ITE sous enduit : soigner les points singuliers

ITE sous enduit : soigner les points singuliers

La pérennité d’une ITE et sa performance thermique passent par la bonne tenue et l’étanchéité du système aux points singuliers et par la réduction des ponts thermiques. © Pavatex




Fissurations, décollements, moisissures…, les désordres constatés sur l’enduit d’un bâtiment isolé par l’extérieur se concentrent au niveau des points singuliers. Partout où la planéité de l’ouvrage est brisée par un élément dépassant ou rentrant, une ouverture, un angle, etc., la mise en œuvre du système d’ITE doit être réalisée avec la plus grande rigueur.

 

Le respect des règles de l’Art et l’emploi de matériaux et accessoires adaptés sont les seuls moyens de résister efficacement à l’eau, au vent, et aux zones froides créées par les ponts thermiques.

 

La plupart des documents de référence sont en cours de création ou de réécriture afin d’intégrer de nouvelles exigences. Ainsi, le CPT 3035, qui ne tenait pas compte des ponts thermiques, paraîtra prochainement dans une nouvelle version.

 

Avant la pose ou la réfection d’une ITE, une étude préalable du bâtiment permet d’éviter des déconvenues. Réa­lisée par l’entreprise ou un organisme indépendant (voir règles ETICS de 2010), elle permet d’identifier la nature et l’état du support afin de choisir la mise en œuvre adaptée.

 

 

AVIS D’EXPERT

 

Stéphane Orsetti,
chargé de mission Socabat

 

« Attention à la mise en œuvre… »

 

« En ITE, la sinistralité est essentiellement due à une mise en œuvre inadaptée et au fait de ne pas utiliser des systèmes complets mais d’assembler des produits parfois incompatibles. Ce qui pose d’ailleurs un problème d’assurabilité. Pour ne parler que des points singuliers, les problèmes viennent du non respect des règles de l’art.

 

Il est encore fréquent de trouver des plaques d’isolant arrêtées au ras des angles, au lieu de la découpe en L préconisée au niveau des ouvertures. De même, des défauts d’étanchéité apparaissent par “oubli” de la bande imprégnée, de cornières d’angle, ou de profilés goutte d’eau.

 

Les rails de départ sont parfois mis bout à bout sans être séparés du minimum de 3 mm réglementaire. Ou encore, ils sont posés trop près du sol (moins de 15 cm) ce qui provoque des infiltrations par capillarité. On rencontre même des défauts de résistance aux chocs dans la zone de RDC, qui ne bénéficie pas toujours d’une armature renforcée sur 2 m de hauteur !

 

On ne le répètera jamais assez, il faut respecter les prescriptions techniques et se fier aux recommandations des fabricants. La RT 2012 exige des performances thermiques et fait évoluer les pratiques, avec à la clé plus de confinement et à terme l’apparition probable de nouveaux risques, comme une condensation accrue. Les ponts thermiques génèrent parfois des salissures mais ne sont pas toujours aisément repérables.

 

Parmi les rares retours d’expérience sur les bâtiments BBC, on note des ponts thermiques en façade, quand la jonction des panneaux laisse des espaces trop importants, ou quand le collage par plots induit une circulation d’air en sous face. Ou encore quand l’ITE de la façade et celle de la partie enterrée sont réalisées par différents corps d’état.

 

 

Mauvais harpage : l’isolant est arrêté à l’angle et ne recouvre pas l’épaisseur du panneau du rang inférieur perpendiculaire.

 

On constate de la corrosion sur les fers au niveau des jonctions de nez de dalle et de balcon par défaut d’étanchéité, si le rupteur de pont thermique est mal mis en œuvre. Des accessoires isolés sont développés pour limiter les ponts thermiques au niveau des éléments de fixation, notamment, mais ils semblent encore peu utilisés car le coût de l’ITE est alors majoré. »


 

Solution 1 : Assurer l’étanchéité et la stabilité du système d’ITE

 

Quelques bonnes pratiques

 

©

Weber

 

Soubassements
Les protéger des chocs et faire la jonction avec l’isolant des murs avec un système isolant haute densité PSE + colle base ciment ou bitume + complexe tramé + sous enduit base ciment + enduit d’imperméabilisation. Ou des panneaux de polystyrène extrudé parementés.

