La construction métallique, un marché dynamique en phase avec les enjeux environnementaux

Le 50 avenue Montaigne - bureaux et commerces Paris 8ème : CCS reconstruit en métal 4 niveaux en béton armé et fait des extensions - 270 t d’acier

Bilan positif en 2022 pour la construction métallique et de belles opportunités de développement : le Syndicat de la Construction Métallique de France (SCMF) pointe les atouts du secteur.




Photo : Le 50 avenue Montaigne - bureaux et commerces Paris 8ème : CCS reconstruit en métal 4 niveaux en béton armé et fait des extensions - 270 t d’acier(©CCS)

 

Lors d’un point presse le 22 juin dernier, le Syndicat des constructeurs métalliques français (SCMF) a dressé un bilan 2022-2023 satisfaisant, avec une activité en croissance de plus de 6% et la mise en œuvre de quelque 800 000 tonnes de construction métallique sur le territoire. Comme dans les dernières années, le marché du bâtiment industriel soutient cette dynamique. Les prix de l’acier en baisse (mais toujours supérieurs à l’avant Covid) permettent d’accroître la compétitivité de la solution métallique. Et même si les entreprises subissent les hausses des coûts de l’énergie et l’inflation, leurs résultats 2022 sont satisfaisants et l’année 2023 s’annonce bien : avec un volume de commande stable, les carnets de commande sont assurés par un nombre important de consultations et de projets de construction, malgré des dates de réalisation d’ouvrage reportées, des décisions de commande plus laborieuses et des durées d’instruction des permis de construire plus longues (la commande de 2024 sera peut-être plus difficile à constituer).

 

Etat des lieux en 2022 (données SCMF) : Dans les mois à venir, les trois secteurs d’activité principaux - “ouvrages d’art”, bâtiments agricoles (avec leurs centrales voltaïques) et bâtiments industriels (avec la réindustrialisation), devraient continuer à croître. A contrario, le commerce, les bureaux et logements devraient s’inscrire en baisse.

 

L’acier, en phase avec les enjeux de neutralité carbone

 

C’est avec sérénité que les constructeurs métalliques voient arriver la REP bâtiments, d’une part, et d’autre part l’application de la RE 2020, avec ses seuils d’émissions de CO2 de plus en plus bas au fur et à mesure des années.

Recyclable à l’infini sans perdre ses caractéristiques, facile à trier grâce à ses propriétés magnétiques, l’acier est recyclé depuis plus d’un siècle et la filière s’autofinance.

En France, 95 % des aciers longs (poutrelles, plats, cornières) utilisés pour la construction sont des aciers secondaires issus du recyclage et de la filière électriques des aciéristes (vs. 50 % en Europe).

Plus coûteux que l’acier primaire (issu de la filière hauts-fourneaux et produit à partir de minerai de fer), l’acier secondaire affiche un bilan carbone divisé par 5 ou 6, en phase avec les enjeux de neutralité carbone.

On estime à 780.000 tonnes la consommation annuelle d’acier en France par les constructeurs métalliques, qui choisissent de plus en plus les aciers les plus recyclés et les aciers secondaires issus de recyclage d’acier de récupération (canettes, carrosseries de véhicules, chutes de profil et d’usinage, tôles, etc.).

Chaque lot mis sur le marché possède sa propre déclaration environnementale (FDES en France et EPD en Europe). Ces fiches environnementales permettent de calculer les ACV (analyse du cycle de vie) des bâtiments, en comptabilisant ses parties acier. En 2025 ou 2027 au plus tard, l’industrie sera concernée par la RE 2020.

 

Aciers bas carbone en développement

 

Les aciéristes développent des aciers bas carbone (par exemple, l’Xcarb d’Arcelor Mittal issu de sources recyclées et renouvelables affiche des émissions de 0,3 kg de CO2 /kg d’acier produit). En fonction du type d’énergie consommée par les fours des aciéristes (nucléaire, hydraulique, éolienne, photovoltaïque), les taux d’émission de COdes aciers bas carbone s’avèrent déjà divisés par 5 ou 6 par rapport à des aciers classiques. Ils sont donc en phase avec les enjeux de neutralité carbone nationale à horizon 2050.

