En 2023, le marché du génie climatique est en baisse. 2024 sera pire

Présentation des résultats du marché du génie climatique le 7 février.

Seules les ventes des pompes à chaleur air/air augmentent significativement. Le solaire thermique, les pompes à chaleur géothermiques, la climatisation tertiaire et chauffe-eaux thermodynamiques sont en légère hausse.




Le 7 février 2023, Uniclima, l’Afpac et Pac&Clim’Info ont conjointement présenté les résultats 2023 des industries du génie climatique. Pour toutes sortes de raisons, ce n’est pas brillant. Globalement, le marché est en baisse. La baisse a d’ailleurs porté plutôt sur les machines fabriquées en France, notamment les chaudières et les radiateurs. Tandis que le marché français a absorbé plus de machines importées, principalement des pompes à chaleur air/air qui progressent de 13% en 2023 par rapport à 2022, atteignent 910.420 groupes extérieurs vendus en 2023, soit 102.114 de plus qu’en 2022.

 

Commençons par ce qui va mal.

 

Les ventes de chaudières biomasse baissent de 60%

 

En 2023, 16.650 chaudières biomasse de moins de 70 kW ont été vendues en France, contre 41.980 en 2022, soit une baisse de 60%. Cette chute est avant tout due à la baisse spectaculaire des ventes de chaudières à granulés : 10.380 en 2023 contre 38.580 en 2022. Dans le même temps, les ventes de chaudières à bûches sont passées de 2.750 en 2022 à 5.350 en 2023. Bien sûr, les aides publiques en rénovation en faveur des chaudières biomasse ont baissé de 30%, mais l’annonce est intervenue fin 2023 pour une entrée en vigueur au 1er avril 2024. Ce n’est donc pas la raison de la chute des ventes. Les fabricants de chaudières à granulés peinent à l’avouer, mais l’augmentation brutale du prix des granulés de bois a découragé les ménages et pesé sur les ventes de chaudières à granulés.

 

Pour une livraison de 5 tonnes en vrac dans un rayon de 50 km, le prix de la tonne de granulés de bois était de 304 € TTC en décembre 2021, il est monté à 381,13 € TTC en avril 2022, puis à 534,66 € de juillet à septembre 2022, il a culminé 609,55 € d’octobre à décembre 2022, avant de redescendre à 534,76 en janvier 2023, puis à 553,33 € TTC en avril 2023. Depuis, il a baissé aux alentours de 500 € TTC en juin 2023, avant de remonter un peu en septembre 2023. ©PP

 

Cette expérience d’une variation brutale a été traumatisante pour les consommateurs. Le gouvernement avait même mis en place un chèque énergie bois de 200 €. Bref, apparemment ça ne se dit pas, mais cette variation brutale et récente des prix des granulés de bois a fortement découragé les consommateurs.

 

Pour 2024, la baisse des aides publiques de 30% ne vas rien arranger et les fabricants de chaudières bois ne s’attendent pas à une reprise du marché.

Pourtant, les chaudières à granulés présentent d’indéniables avantages : chargement automatique à partir d’un silo attenant, ce qui évite de se lever la nuit pour recharger des bûches par grand froid, gestion simultanée du combustible et du gaz comburant, ce qui garantit une combustion complète et excellente qualité de fumées, … Les meilleures chaudières à granulés domestiques disponibles sur le marché français affichent un rendement supérieur à 90% sur PCI et des émissions de poussières de l’ordre de 2 mg/Nm³ à 13% d’O2. ©Ökofen

 

118.000 chaudières gaz et fioul en moins

 

Deuxième chute par importance, les ventes de chaudières gaz et fioul, toujours de moins de 70 kW, ont perdu 118.000 pièces en 2023, passant de 508.000 en 2022 à 390.000 en 2023, soit une baisse de 23%. Il n’y a ici aucun mystère. L’installation de chaudières fioul neuves est interdite par décret depuis le 1er juillet 2022. Il est toujours possible d’installer des chaudières conçues pour le biofioul et qui, mais il ne faut pas le dire non-plus, fonctionnent parfaitement avec du fioul classique. Elles sont plus chères, le biofioul aussi. Côté chaudières gaz, en construction neuve, le moteur de calcul de la RE2020 rend extrêmement difficile leur installation. Ce n’est pas interdit à proprement parler, mais il faut compenser le poids carbone du gaz naturel par une surisolation pour réduire les consommations d’énergie. Les systèmes hybrides, associant chaudière gaz et pompe à chaleur, ne décollent pas encore, à tel point qu’ils ne sont pas comptabilisés par Uniclima qui met en avant le fait que tous les fabricants ne s’accordent pas sur une définition commune.

