Quelles solutions pour l’adaptation au changement climatique : le risque de sécheresse

Une fleur sous la pluie

D’une manière générale l’adaptation aux changement climatiques, lorsqu’elle est possible, s’étend largement hors du bâtiment, coûte cher et se compte en années ou en dizaines d’années.




Dans un précédent article, nous avons listé les risques apportés par le changement climatique. Nous passons maintenant aux dispositions que l’on peut mettre en œuvre pour s’en préserver. Ce n’est pas encourageant.

 

 

 

Lutter contre le risque sécheresse

Commençons par le risque de sécheresse qui prive certaines communes d’eau potable. Selon Eaufrance, le service public d’information sur l’eau, en 2012, dernier chiffre connu, la part des fuites dans les réseaux de distribution d’eau potable atteint 20,3 %. Autrement dit, un litre sur cinq ne parvient pas au consommateur final et ces fuites représentent tout de même 1 milliard de m3 par an à l’échelle du pays. Eaufrance souligne qu’une totale étanchéité est irréaliste, mais que viser 10 % de pertes est parfaitement concevable. Les pertes sont dues à la vétusté des canalisations, à une pression en distribution trop élevée ou à des mouvements de terrain. Mais voilà, rechercher les fuites et les réparer coûte de l’argent, ce qui se répercute sur le prix de l’eau livrée au consommateur. Le même service public Eaufrance rappelle que le prix moyen de l’eau en France était de 4,34 €/m3 toutes taxes comprises en 2021, dont 2,13 euros pour la production et 2,21 euros pour l’assainissement. La consommation d’eau potable domestique s’est stabilisée depuis 2012 en France à 149 l par jour et par habitant, soit 64 m3 par habitant et par an.

 

La consommation de l'eau douce prélevée est très différente selon les régions de France. © Vigieau

 

 

 

Les économies d’eau réalisables dans les bâtiments

La consommation d’eau domestique ne représente que 26 % de la consommation d’eau totale d’eau douce en France, évaluée à 27,8 milliards de m3 d’eau prélevée par an. L’agriculture avec 57 % du total de l’eau consommée en France, le refroidissement des centrales (12 %) et les usages industriels (5 %) sont les principaux autres consommateurs. Pour passer outre le risque de sécheresse, deux moyens s’offrent à nous logiquement : réduire les consommations, augmenter la production.

Réduire les consommations est le plus complexe. L’effort le plus productif passe par une réduction des consommations d’eau par l’agriculture. Nous avons vu avec les mégabassines à quel point le gouvernement n’a pas pris la mesure du risque et comment les principales organisations d’agriculteurs ne sont pas encore acquises au dialogue. Réduire les consommations d’eau potable domestique – volumes de chasse d’eau, mousseurs, douches au lieu de bains, etc. – de 20 % serait extraordinairement difficile à atteindre, mais ne représenterait qu’une réduction de 5,2 % par an du volume d’eau potable prélevé, 10 % si l’on parvenait en plus à supprimer toutes les fuites des réseaux de distribution. Il faut peut-être se pencher plus sérieusement sur les doubles réseaux en logement et en tertiaire, pour utiliser les eaux usées issues des bains, douches, lavabos et éviers, ainsi que du recueil des eaux de pluie pour remplir les chasses d’eau. Mais, si l’on pouvait remplacer toute l’eau potable utilisée dans les chasses d’eau par des eaux usées, cela ne représenterait que 100 millions de m3 d’eau par an à l’échelle du pays, soit 0,35 % du total de l’eau douce prélevée. Rien ou presque à l’échelle nationale, mais peut-être une action locale significative.

L’emploi des eaux usées et de l’eau de pluie est cependant étroitement encadré en France et comporte des risques sanitaires non négligeables, principalement liés au défaut de vigilance et de signalisation des réseaux d’eau usées et d’eau de pluie : toute une éducation tant des ménages que des professionnels reste à faire.

 

 

 

 

Le 13 mai 2024, plus d’une dizaine de communes des Pyrénées–Orientales sont déjà en état de crise en ce qui concerne l’eau potable. © Vigieau

 

 

 

Enfin, les assurances multirisques habitation ne couvrent pas le défaut d’eau potable.

Bref, à l'étroite échelle du bâtiment, même compris au sens large en englobant le logement et tout le tertiaire, les mesures possibles poussées à leur paroxisme ne représenteront qu'une goutte d'eau dans le volume global d'eau douce prélevé chaque année en France. La conversion, calme et sereine, doit être étendue à l'agriculture et au refroidissement des centrales électriques.

Le prochain article portera sur les autres catastrophes naturelles, dont les inondations.



Source : batirama.com / Pascal Poggi

L'auteur de cet article

photo auteur Pascal Poggi
Pascal Poggi, né en octobre 1956, est un ancien élève de l’ESSEC. Il a commencé sa carrière en vendant du gaz et de l’électricité dans un centre Edf-Gdf dans le sud de l’Île-de-France, a travaillé au marketing de Gaz de France, et a géré quelques années une entreprise de communication technique. Depuis trente ans, il écrit des articles dans la presse technique bâtiment. Il traite de tout le bâtiment, en construction neuve comme en rénovation, depuis les fondations jusqu’à la couverture, avec une prédilection pour les technologies de chauffage, de ventilation, de climatisation, les façades et les ouvrants, les protocoles de communication utilisés dans le bâtiment pour le pilotage des équipements – les nouveaux Matter et Thread, par exemple – et pour la production d’électricité photovoltaïque sur site.
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