 

Les récentes FDES disponibles sur la plate-forme digitale du Centre Technique Industriel de la Construction Métallique (CTICM) revendiquent de belles performances avec des émissions de l’ordre de 0,5 kg par kg d’acier produit. Elles sont à la disposition des bureaux d’études pour le calcul du poids carbone de la charpente métallique dans un projet.

 

Avec les données caractérisant chaque produit, les constructeurs métalliques peuvent choisir dans leur parc d’affaires, ceux qui répondront le mieux aux exigences des cahiers des charges d’un projet.

 

"Les aciers bas carbone coûtent environ 10 % plus cher ; soit environ +4%, ramené au coût du produit. Aujourd’hui à 1.100 euros, la tonne d’acier bas carbone affiche un surcoût largement absorbable par le marché, compte tenu de la hausse générale de tous les matériaux. Les constructions en acier bas carbone restent donc particulièrement compétitives", souligne Roger Briand, président du SCMF (© EJH)

 

Le réemploi, un bonus pour l’analyse du cycle de vie du bâtiment

 

Dans le calcul de l’ACV acier utilisé dans la construction d’un bâtiment, à partir des FDES, l’incorporation d’éléments de réemploi dans les structures va diminuer significativement l’impact carbone de la solution acier.

 

Aujourd’hui, le réemploi ne représente qu’une très faible part dans la construction métallique, estimée entre 3 et 5 % (notons que dans la construction métallique provisoire, le réemploi est largement usité).

 

Pourtant, le gisement de friches industrielles est énorme. De plus, essentiellement boulonnés, les ouvrages métalliques sont aisément démontables. Les éléments modulaires et les pièces détachées sont traçables et ils sont facilement transportés et remontés dans de nouvelles configurations de constructions. Conserver intégralement ou partiellement des charpentes métalliques évite la démolition, et une reconstruction impactante en termes d’émissions de CO2. Cette option est aussi en accord avec la loi ZAN (Zéro artificialisation nette des sols) en reconstruisant et modifiant un bâtiment sur un site existant, en fonction de l’usage attendu par son maître d’ouvrage.

 

Autre tendance amenée à se développer : la préfabrication en atelier, qui permet de réduire la pénibilité et d’accélérer la mise en œuvre sur site.

 

"Les marchés de la réhabilitation, de la surélévation, de l’extension sont une voie d’avenir pour notre profession. En la matière nous pouvons tout réaliser", conclut le président du SCMF.

 

Un bémol toutefois : dans cette filière solide et prometteuse, plus de 20.000 emplois sont à créer dans les 4 ans à venir. Le manque de formations pour ces métiers contraint les entrepreneurs à développer des formations internes mais aussi à multiplier les contrats d’alternance.

 

Projet Halle Papin, à Pantin (93) : Requalification urbaine d’un quartier de Pantin : cette friche industrielle restaurée dans le respect de l’histoire du bâtiment, avec une conservation maximale de l’existant (bâtis, vues, accès, façade brique, etc.) qui a permis une économie de l’énergie grise : rénovation de structures existantes et économie de matériaux tant sur la structure métallique que sur les fondations et les murs. 68 % des profils existants ont été réemployés (part globale de réemploi de 8 % de l’acier utilisé sur ce chantier ; soit pour le total d’acier de 250.000 kg un gain de 19.410 kg). Briand Métal a préfabriqué au maximum en atelier les cadres visibles ici.



Source : batirama.com / Emmanuelle Jeanson

L'auteur de cet article

photo auteur Emmanuelle JEANSON
Collaboratrice de longue date de Batirama, elle est journaliste indépendante dans la presse pro du bâtiment et de l’énergie depuis ses débuts dans le métier (qui remontent à la dernière décennie du siècle dernier !). Ses sujets de prédilection : tout ce qui contribue à une construction plus soutenable ; les techniques anciennes remises au goût du jour ; les énergies renouvelables ; aller à la rencontre des artisans et de leur quotidien, mais aussi comprendre les enjeux de l’activité industrielle.
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