La montée en puissance des exigences de la RE 2020 dans les secteurs tertiaires et industriels rebat les cartes pour la filière construction métallique. Dans un contexte de pression carbone accrue comme de tension sur les matières premières, le réemploi de l’acier s’impose désormais comme une solution concrète, techniquement encadrée – notamment par le CTICM – et immédiatement mobilisable sur les opérations, loin de son statut longtemps considéré comme expérimental.
Pour rappel, le CTICM (Centre Technique Industriel de la Construction Métallique) est un organisme privé français créé en 1962 par l’État à la demande du Syndicat français de la construction métallique. Financé par les constructeurs métalliques ainsi que par des prestations commerciales (études, certifications, etc.), il accompagne le développement et la promotion de la construction métallique en s’appuyant sur des activités de recherche, de normalisation, de certification et d’assistance technique aux entreprises du secteur.
Avec l’extension progressive de la RE 2020 aux bâtiments tertiaires et industriels, la filière construction franchit un nouveau seuil d’exigence environnementale. Les maîtres d’ouvrage, concepteurs et entreprises doivent désormais composer avec des objectifs carbone renforcés, qui imposent une réduction rapide de l’empreinte des matériaux et des modes constructifs.
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Le réemploi de l’acier s’impose comme une solution déjà mobilisable à l’échelle des projets. À titre de comparaison, un acier neuf génère en moyenne 1,67 kg CO2/kg, un acier bas carbone environ 0,68 kg CO2/kg, tandis que l’acier de réemploi permet de s’approcher d’un impact quasi nul en évitant une nouvelle phase de production industrielle. © CTICM
Le modèle encore dominant repose sur une logique de fin de vie bien installée : démolition des ouvrages métalliques, puis refonte de la matière. Une chaîne maîtrisée, mais fortement émettrice de carbone et peu optimisée du point de vue de la ressource.
À l’inverse, la déconstruction sélective introduit une rupture de lecture : l’acier n’est plus appréhendé comme un déchet, mais comme un gisement directement réutilisable. Cette approche permet de repositionner la valeur du matériau dès la phase de dépose, en amont de toute transformation industrielle.
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Le réemploi permet ainsi de réduire significativement les émissions liées à la production de matériaux neufs, de préserver la valeur des structures existantes et de sécuriser les approvisionnements dans un contexte de tensions sur les matières premières. © CTICM
Longtemps perçu comme marginal, le réemploi de l’acier structural s’inscrit désormais dans un cadre technique stabilisé et outillé, porté par la structuration de la filière autour du CTICM (Centre Technique Industriel de la Construction Métallique) et comme de l’écosystème Métal Réemploi.
Cet écosystème repose sur plusieurs briques opérationnelles et techniques :
– une plateforme numérique dédiée (metalreemploi.com) ;
– Des recommandations professionnelles reconnues par la C2P de l’AQC, garantissant l’assurabilité des éléments structuraux réemployés ;
– Un réseau de partenaires et de requalificateurs certifiés ;
– Un laboratoire mobile permettant d’accompagner le diagnostic des structures existantes et la requalification des éléments ;
– Et, enfin, des outils opérationnels d’intégration, dont un clausier facilitant l’introduction du réemploi dans les CCTP.
"Le réemploi de l’acier n’est plus une perspective, c’est une réalité opérationnelle. Aujourd’hui, nous disposons d’un cadre technique robuste, reconnu par l’ensemble de la filière, qui permet de garantir la traçabilité, la performance et l’assurabilité des éléments réemployés. Dans le contexte de la RE 2020 et des risques liés aux approvisionnements, il constitue un levier immédiat pour réduire l’empreinte carbone des projets tout en sécurisant les ressources", souligne Amor Ben Larbi, directeur Projets de Recherches au CTICM.
Au-delà des exigences réglementaires, le réemploi de l’acier s’inscrit dans une dynamique de transformation plus large du secteur. Il constitue un levier de performance environnementale pour les maîtres d’ouvrage, un facteur de différenciation pour les prescripteurs et un outil d’adaptation pour les entreprises confrontées à des exigences carbone croissantes.
Chaque année, près de 650 000 tonnes d’acier issues de la construction sont orientées vers le recyclage en France. Une part de ce gisement peut désormais être réemployée, avec un potentiel estimé à 15 % à l’horizon 2030.
Dans cette dynamique, la structuration du réemploi contribue également à renforcer la souveraineté industrielle, en s’appuyant sur des ressources disponibles localement et sur un maillage d’acteurs répartis sur le territoire. Elle s’inscrit dans une logique de transition écologique, de sécurisation des approvisionnements comme de transformation des pratiques constructives.