 

 

Le biogaz ne sauvera pas les ventes de chaudières gaz, pour l’instant. ©Rehau

 

 

Les ventes de brûleurs en caisse ont baissé également : 25.200 brûleurs en 2023, contre 34.900 en 2022 (-28%), dont 22.000 brûleurs fioul (-28%) et 3.200 brûleurs gaz (-26%).

 

Les radiateurs panneaux acier et décoratifs baissent de 16% à 1.285.000 pièces, tandis que les sèches serviettes à eau chaude ou mixtes chutent de 14% à 285 000 pièces.

 

49.000 pac air/eau en moins

 

Les ventes de pac air/eau ont chuté de 14% en 2023, perdant 48.949 pièces, à la fois parce que la construction neuve a baissé, notamment en ce qui concerne les maisons individuelles – 66 800 maisons individuelles construites en 2023, soit 45,3% de maisons en moins par rapport à 2022 – et parce que la rénovation s’essouffle un peu aussi, malgré le coup de pouce à 1.000 € pour l’installation d’une pac en rénovation : le nombre de logements aidés par MaPrimeRénov’ a baissé de 15% entre 2023 et 2022. Les rénovations d’ampleur, que l’on appelait rénovations globales en 2023, ont augmenté de 8%, ce qui ne compense pas la baisse des gestes uniques, notamment le remplacement des chaudières fioul ou charbon par des pompes à chaleur.

 

Dans le détail, les pac air/eau bibloc ont baissé de 23% en 2023 à 230.298 pièces contre 300.004 en 2022, pénalisées par l’évolution vers des fluides classés A2L ou A3. Tandis que les pac monobloc extérieures ont progressé de 37% à 76.236 pièces, contre 55.469 en 2022.

 

62% du total des pac air/eau utilise désormais des fluides dont le GWP est compris entre 150 et 750, traduction : le R32. Tandis que le R290 (GWP < 150) est monté à 6% et le R10A est descendu à 32%. ©PP

 

La climatisation en tertiaire progresse un peu

 

Voilà, passons maintenant à ce qui va mieux. De manière anecdotique, les rooftops progressent de 143 pièces en 2023. Ce qui représente 7% de ventes en plus. Les chillers, on ne sait pas : les données n’étaient pas encore disponibles.

 

Les ventes de DRV (Débit de Réfrigérant Variable) augmentent de 509 groupes extérieurs, soit 1,4% de plus pour atteindre 36.271 groupes extérieurs. ©PP

 

Les systèmes en split de plus de 17,5 kW que l’on pose en tertiaire sont stables, perdant seulement trois groupes extérieurs à 4.299 groupes au total. Tandis que les splits de moins de 17,5 kW de puissance atteignent pratiquement 1 million de groupes extérieurs vendus en France en 2023, tous importés : les ventes progressent de 13% pour atteindre 910.420 groupes extérieurs.

 

Les ventes de systèmes thermodynamiques pour la production d’eau chaude sanitaire progressent de 6% pour atteindre 176.970 pièces. ©PP

 

97,7% des splits vendus en 2023 en France utilisent le R32. ©Atlantic

 

Les pac air/air, jusqu’à présent, ne bénéficient d’aucune aide publique. Cependant, en lisant les nouvelles dispositions applicables à MaPrimeRénov’ depuis le 1er janvier 2024, nous avions cru comprendre que dans le cadre de la lutte contre les bouilloires thermiques, il était désormais possible d’inclure les pac air/air dans le bouquet de travaux de MaPrimeRénov’ Rénovation d’Ampleur. Selon les membres d’Uniclima, ce n’est pas certain ou, en tout cas, les modalités de cette prise en compte ne sont pas encore précisées.

 

Si les pac air/air se portent si bien, c’est à la fois en raison de la multiplication des épisodes de surchaleur qui poussent les ménages à s’équiper dans l’existant, du moteur de calcul de la RE2020 qui les considère au même titre que le pac air/eau et du fait que leur coût d’installation est relativement modéré.

 

Le solaire thermique et les pac eau/eau progressent aussi

 

Selon Valérie Laplagne d’Uniclima, le solaire thermique progresse de 8% en surface de capteurs vendus en 2023, pour atteindre 73.100 m².

