, des plateformes de concassage des déblais ainsi qu'une usine de fabrication des voussoirs en béton qui constitueront la voûte du tunnel. Pour le député, cette situation entraîne des coûts supplémentaires, les entreprises sous-traitantes continuant à percevoir des indemnités alors que leurs outils de production tournent au ralenti.

Le député LFIste Jean-François Coulomme, ici en photo, dénonce également un manque de transparence autour de l'avancement réel des travaux. © Sisyphe73
Au-delà de ces difficultés, les opposants au Lyon-Turin voient dans cet épisode une nouvelle illustration des limites d'un projet qu'ils jugent dépassé. Imaginée au début des années 1990, cette future liaison ferroviaire à grande vitesse entre la France et l'Italie est présentée par ses défenseurs comme un levier majeur afin de développer le fret ferroviaire et réduire le trafic routier à travers les Alpes.
Ses détracteurs dénoncent au contraire un chantier au coût colossal, aux impacts environnementaux importants et dont le calendrier n'a cessé de glisser. Prévue à l'origine bien plus tôt, la mise en service est désormais annoncée pour 2033, soit près de dix-huit ans de retard par rapport au calendrier initial.
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Fidèle à son engagement d’ouverture et de transparence, TELT ouvre régulièrement ses chantiers au public afin de partager l’avancement comme les enjeux de ce projet européen d’exception. Ici, en 2025, le public avait pu descendre au cœur de la montagne pour approcher Viviana, le premier des sept nouveaux tunneliers devant poursuivre le creusement du tunnel de base, et s’informer sur les méthodes, techniques et matériels mobilisés. Un parcours de visite spécifique sur la plateforme à l’air libre permettait également de mieux comprendre la gestion de la ressource en eau et des matériaux d’excavation sur le site. © TELT