GOFLEX, un premier pas vers la flexibilité électrique des bâtiments tertiaires

Les bâtiments de bureaux de La Défense près de Paris

Quatre partenaires (ACTEE, RTE, le GIMELEC et l'IFPEB) lancent GOFLEX, à la fois évaluation de la flexibilité électrique des bâtiments et plateforme en ligne pour mettre en contact offreurs et demandeurs de flexibilité.




Lors d’une conférence presse organisée le 28 mai pour présenter l’outil GOFLEX, Yannick Jacquemart, le directeur Nouvelles Flexibilités pour le système électrique chez RTE, a rappelé quelques points fondamentaux. Premièrement, avec le développement de l’éolien et du photovoltaïque (il s’installe en Europe 50 GW de capacité photovoltaïque nouvelle chaque année, autant que la puissance appelée en France), le contexte des prix de l’énergie change.

 

L’électricité est déjà moins chère entre 10 heures et 17 heures, quand le photovoltaïque produit, et ce sera encore davantage le cas dans les années à venir au fur et à mesure de l’augmentation des capacités de production photovoltaïques. © GOFLEX

 

 

 

Deuxièmement, il appelle donc logiquement à une réorientation de l’idée de flexibilité. Jusqu’à présent, il fallait s’effacer en pointe pour soulager le réseau. L’effort était principalement demandé à l’industrie. C’est notamment ce qui s’est passé au cours des deux derniers hivers. Désormais, souligne Yannick Jacquemart, il s’agit d’ajouter de la flexibilité au pilotage des bâtiments pour qu’ils tirent parti des périodes durant lesquelles l’électricité est de moins en moins chère. Troisièmement, ajoute-t-il, le tertiaire constitue un important gisement potentiel et il est possible de "bouger" 5 à 6 GW en tertiaire et autant en résidentiel. Ce n’était pas le sujet, mais il indiquait que le démarrage des ballons électriques domestiques à 23 heures représente 10 GW de puissance. Il serait logique désormais qu’ils fonctionnent plutôt lorsque l’électricité d’origine photovoltaïque est abondante.

 

GOFLEX, la méthode et la plateforme en ligne, s’adresse aussi bien au tertiaire public qu’au tertiaire privé. © PP

 

 

 

Quatre partenaires lancent GOFLEX

Du coup, quatre organismes (ACTEE, RTE, le GIMELEC et l'IFPEB) se sont rassemblés pour mettre au point GOFLEX. Commençons par les quatre partenaires. ACTEE (l’Action des Collectivités Territoriales pour l’Efficacité Energétique), est un programme porté par la FNCCR (Fédération Nationale des Collectivités Concédantes et Régies). Son objectif consiste à mettre à disposition et financer des outils d’aide à la décision pour aider les collectivités et les groupements de collectivités à développer des projets de rénovation énergétique des bâtiments publics à la fois en augmentant leur efficacité énergétique et en remplaçant les énergies fossiles par des systèmes énergétiques performants et bas carbone. ACTEE a notamment lancé Eff’ACTEE+, un programme pour accompagner la flexibilité et l’effacement des consommations électriques des bâtiments tertiaires.

RTE est plus connu. C’est le gestionnaire du réseau de transport d’électricité français. RTE est aussi l’inventeur du système d’alerte écoWatt. Le GIMELEC se présente comme le regroupement des entreprises de la filière électronumérique fançaise. Plus de 200 entreprises adhèrent au GIMELEC, à la fois de très grandes comme ABB France, EATON Industries France, HAGER, Legrand, Schneider Electric ou Siemens France, et de nettement plus petites comme Agilicom, Cembre, … GIMELEC pousse notamment au développement de la GTB, des bâtiments intelligents et de l’électrification des usages. Le décret BACS est son livre de chevet.

L’IFPEB, enfin, est l’Institut Français pour la Performance du Bâtiment, autrement dit une association dont les membres sont notamment BNP Paribas Real Estate, Bouygues Immobilier, Eiffage Construction, Rabot Dutilleul, EDF, ENGIE, La Poste Immo, Dalkia, etc.


 

 

L’IFPEB organise les concours CUBE : un concours d’un an, au travers duquel propriétaires, exploitants et usagers se mobilisent pour réduire les consommations d’énergie de leur bâtiment tertiaire en travaillant sur l’usage et l’exploitation. Les participants atteignent 13 % d’économies en moyenne. Les meilleurs dépassent 40 %. Des écoles et des mairies ont participé au concours CUBE. © PP

 

 

 

GOFLEX, à la fois outil d’évaluation et plateforme de mise en réseau

C’est l’IFPEB qui a créé l’outil GOFLEX et assure la maintenance et le développement de la plateforme GOFLEX. GOFLEX est donc tout d’abord une méthode d’évaluation de la flexibilité électrique d’un bâtiment tertiaire et une plateforme en ligne.

