La tour Hekla, conçue en 2012, est parfaitement actuelle

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La tour Hekla a été inaugurée le 1er décembre à La Défense. En termes d’aménagements intérieurs et de conception technique, elle est largement en avance sur son temps.

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La tour Hekla est une réponse à un appel à projets lancé en 2012 par ce qui est aujourd’hui devenu l’Etablissement Public Paris La Défense, pour réaménager le quartier de la Rose de Cherbourg. Ce nom bien poétique dissimulait en réalité un vieil échangeur autoroutier et une série d’espaces délaissés derrière le Centre Commercial des Quatre Temps à La Défense, qui constituaient une efficace frontière entre Puteaux et le quartier d’affaires.

 

 

Revitaliser la Rose de Cherbourg

 

 

Bref, c’était vraiment moche et peu pratique. Pour retisser des liens entre le quartier d’affaires et la ville de Puteaux, le projet de réaménagement de la Rose de Cherbourg prévoyait la transformation de l’échangeur autoroutier en une promenade plantée de 500 m de long, la création d’un parc, d’une place centrale, de jeux pour enfants, d’un skate park, de deux commerces, d’un parking pour deux roues et de trois programmes immobiliers.

 

Pour une fois, les aménageurs de La Défense, pas nécessairement connus pour leur délicatesse, avaient vu juste en favorisant les mobilités douces – vélos, pétons, … -, les espaces à la fois publics et verts, l’ouverture vers Puteaux. L’arrivée d’ici de 2030 de la Gare de la Ligne 15, qui sera construite sous l’emprise de la Rose de Cherbourg, va encore renforcer l’attractivité de cette zone.

 

Il ne restait plus qu’à réussir les trois programmes immobiliers prévus. Deux d’entre eux sont sortis de terre : la résidence étudiante Campuséa, livrée en 2019 et la tour Hekla, inaugurée le 1er décembre et qui sera livrée courant décembre. Le troisième demeure dans les limbes.

 

L’architecte Jean Nouvel et ses Ateliers Jean Nouvel (AJN) ont remporté les trois concours. AJN a construit la tour Campuséa, rebaptisée youf1st campus, pour Gécina ; la tour Hekla pour Hines et le Belge AG Real Estate.

 

 

Des brise-soleil fixes extérieurs améliorent le bilan énergétique de la tour Hekla et lui donnent une apparence spécifique. ©PP

 

 

Selon la façade, l’apparence de la tour Hekla est très différente. La façade nord, étroite, comporte l’escalier de secours. ©PP

 

 

La tour Hekla enjambe le vieil échangeur autoroutier qui sera reconverti en promenade piétonne. Du coup, la tour et accessible à deux niveaux : directement par cette future promenade et par la place piétonne. ©PP

 

 

 

 

En enjambant l’ancien échangeur, la tour Hekla a rendu accessible le boulevard circulaire de la Défense en créant un trottoir d’une centaine de mètres sur son long. ©PP

 

 

Brève histoire de la tour Hekla

 

 

En 2012, AG Real Estate s’associe à AJN pour répondre à l’appel à projets lancé par l’Etablissement Public Paris La Défense. Leur projet franchit le premier tour. Entre le premier et le second tour, ils se rapprochent de Hines qui les rejoint. Hines prend en charge le développement de la tour Campuséa pour le compte de la Foncière Gecina.

 

AG Real Estate et Hines deviennent co-promoteurs de la tour Hekla qu’ils vendent en état futur d’achèvement aux investisseurs Amundi Immobilier (Crédit Agricole) et Primonial REIM fin 2017. En 2013, un protocole d’accord est signé entre toutes les parties.

 

En 2015, le permis de construire est déposé. En juin 2016, il est accordé, sans avoir fait l’objet de recours. Les études sont terminées début 2018, comptons un peu plus de trois d’études tout de même.

 

 

Voici les principaux protagonistes, lors de l’inauguration le 1er décembre. De droite à gauche, Pierre-Yves Guice, directeur général de Paris La Défense, Jean Nouvel, l’architecte, Sergé Fautré, CEO de AG Real Estate et Xavier Musseau, président de Hines France. ©PP

 

 

La décoration et l’éclairage des deux niveaux du lobby reprennent les motifs géométriques des protections solaires fixes. ©PP

 

 

 

 

Les travaux, conduits par Bateg (groupe Vinci), associé notamment à Vinci Energies, Phibor Opale, Cégélec Tertiaire Île-de-France Grands Projets SDEL Imtec, SAGA Tertiaire, Uxello Tertiaire Île-de-France et à Thyssen-Krupp qui a fourni les 34 ascenseurs prévus, ont commencé en juillet 2018 à l’angle de la route de la Demi-Lune et de l’avenue du Général de Gaulle à Puteaux et se terminent mi-décembre 2022.

