Les prix de la construction bois ont baissé car le BLC et le CLT se vendent moins cher. Mais la construction bois avec le minimum requis de béton dans les noyaux et les fondations reste souvent considérée comme un luxe, face notamment aux solutions en béton de bois, elles-mêmes plus chères que le traditionnel béton. Même décarboné, le béton arrive à ses limites en termes de respect de la réglementation RE2028 et surtout RE2031.
Pour la RE2025, il est fréquent de voir des structures en béton "décarbonées" avec des FOB et éventuellement d’autres subtilités pour passer juste dans la réglementation. Par contre, pour la RE2031, il devient important de décarboner le béton de constructions bois conséquentes.
Voici les repères très grossiers que l’on rapporte de la 5e édition du SIBCA. En principe, l’approche hors-site ne change rien à l’affaire, il s‘agit pour le bois d’une optimisation de la préfabrication lorsque la conception prend bien en compte les spécificités du bois et la demande de répétitivité et standardisation. Mais le hors-site est surtout une forme d’appropriation discursive de la préfa bois par la préfa béton. Quand on remplace le terme construction bois par hors-site, on peut se soustraire au recours au bois tout en gardant les atouts de la préfabrication. Et on revient à ce qui avait cours il y a cinquante ans en France, avec tout de même l’atout majeur, face au béton coulé en place, d’une meilleure prise en compte du temps de prise rallongé du béton décarboné en préfa, même si ce dernier a l’inconvénient d’être moins performant, pour l’instant, en planchers.

Rector : Il y a toujours une usine Rector proche, et toujours un constructeur bois, de sorte que la solution mixte nouvelle de Rector est aussi une option locale. © Jonas Tophoven
Les repères bougent à tous les niveaux et ce qui se dit aujourd’hui n’est sans doute plus valable demain. Pour autant, la France est en ce moment le grand laboratoire du carbone et explore la mixité bois/béton, mais aussi la mixité béton/biosourcés en complément de la tendance vertueuse bois biogéosourcée qui fait la différence en termes de bas carbone véritable, et compense un peu mieux une réalité constructive générale qui reste beaucoup trop émissive malgré le passage progressif à la RE2025. Il y a le bois-béton qui monte en puissance selon l’AICB, l’Association des industriels de la construction biosourcée à laquelle a adhéré CCB Greentech (0,9 mio de m2 posés en 2025 ?), tandis que Spurgin, présent au SIBCA, table sur des unités dédiées. Toutefois, l’intégration du bois ne remplace pas le klinker.
Le mélange des genres n’est pas nouveau. Chez REI Habitat, le concept de structure en poteau bois – et même en hêtre collé –, associé à une dalle en béton préfa BB dont la dimension biosourcée vient de l’intégration de fibre de bois, a été utilisée pour la tour Wood Up et pour l’opération Les Pierres Sauvages à Pantin.
Auparavant, à Champs-sur-Marne, Vinci avec AIA testait le plancher préfa béton sur solives bois également en préfa, via des connecteurs, mais cette option ne semble pas s’être imposée, notamment à cause du coût des connecteurs très nombreux.
Chez WOA, l’agence d’architecture qui se réfère directement au bois (Wood Oriented Architecture), l’inverse de l’option de la tour Wood Up, imposée finalement pour la Tour Commune voisine, dans la ZAC Bruneseau, associe des planches CLT à une structure béton pour une tour de 50 mètres. On est là dans des configurations où l’apport de biosourcé compense le carbone, dans un contexte qui autorise ce type de compensations et s’en satisfait en se moquant de l’objectif de neutralité carbone et de l’Accord de Paris, dans un contexte de marché donné, mais avant les cinq canicules de l’été 2026.
La tour AURA à Lyon est du même ordre, mais les choses évoluent avec le concours que WOA vient de remporter à Bagneux pour un ouvrage mixte RE2031 avec justement le recours au béton décarboné Ecocem en noyau.