Concrètement, un gestionnaire de bâtiment tertiaire, public et privé, se connecte à la plateforme GOFLEX. Il s’inscrit et, à l’aide de la méthode GOFLEX, évalue la flexibilité électrique de son bâtiment jusqu’à parvenir à établir l’étiquette GOFLEX. Comme toutes les étiquettes GOFLEX sont et seront établies selon la même méthode, la "grammaire", comme disent les quatre initiateurs, est commune à tous les participants. Cette méthode fonctionne pour un bâtiment, comme pour un parc de bâtiments.

 


L’étiquette GOFLEX porte 3 points. Une lettre de A (la meilleure) à D (la moins bonne) établit la classe de pilotabilité du bâtiment. Elle traduit le fait que le bâtiment soit ou non capable de répondre à une demande de modulation de consommation à travers une variation de sa puissance appelée. Une estimation de la puissance modulable du bâtiment ou d’un parc de bâtiments en kW. Une évaluation du taux d’effort du site en % (puissance modulable / puissance souscrite) x 100. © GOFLEX

 

 

L’autre rôle de la plateforme GOFLEX consiste à mettre en contact les demandeurs de flexibilité, les agrégateurs d’effacement, par exemple, et les offreurs de flexibilité : les gestionnaires de bâtiment et de parc de bâtiment. Cette partie est à peine esquissée. © GOFLEX

 

 

 

 

Les prix de l’électricité vont financer la flexibilité

Si la plateforme GOFLEX est gratuite pendant les deux premières années de sa création (il ne reste plus qu’un an et demi), elle le demeurera pour les maîtres d’ouvrages publiques. En revanche, à un moment donné et pour un montant non-encore déterminé, les demandeurs de flexibilité devront payer pour y accéder. Selon les quatre organisateurs, le potentiel en termes de bâtiments tertiaires est vaste.

Les 922 millions de m² de bâtiments tertiaires en France contribuent aux pointes de consommation en France, notamment le matin entre 7 et 11 heures où, en hiver, ils représentent près du tiers de la consommation d’électricité. Mais, les usages les plus consommateurs, comme le chauffage, la climatisation, la ventilation sont modulables. Tandis que d’autres, comme la production d’eau chaude ou la recharge des véhicules électriques, sont décalables dans le temps. La flexibilité de la demande d’électricité pourrait atteindre 2 à 3 GW en moyenne et jusqu’à 6 GW durant les jours de pointe en hiver, selon la CRE (Commission de Régulation de l’Énergie).

Pour l’instant, seulement 70 bâtiments sont saisis sur la plateforme GOFLEX, qui vise le tertiaire public et privé. Les prix sur le marché de l’électricité - la rémunération de la flexibilité, les prix au moment où l’électricité est surabondante ou rare, … - seront suffisamment attractifs pour qu’il ne soit pas nécessaire de subventionner la flexibilité électrique.

 

 

 


Qu’est-ce qu’il manque ?

Delphine Eyraud Galant, la déléguée bâtiments au GIMELEC, souligne que pour piloter un bâtiment, il faut qu’il soit équipé d’une GTB. Heureusement, rappelle-t-elle, le décret BACS demande que tous les bâtiments existants, équipés d’un système de chauffage ou de climatisation, combiné ou non avec un système de ventilation, dont la puissance est supérieure à 290 kW soient pourvus d’une GTB au plus tard le 1er janvier 2025 et au plus tard le 1er janvier 2027 pour ceux dont la puissance utile est supérieure à 70 kW. Les échéances sont très proches, mais, regrette-t-elle, l’équipement ne suffit pas, encore faut-il du personnel bien formé pour l’utiliser. Malgré les efforts du GIMELEC, ce point est encore un problème.

Second manque, les fournisseurs d’électricité capables de proposer des prix réellement bas au moment où l’électricité est abondante et, surtout, capables de l’indiquer très à l’avance à leurs clients, ne se bousculent pas. Pourtant, selon RTE, il est parfaitement possible de prévoir plusieurs années à l’avance que l’électricité sera particulièrement abondante entre 10 h et 17 h en été.



Source : batirama.com / Pascal Poggi

L'auteur de cet article

photo auteur Pascal Poggi
Pascal Poggi, né en octobre 1956, est un ancien élève de l’ESSEC. Il a commencé sa carrière en vendant du gaz et de l’électricité dans un centre Edf-Gdf dans le sud de l’Île-de-France, a travaillé au marketing de Gaz de France, et a géré quelques années une entreprise de communication technique. Depuis trente ans, il écrit des articles dans la presse technique bâtiment. Il traite de tout le bâtiment, en construction neuve comme en rénovation, depuis les fondations jusqu’à la couverture, avec une prédilection pour les technologies de chauffage, de ventilation, de climatisation, les façades et les ouvrants, les protocoles de communication utilisés dans le bâtiment pour le pilotage des équipements – les nouveaux Matter et Thread, par exemple – et pour la production d’électricité photovoltaïque sur site.
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