 

Inex était le bureaux d’études fluides ; Deerns, le BE HQE ; AE75, l’économiste ; tandis que Egis s’est chargé des calculs de façade et Gamaco des calculs de structure béton.

 

Le résultat est un bâtiment de 49 étages de 220 m de haut, dont Inex évalue le montant des travaux à 220 M€. Avant que cette indication ne disparaisse, le site internet d’AJN évaluait le coût du projet à 248 millions d’euros. Les promoteurs indiquent que le contrat de construction avec Bateg est conclu sur la base de 3000 € HT/m². Hines annonce un prix de vente 572 M€ à Amundi Immobilier (80%) et Primonial REIM (20%).

 

La tour Hekla offre 76 000 m² aménageables et peut accueillir environ 5 800 personnes.

 

 

Au bas de la Tour, deux niveaux de lobby abriteront des équipements ouverts sur la ville, dont un auditorium de 250 places vitré sur trois côtés, déjà livré. ©PP

 

 

Les plateaux de bureaux courants offriront environ 1700 m² de surface, avec une hauteur libre sous plafond de 2,90 m, alors que la moyenne se situe entre 2,70 et 2,80 m à La Défense. ©PP

 

 

 

 

Deux technologies particulièrement innovantes

 

 

La tour Hekla possède deux aspects techniques particulièrement intéressants qui se sont révélés parfaitement en phase avec les attentes actuelles en matière de construction : précontrainte par post-tension avec des coffrages U Boot, suppression des CTA centralisées au profit de mini-CTA Aircalo.

 

La première mesure prise par les concepteurs de la Tour Hekla pour alléger la structure en béton, maximiser la hauteur sous plafonds et réduire le nombre de poteaux est l’emploi de 38 000 coffrages perdus U boot de l’italien Daliform.

 

Les coffrages perdus en forme de cloche sont disposés sur la table de coffrage ou sur une prédalle, les aciers sont mis en place, des câbles de post-tension sont passés et le béton est coulé. Après quelques jours de séchage – la durée varie selon la qualité de béton utilisée -, les câbles sont tendus pour imprimer à la dalle une précontrainte par post-tension.

 

Cette technologie génère quatre résultats enviables. Premièrement, l’ouvrage est allégé. Ce qui, par répercussion, réduit l’importance des fondations. Ensuite, la quantité de béton est réduite, de plus de 20% dans le cas de la tout Hekla. Ce qui constitue un avantage important dans le cas d’un calcul d’empreinte carbone du bâtiment.

 

Troisièmement, la solidité de l’ouvrage croît, ce qui permet de réaliser des dalles de plus grandes portées et de réduire le nombre de poteaux. Dans la tour Hekla, cela se traduit par des plateaux libres de poteaux autour du noyau des ascenseurs.

 

Enfin, le système des coffrages U Boot supprime toute retombée de poutres et permet d’atteindre dans la tour Hekla, des portées de 16 à 18 m sans aucune retombée de poutre, avec maintien de 2,90 m sous plafond sur toute la surface des plateaux.

 

Le chantier de la tour Hekla, comme de nombreux chantiers à La Défense, disposait d’aires de livraison réduites et d’une très faible capacité de stockage sur site. Tous les matériaux ont été livrés en juste à temps. Daliform France a livré les 38 000 coffrages U Boot, étage par étage. Une palette de coffrages U Boot représente 300 m² d’équivalent-plancher. Un camion de 80 m³ contenant 24 palettes de U Boot suffit pour 6000 m² d’équivalent-plancher.

 

Le calcul des structures béton de la tour Hekla ont été effectués par le BE Gamaco, spécialiste de la post-tension. L’ouvrage a été réalisé par Freyssinet, qui appartient au groupe Vinci et dont le fondateur a inventé la précontrainte et la post-tension. Quatre modèles différents de coffrages U Boot ont été utilisés, avec des hauteurs de 13, 18, 20 et 22 cm.

 

 

Jean Nouvel souligne que la tour Hekla modifie la skyline parisienne et se voit parfaitement depuis le centre de la ville. La tour, selon lui, permet aussi un autre regard sur l’agglomération. ©PP

 

 

 

 

"Hekla n’est pas une tour", proclame Sergé Fautré, CEO de AG Real Estate. Ce qu’il veut dire est qu’elle n'est ni sans âme, ni laide et qu’elle possède en outre plusieurs attraits du point de vue de la performance thermique et environnementale. Son raccordement aux réseaux de chauffage et de froid urbain de La Défense en est un. En Belgique, rappelle Sergé Fautré, à compter du 1er janvier 2023, plus aucun bâtiment neuf ne pourra utiliser des énergies fossiles. ©PP

 

 