 

Intérêt :

limite ou annule les ponts thermiques, les risques de condensation et protège des chocs lors du remblaiement. La RT2012 valorise l’isolation thermique des parties enterrées d’un bâtiment dans divers cas.
Remarque : Les parties enterrées ne sont traitées qu’au travers des documents des fabricants. Un CPT spécifique est en cours de rédaction sur les soubassements.

 

Zone tampon
Rives de toit, appuis de fenêtres…, partout l’isolant vient en butée d’un point dur, comme une pointe de chevron, il est indispensable de le désolidariser du support en découpant soigneusement l’isolant pour créer une zone tampon de 5 mm, comblée par une bande isolante en mousse de PU, soit pré-imprégnée pour l’étanchéité à l’air et à l’eau, soit classique et doublée d’un joint d’étanchéité à la pompe.

 

Intérêt :

le système d’ITE doit pouvoir se dilater librement sous peine de fissuration. Reporter les joints de dilatation du support dans l’isolant est tout aussi indispensable.

 

Renforts
Toutes les parties exposées sont à protéger :

  • profilés d’angle en alu ou PVC pré-entoilés ou non selon l’épaisseur de l’enduit pour les arrêtes des angles sortants ;
  • mouchoirs aux angles des baies, baguettes et profilés goutte d’eau autour des ouvertures ;
  • trame renforcée sur 2 m en RDC ;
  • fixation supplémentaires dans les zones subissant un fort effet de succion au vent : rives de toit, angles, etc. (voir règle NV 65 ; CPT 3707 de mars 2012) ;
  • casquette en alu chapotant la tête d’isolant au niveau des acrotères, des appuis de fenêtre…


Solution 2 : Fixation des éléments : lutter contre les ponts thermiques

 

©

Weber

 

La fixation des éléments de façade ne doit pas être réalisée dans l’isolant mural même.

  • Classiquement, il est préconisé d’ancrer les éléments au support, au moment de la pose de l’isolant, ce qui permet un ancrage solide et correctement étanchéisé, mais n’empêche pas les ponts thermiques.
  • Avec la RT 2012, les éléments du type gonds de volets, descentes d’eau pluviale, antenne parabolique, plaque de rue, luminaire, etc., doivent être fixés dans un support de fixation à rupteur de pont thermique.

 

Pour des pièces légères : un cylindre ou un cube constitué de matière à faible conductivité thermique (PSE haute densité, PU, polypropylène…) est collé dans l’isolant mural, auparavant fraisé aux dimensions exactes.

 

Au-delà d’un certain poids : la pièce support est composée d’isolant et d’une ou deux platines en métal ou résine. Elle est collée puis vissée dans la maçonnerie. Ou, selon les cas, scellée chimiquement puis calfeutrée avec une mousse polyuréthane.

 

Intérêt :

la pièce reprend la charge de l’élément qu’elle supporte sans créer de liaison froide ni d’atteinte à l’étanchéité.

 

Exemple d’une console de fixation pour charges lourdes, type garde-corps :

  • le modèle, choisi selon l’épaisseur de l’isolant mural, est monté avant la pose de l’isolant sur le support brut ou décapé (colle + chevilles adaptées au support) ;
  • la partie décaissée de la console est comblée avec de l’isolant soigneusement découpé à dimension, de façon à arriver à fleur de l’isolant mural ;
  • après la pose de l’isolant mural, le complexe sous enduit, trame et finition recouvre l’ensemble, y compris la pièce-support, en veillant à repérer l’emplacement de celle-ci.

 

L’objet à fixer est vissé et un joint étanchéise les vis.

 

 

FORMATION

 

Certaines entreprises non qualifiées se sont lancées dans l’ITE ces dernières années. Cette méconnaissance des règles de l’Art peut se combler par les formations fabricants, le guide de recommandation Capeb et, bientôt, par un Certificat de Qualification Professionnelle pour les compagnons, mis au point par la FFB.

 

Source : batirama.com / Emmanuelle Jeanson

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