Quand l’ossature bois facilite la construction en milieu urbain très dense

Façade bois-béton du nouveau bâtiment au 6, passage Lathuille dans le 18ème arrondissement de Paris. @ PP

L'ossature bois et la préfabrication ont permis de construire rapidement un bâtiment neuf dans un passage étroit où il n'était pas possible d'occuper la chaussée, ni de bloquer la circulation.




Dans le XVIIIe arrondissement de Paris, le passage Lathuile est une étroite voie à sens unique qui serpente entre l’avenue de Clichy et le boulevard de Clichy. Il dessert des ateliers artisanaux et des immeubles collectifs. Certains segments sont plus étroits que d’autres, mais les plus larges permettent avec difficulté de garer un véhicule et d’en laisser passer un autre en même temps.

En 2015, Élogie-Siemp, le troisième bailleur social de la ville de Paris qui gère près de 30 000 logements, conclut avec la ville un bail emphytéotique pour une parcelle de 155,60 m² au 7, passage Lathuille.

 

Comme le dit l’architecte Olivier Misischi du cabinet RAMDAM, le passage Lathuille est caractéristique du tissu faubourien du Nord de Paris, constitué au fil des ans par ajouts successifs, dessinant une diversité d’épannelages et de retraits. © PP

 

 

 

Un calendrier serré

ette parcelle est occupée par deux petits immeubles R+2 et R+3, très vétustes et de qualité médiocre, qui ne permettent pas de créer des logements de surface correcte. En 2018, ils sont démolis. Entre temps, un concours est lancé et remporté en août 2015 par l’Atelier d’Architecture RAMDAM, EVP Ingénierie (« En Vertu des Possibles », BET Structures), AI Environnement (Assistance Environnementale à Maîtrise d’Ouvrage) et ICTEC (économiste de la construction), formant une équipe de maîtrise d’œuvre dans le cadre d’une mission complète, de type Loi MOP. Les autres intervenants sont CMB (Construction Millet Bois charpente et ossature bois) Geranium (AMOE), BRB en tant qu’entreprise générale, RISK Contrôle comme bureau de Contrôle et BTP Consultants en tant que coordonnateur SP.

Etant donnée la forme et l’emplacement de la parcelle, le projet ne pouvait disposer que d’une unique façade sur le passage Lathuille. De plus, la parcelle se trouve dans un périmètre protégé, notamment en raison de la proximité du cimetière Montmartre, ainsi que dans une zone à risques naturels, à cause de la présence de gypse antéludien en sous-sol. C’est une roche dans laquelle des cavités peuvent se former en raison de sa dissolution par les eaux d’infiltration. Ce n’est pas rare à Paris, puisqu’on en trouve sous la butte Montmartre, sous les Buttes-Chaumont, sous Belleville, etc. Tout cela signifie études préalables approfondies et mise au point d’une logistique de chantier particulière.

Le dépôt du permis de construire date de décembre 2016, il est accordé en juillet 2017. L’appel d’offre travaux est lancé en septembre 2020, attribué en février 2021. Les travaux démarrent en mai 2021. Le logement témoin est achevé et visitable en octobre 2022 et le bâtiment est livré en avril 2023. Les travaux ont duré seulement 22 mois.

Il consiste en un bâtiment R+4 bois/béton, abritant six logements et un local artisanal. Les fondations et le rez-de-chaussée sont en béton, les quatre étages sont en ossature bois préfabriquée.

 

Disposant d’une unique façade, le projet du 7, passage Lathuille est constitué de deux volumétries désaxées, l’une en retrait de l’autre pour dégager des fenêtres d’angle et des terrasses. À gauche, fenêtres sur allège avec protections solaires en zip, façade avec enduit à la chaux sur isolation en fibre de bois ; à droite, fenêtres et volets coulissants toute hauteur, en retrait, habillés de liteaux en châtaignier. © PP

 

 

 

Label Biosourcé niveau 3

Le bâtiment – une structure de planchers et murs en ossature bois, posée sur un socle en béton – est conforme au Plan Climat Ville de Paris, certifié NF Habitat HQE et atteint le label Biosourcé niveau 3.

Le label Biosourcé prend en compte le volume de matière biosourcée incorporé dans le bâtiment, exprimé en kg/m² SDP (Surface De Plancher). Pour atteindre le niveau 1, il faut 18 kg/m². Le projet du 7, passage Lathuille contient 14 968 kg de matière biosourcée pour 464 m² SDP, soit un ratio de 32 kg/m² SDP qui lui permet d’atteindre le niveau 3 du label Biosourcé.