Xavier Musseau, président de Hines France, ajoute une information importante et une anecdote. Information : les façades ne sont pas en double peau, comme c’est l’usage pour les tours. C’est une simple peau double vitrage avec des vitrages à fort contrôle solaire. Voilà d’un seul coup 45 000 m² de vitrages évités et une importante charge carbone en moins. Côté anecdote, il y a 10 ans, au moment de la conception de la tour, il était encore permis de fumer dans les bureaux dans des environnements conçus pour. Chaque étage de la tour comporte donc une terrasse pour fumeurs. Il est désormais interdit de fumer dans la tour Hekla et ces espaces donnant sur l’extérieur font partie des petits plus qui améliorent la vie au travail dans ce bâtiment. ©PP

 

 

Traitement d’air décentralisé

 

 

La tour Hekla, alimentée par les réseaux de chauffage et de froid urbain de la Défense, ne possède pas de CTA (Centrale de Traitement d’Air) centralisées. A la Place, Inex a étudié et Cégélec Tertiaire IdF Grands Projets & Macro-Lots Techniques a installé, 880 mini-CTA.

 

Les mini-CTA, suffisamment minces pour passer dans un faux-plafond classique, prennent l’air neuf et rejettent l’air extrait directement en façade. Elles sont raccordées en 4 tubes (aller et retour chauffage, aller et retour eau glacée) et embarquent 2 ventilateurs, un échangeur pour la récupération de la chaleur ou de la fraîcheur de l’air extrait, ainsi qu’un ensemble de filtration de l’air insufflé.

 

Elles assurent la couverture de la totalité des besoins de chauffage et de rafraîchissement, fonctionnent en tout air neuf, sans recirculation possible : avantage sanitaire. Des équipements Distech Controls assurent leur pilotage en fonction de détections de présence et des informations transmises par des sondes de CO2.

 

Cette architecture de ventilation a permis aux équipes de Cégélec de les mettre en service étage par étage, dès que la façade était posée et l’électricité raccordé. Les mini-CTA sont conçues pour fonctionner par zone : un plateau entier ou des morceaux de plateau.

 

Ce qui permet de réduire les débits de ventilation dans les zones inoccupées et de ne pas ventiler tous les étages simplement parce que quelques niveaux sont occupés mais qu’ils dépendent tous d’un même ensemble de CTA centralisées.

 

Pour les promoteurs, cette solution de CTA décentralisées réduit l’épaisseur des gaines de ventilation à chaque niveau, donc conserve la hauteur sous plafond. Elle supprime les locaux techniques et les trémies de passage des gaines verticales : autant de surface gagnée et rendue à la location à chaque niveau.

 

Cela supprime également les volets coupe-feu dans les gaines de ventilation verticales à chaque niveau, ainsi que leur obligation de coûteux entretien annuel. Bref, cette solution ne présente que des avantages en termes de qualité de l’air intérieur, de souplesse de fonctionnement et de consommation d’énergie.

 

Le seul aspect qu’il faudra observer de près est la maintenance : 880 machines décentralisées dont il faut changer les filtres, au lieu d’une demi-douzaine de grosses CTA centralisées à entretenir.

 

 

La tour Hekla est multi-certifiée : effinergie+, LEED Platinum, BREEAM Excellent, HQE Exceptionel, Well Silver, Wired Certified Platinum. Le label effinergie+ reposait sur la RT2012 et demandait notamment CEPmax RT2012 – 43%. Si nous ne commettons pas d’erreur, le CEPmax RT2012 pour des bureaux en Île-de-France, climatisés et raccordés à deux réseaux de chaleur (chauffage et rafraîchissement) dont la teneur en CO2 est inférieure à 50 g/kWh, le coefficient Cepmax était de 143 kWhep/m².an. 143 – 43% = 81,51 kWhep/m².an. Ce qui constitue une vraie performance pour une tour de bureaux. ©PP

 

 

Les deux derniers niveaux, les étages 48 et 49, constituent une promenade plantée qui demeurera accessible à tous les occupants de la tour Hekla. ©PP



Source : batirama.com / Pascal Poggi

L'auteur de cet article

photo auteur Pascal Poggi
Pascal Poggi, né en octobre 1956, est un ancien élève de l’ESSEC. Il a commencé sa carrière en vendant du gaz et de l’électricité dans un centre Edf-Gdf dans le sud de l’Île-de-France, a travaillé au marketing de Gaz de France, et a géré quelques années une entreprise de communication technique. Depuis trente ans, il écrit des articles dans la presse technique bâtiment. Il traite de tout le bâtiment, en construction neuve comme en rénovation, depuis les fondations jusqu’à la couverture, avec une prédilection pour les technologies de chauffage, de ventilation, de climatisation, les façades et les ouvrants, les protocoles de communication utilisés dans le bâtiment pour le pilotage des équipements – les nouveaux Matter et Thread, par exemple – et pour la production d’électricité photovoltaïque sur site.

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