À Angers, la cathédrale Saint-Maurice s’enrichit d’une galerie contemporaine conçue par Kengo Kuma. Inaugurée le 9 avril 2026, cette intervention discrète mais structurante s’inscrit dans la longue histoire d’un édifice façonné par plusieurs siècles d’évolutions architecturales.
En 2020, la DRAC (Direction Régionale des Affaires Culturelles) lance un concours international d’architecture afin de désigner l’architecte chargé de concevoir la nouvelle galerie de la cathédrale d’Angers. À l’issue de la première phase de sélection, cinq candidats sont retenus : les architectes français Philippe Prost, Rudy Ricciotti, Bernard Desmoulin et Pierre-Louis Faloci, ainsi que le japonais Kengo Kuma. Figure reconnue à l’échelle internationale, ce dernier s’est illustré par des réalisations majeures telles que :
– le stade olympique de Tokyo (2020) ;
– Le musée Hans Christian Andersen à Odense (2022) ;
– Ou encore le musée Albert-Kahn à Boulogne-Billancourt (2022).
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Kengo Kuma a été désigné en octobre 2020 afin de concevoir cette galerie contemporaine, dont la vocation première est d’assurer la protection des sculptures polychromes du portail occidental de la cathédrale, datées du XIIIe siècle. © Angers.Villactu.fr
Aucune cathédrale n’est homogène, et celle d’Angers en constitue une illustration particulièrement lisible : sur sa façade se superposent des éléments bâtis à des périodes différentes, du XIe au XVIe siècle, traduisant une succession de strates architecturales et stylistiques. Dans cette perspective, l’ajout d’une galerie contemporaine ne constitue pas une rupture, mais s’inscrit dans la continuité d’un édifice dont l’histoire s’écrit par ajouts successifs.
La galerie, construite en béton clair et composée de trois arches, a été conçue comme une "extension" de la cathédrale Saint-Maurice-Notre-Dame pour protéger son portail sculpté du XIIe siècle.
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"Nous avons souhaité à travers cette nouvelle galerie créer une connexion entre le passé d'Angers et l'Angers d'aujourd'hui", a déclaré devant l'édifice Kengo Kuma, ici en photo, accompagné d'une traductrice. © Federico Martins / © KKAA
Conçue par l’agence de Kengo Kuma, la galerie – une galerie existait au XIIIe siècle à la même place, devant la cathédrale – adopte une écriture volontairement sobre afin de "ne pas concurrencer l’existant". Un parti pris dicté autant par des considérations esthétiques que par la fonction même de l’ouvrage, destiné à protéger le portail polychrome du XIIe siècle, restauré en 2019, qui est l'un des rares témoignages de la polychromie des cathédrales au Moyen-Âge.
Le béton est issu de sable prélevé dans le lit de la Loire voisine, a précisé l'architecte japonais. "Je crois au lien entre le passé et le présent et entre le patrimoine et la création. Je pense même que l'un ne va pas sans l'autre", a déclaré la ministre de la Culture, Catherine Pégard. Des travaux de nettoyage avaient révélé des vestiges de polychromies médiévales et modernes, qui ont depuis fait l'objet d'une restauration.
La galerie de protection conçue par Kengo Kuma "s'intègre harmonieusement à un bâtiment patrimonial majeur et plus largement à son contexte urbain", affirmait alors le ministère de la Culture – d'ailleurs, la ministre de l'époque, Roselyne Bachelot, était présente à l'inauguration.
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Une galerie afin de protéger les sculptures polychromes. © Angers.Villactu.fr
Le projet retenu se caractérise par une écriture contemporaine faite de lignes sobres, d’arches et de voussures qui dialoguent avec la façade sans la reproduire.

Entièrement financée par l’État pour un montant de 4,4 millions d’euros, la réalisation a été inaugurée puis bénie avant d’être pleinement intégrée au fonctionnement de la cathédrale. © Paul Hamelin
Au-delà de sa fonction protectrice, la galerie introduit un nouvel espace de transition entre l’extérieur et l’intérieur de l’édifice, entre espace urbain et espace sacré. Pour Christophe Béchu, le maire d'Angers, cette réalisation s’inscrit dans une logique historique longue, où chaque époque a apporté sa contribution à un édifice conçu comme un palimpseste architectural.
Aux voix qui se sont élevées pour critiquer le choix d'un édifice contemporain, Christophe Béchu a rappelé qu'il n'existe pas de "témoignage fiable" sur l'apparence de cette galerie disparue. "Cette cathédrale, c'est un palimpseste. On a reconstruit sur des pierres, sur des époques", a ajouté le maire.