 

 

 

L’ossature du bâtiment en poteaux-poutres en bois lamellé-collé, plancher bois avec solives, sa charpente, le platelage, le bardage, les fenêtres et les volets, l’escalier des duplex sont en bois. L’isolation des murs en ossature bois est en fibre de bois en remplissage des coffres de l’ossature, complétée par une isolation intérieure toujours en fibres de bois. © PP

 

 

 

 

Coût total de 3 126 718 € TTC

Le coût total de l’opération atteint 3 126 718 € TTC, dont 1 883 734 € TTC de coût de travaux 464m² SDP, soit un ratio de 3 383 € HT/m². L’opération a été financée par prêt de la Caisse des Dépôts de 1 324 086 euros, une subvention de la Ville de Paris de 1 028 326 euros, une subvention de l’État de 87 165 euros, une subvention spécifique pour les trois logements PLA-I de 62 919 euros, une subvention du musée du Louvre, qui soutient les opérations d’Élogie-Siemp pour loger son personnel, de 80 000 euros, un emprunt bancaire de 260 612 euros et 283 610 euros de fonds propres d’Élogie-Siemp.

 

Sur la partie de la façade recouverte d’enduit, des fenêtres d’angle donnent une vue vers l’Est et sont protégées par des Zip contre l’apport de chaleur solaire. © PP

 

 

La façade en retrait est couverte de bardage en châtaignier. Les volets coulissants hauteur d’étage sont également en châtaignier. © PP

 

 

 

Comme la parcelle est adossée aux murs mitoyens, seuls les duplex du dernier niveau bénéficient d’un éclairage zénithal au fond du logement. Les autres sont seulement éclairés par les baies donnant sur le passage Lathuille.

 

Une verrière avec protection solaire intérieure motorisée, fournit un éclairage zénithal au fond du duplex du dernier étage. © PP

 

 

 

Le bâtiment se compose d’un local d’activité de 60,10 m² au rez-de-chaussée, d’un local à vélo et d’un local poubelle également au rez-de-chaussée, de trois logements PLA-I, d’un logement PLUS et de deux logements PLS. Ce qui représente quatre deux pièces de 46 m² chacun, un trois pièces de 70 m² et un duplex cinq pièces de 91 m². Le loyer moyen mensuel hors charges est de 7,15 €/m² pour les logements en PLA-I, 8,74 €/m² pour le PLUS et 14,21 €/m² pour le PLS. Pour modérer les charges, ce bâtiment ne comporte pas d’ascenseur. Ce ne serait plus possible aujourd’hui, la réglementation exige un ascenseur à partir d’un bâtiment R+2.

Le chauffage est assuré par des chaudières murales gaz qui passaient très bien dans le RT2012. Sous l’empire de la RE2020, ce serait difficilement possible, même en compensant par force matériaux biosourcés.

 

Depuis la conception de ce bâtiment, la réglementation incendie applicable aux construction bois a changé. Il ne serait plus possible aujourd’hui de laisser les poutres et poteaux apparents dans les duplex. Toutes les parties bois devraient être habillées de plaques de plâtre. © PP

 

 

Une fois les fondations et le rez-de-chaussée coulés, Construction Millet Bois a préfabriqué l’ossature bois du bâtiment, monté les quatre étages et réalisé le clos-couvert en trois semaines. Sur les 22 mois de travaux, les parties les plus longues ont été la démolition des deux bâtiments existants, la réalisation des fondations et du RDC, puis les finitions et aménagements intérieurs.



Source : batirama.com / Pascal Poggi

L'auteur de cet article

photo auteur Pascal Poggi
Pascal Poggi, né en octobre 1956, est un ancien élève de l’ESSEC. Il a commencé sa carrière en vendant du gaz et de l’électricité dans un centre Edf-Gdf dans le sud de l’Île-de-France, a travaillé au marketing de Gaz de France, et a géré quelques années une entreprise de communication technique. Depuis trente ans, il écrit des articles dans la presse technique bâtiment. Il traite de tout le bâtiment, en construction neuve comme en rénovation, depuis les fondations jusqu’à la couverture, avec une prédilection pour les technologies de chauffage, de ventilation, de climatisation, les façades et les ouvrants, les protocoles de communication utilisés dans le bâtiment pour le pilotage des équipements – les nouveaux Matter et Thread, par exemple – et pour la production d’électricité photovoltaïque sur site.
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