 

Si les surfaces de capteurs solaires thermiques dévolus au collectif baissent de 10 % à 20.600 m² et si les surface de capteurs consacrés au CESI (Chauffe-Eau Solaire Individuel) perdent 5% pour atteindre 29.300 m², les surfaces de capteurs accompagnant les SSC (Système Solaire Combiné) qui assurent à la fois le chauffage et la production d’ECS augmentent de 69% pour atteindre 23.200 m². ©PP

 

 

Enfin, les ventes de pompes à chaleur eau/eau ou géothermiques progressent de 18% pour atteindre 3.517 pièces. Le marché demeure faible, mais il est encouragé en rénovation par l’augmentation des montants d’aides financière, passés à 5.000 €, sans condition de ressources, depuis mars 2023. ©PP

 

Toutes les machines thermodynamiques sont concernées par la modification du Règlement européen F-Gaz, qui a définitivement été adopté par le Conseil Européen, dans les mêmes termes que le Parlement Européen, le 29 janvier dernier. Eric Jasikas expliquait lors de la présentation qu’il sera publié au Journal Officiel des Communautés Européennes fin mars ou début avril, pour une application 20 jours après sa publication. Autant le dire tout de suite, cette nouvelle version abrège l’horizon de vie du R32. Nous y consacrerons un article complet. ©PP

 

En ce qui concerne la ventilation Yves d’Andon expliquait que tous les fabricants français souhaitent vendre plus de solutions double-flux. Celle-ci est devenue la règle en tertiaire (+6,5ù à plus de 12.500 pièces en 2023). Tandis qu’elle a fortement baissé en logement individuel, perdant 45,1% en 2023 et descendant de plus de 40.000 systèmes en 2022 à moins de 25.000 en 2023. Cela est notamment attribuable à l’arrêt des aides à la mise en place d’une ventilation double flux en rénovation de logements. La ventilation simple flux progresse de 4,9% en logement collectif pour atteindre 95.000 groupes vendus : c’est largement un marché de remplacement de groupes vieillissants. En logements individuels, la VMC simple flux domine toujours : plus de 300.000 groupes hygroréglables (+5,1%) et plus de 550 000 groupes autoréglables (+5,3%).

 

Pour 2024 et 2025, l’Afpac et Uniclima sont inquiets : la baisse des permis de construire en logement et en tertiaire se fera sentir à partir du second semestre 2024 pour la maison individuelle et en 2025 en collectif et en tertiaire. Les nouvelles dispositions de MaPrimeRénov’ leur paraissent incohérentes et inefficaces. De toutes façons, à peine appliquées depuis le 1er janvier, elles doivent encore évoluer dès la fin du mois de février, selon Christophe Béchu.

 

Attendons de voir.

 



Source : batirama.com / Pascal Poggi

L'auteur de cet article

photo auteur Pascal Poggi
Pascal Poggi, né en octobre 1956, est un ancien élève de l’ESSEC. Il a commencé sa carrière en vendant du gaz et de l’électricité dans un centre Edf-Gdf dans le sud de l’Île-de-France, a travaillé au marketing de Gaz de France, et a géré quelques années une entreprise de communication technique. Depuis trente ans, il écrit des articles dans la presse technique bâtiment. Il traite de tout le bâtiment, en construction neuve comme en rénovation, depuis les fondations jusqu’à la couverture, avec une prédilection pour les technologies de chauffage, de ventilation, de climatisation, les façades et les ouvrants, les protocoles de communication utilisés dans le bâtiment pour le pilotage des équipements – les nouveaux Matter et Thread, par exemple – et pour la production d’électricité photovoltaïque sur site.
1 Commentaire
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  • par gdg
  • 08/02/2024 18:20:58

Quelle surprise concernant les chaudières à granulés! On a poussé le grand public à s'équiper, pour dans la foulée faire exploser les prix des pellets. Quand aux chaudières fioul, quelle hypocrisie. La chaudière fioul étant un appareil relativement simple, il sera toujours possible de remplacer le brûleur et autres composants pour les faire durer. Dans les zones rurales non raccordées au gaz de ville, le fioul reste encore le mode de chauffage de base, surtout dans les régions aux hivers froids. En visant la transition énergétique à marche forcée, on part un peu dans tous les sens, sans véritable vision globale et sans volonté d'adaptation aux contraintes de chaque région et des différents types d'habitat.

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