Sybois contribue à une solution mixte "niveau RE2031", exemplifiée sur le stand Matériau.archi. © Jonas Tophoven
Comme tout est en mouvement, il est intéressant de voir comment une évolution se dessine. Premièrement, au niveau des acteurs. Le fournisseur industriel de l’alternative au klinker proposée par Ecocem devient le propriétaire du lamelliste Cosylva et du constructeur bois James. Après Vinci/Arbonis et Eiffage/Savare, Legendre CCB, Léon Grosse/Techniwood, Spurgin reprend Activ Home pour la construction bois-paille, GCC présent à la dernière édition du SIBCA en 2025 se dote d’une division bois, l’imbrication devient quasiment la règle et Rector développe une solution de plancher béton sur solive après l’échec de la formule associant ses planchers préfa aux solutions de façade de Techniwood. Encore un pas et un cimentier deviendra fabricant de bois d’industrie. Holcim aurait pu faire une offre pour la reprise des activités de construction bois de Stora Enso, mais a préféré reprendre Xella. Or, Xella propose désormais des solutions de protection en sous-face des dalles de plancher en CLT, développées avec Piveteau.
Et l’on attend toujours Saint-Gobain pour qui la construction bois est une manne en termes de recours à la plaque de plâtre, surtout depuis l’arrêté du 19 février sur la protection incendie des immeubles ERP biosourcés. Saint-Gobain a quitté la filière bois en 1993, une décision stratégique qui remonte à plus de trente ans.
En attendant, Bouygues commercialise pour de bon une cloison séparative à ossature bois, qui fait fi des solutions en acier galva des producteurs de plaques de plâtre.
À défaut d’Holcim, Saint-Gobain fait partie des rares acteurs mondiaux de l’industrie de la construction à être en mesure de reprendre les activités de Stora Enso. Ce faisant, Saint-Gobain travaille avec Mathis sur des planchers nervurés en CLT protégés en sous-face par des plaques de plâtre. Le match avec l’option béton cellulaire se joue entre autre dans la prise en compte ou non de la résistance au feu des nervures en bois.
Mathis a une longueur d’avance avec la livraison du chantier WOOD E à Pantin, présenté au dernier Forum International Bois Construction, et sur le marché français, l’école Mathis reste un creuset d’inventivité, direct ou indirect. L’option Xella est actuellement testée par Léon Grosse sur le chantier de logements Time à Saint-Denis, qu’à cela ne tienne ! Mathis y applique une botte secrète désormais communicable car une démarche d’Atex de cas A aboutit. Il s’agit de reprendre l’idée développée par Yves-Marie Ligot pour Bouygues, il y a quinze ans, d’utilisation de la façade MOB en coffrage du plancher béton, idée reprise par Vinci à Lormont mais finalement abandonnée, mais qui revient avec une option en poteaux BLC qui permettent de supporter des descentes de charges de construction multi-étages. Il faudra éviter les coulures et gérer les temps de prise et surtout, à l’heure actuelle, le plancher béton bas carbone n’est pas performant. On reviendra sans doute à une évolution de l’option MOB coffrante de Mathis associée à des dalles mixtes qui permettront finalement un montage plus rapide et un basculement vers quelque chose qui s’apparente à la construction bois, chassée par la porte et qui revient par la fenêtre.
Il y a trente ans, l’agence Dubosc et Landowski développait la construction sèche dans le cadre d’un club, l’Architecture avec l’Industrie, et soulignait à quelle point il est problématique de mélanger deux techniques constructives en fin de compte antinomiques, la voie sèche et la voie humide. On a parfois l’impression que le bâtiment français recule pour mieux sauter, veut absolument tester toutes les formules de mixité avant de faire le bond gagnant vers la construction biogéosourcée qui demande une approche différente en termes de protection incendie et impose le cloisonnement, mais qui constitue la seule réponse aux canicules.

Mixité : l'optimum économique doit cadrer avec l'optimum climatique. © Jonas Tophoven
Il y a des signes qui ne trompent pas. La Dalfeu de Simonin est passée d’une performance moyenne chez Efectis à une performance magnifique de CF 4h chez CERIB et le mixage de la filière se manifeste aussi dans une bonne presse du "laboratoire du béton", qui se mue finalement en bon compétiteur sur un marché trop monopolisé. La mixité se retrouve aussi dans les efforts de Vicat pour soutenir le développement de blocs de miscanthus. Il a fallu adapter la formule utilisée pour les blocs de chanvre avec une fibre miscanthus plus fine. On la retrouve sur les chantiers où WeWood prône pour Bouygues la polyvalence des équipes, tandis que Léon Grosse à Saint-Denis fait poser du bois par de non charpentiers toutefois bien encadrés. Les grands charpentiers n’apprécient pas forcément, mais quand on les questionne, ils ont assez de travail. Certes, à l’horizon de deux ans… mais qui sait vers où va le monde dans les deux ans ?