Sinistralité : 14 000 retours d’expérience au service de la réhabilitation

Sinistralité : 14 000 retours d’expérience au service de la réhabilitation

Menés depuis maintenant 10 ans, les 14 000 retours d’expériences des bâtiments performants par l’AQC serviront à étendre les méthodes acquises au secteur de la réhabilitation.






L’AQC, Agence Qualité Construction, assure le lien entre le secteur de la construction et celui des assurances. Cette agence a entre autres pour mission de prévenir des pathologies de la construction liées aux produits et aux modes de pose.

 

À ce titre, la mise en œuvre des principes de construction performante à partir des années 2000 – haute qualité environnementale notamment… – l’a placé sur le devant de la scène. Face aux risques liés aux modes constructifs développés et aux nouveaux matériaux et équipements utilisés en construction neuve, les assureurs lui ont alors demandé d’observer avec attention ces innovations.

 

Depuis maintenant 10 ans, l’AQC produit ainsi chaque année un retour d’expériences sur les bâtiments performants destiné à la prévention de la sinistralité, à l’anticipation des normes et à la maîtrise des pathologies.

 

La sinistralité continue à augmenter

 

Très tôt, ce document synthétique et à vocation très pédagogique – une nomenclature claire, des descriptions très illustrées – a permis aux professionnels de corriger les procédures et méthodes de travail sur des ouvrages aux comportements mal connus. Exemple : l’apparition de moisissures dans les constructions étanches à l’air laissées hermétiquement closes durant seulement un week-end…

 

Directeur général de l’AQC, Philippe Estingoy, reconnaît que malgré tous ces efforts, la sinistralité continue à augmenter, et l’information comme le partage des connaissances de terrain permettent de la contenir. « Si nous n’intervenions pas, ce serait pire ! »

 

Ce dispositif « REX Bâtiments performants » a ainsi permis à l’AQC d’entrer de plain-pied dans le projet RAGE (Règles de l’art - Grenelle de l’environnement) qui s’est déroulé de 2011 à 2014, puis de piloter la poursuite de ce programme de réécriture des règles de l’art dans le cadre de Pacte à partir de 2015.

 

Un nouveau programme avec Profeel financé par les CEE

 

Depuis cette année, et pour deux ans (2020-2022), le relais est pris par le programme global Profeel (1). Lancé en avril 2019, rassemblant 16 organisations professionnelles (2), il résulte d’un appel à programmes lancé par l’État dans le cadre des certificats d’économie d’énergie (CEE) ; il est financé par les énergéticiens « obligés » (3) à hauteur de 24,55 M€.

 

Ce programme porte neuf projets (4) particulièrement centrés sur la rénovation énergétique. Celui consacré aux retours d’expérience de la rénovation énergétique est piloté par l’AQC, notamment Martin Guer, responsable de projet, et Samuel Daucé, responsable technique. Il est aussi porté par des organismes comme le CSTB ou l’Ademe.

 

Véritable prolongement des « Rex Bâtiments performants », le Rex Rénovation vise, selon Mickaël Thierry, adjoint au sous-directeur de la qualité et du développement durable dans la construction au sein du ministère de la Transition écologique et solidaire, à cadrer les chantiers.

 

Objectif : faciliter la massification des opérations de rénovation

 

« Nous soutenons une massification des opérations. Quels sont les résultats du terrain ? » Et il poursuit : « Les chantiers exploitent de nombreuses innovations et nouvelles technologies, et il est important de comprendre leurs impacts en termes acoustiques ou sanitaires. »

 

Des interrogations qui peuvent porter aussi bien sur les pompes à chaleur que sur les ventilations double flux… Martin Guer cerne les défis : « Les bâtiments deviennent plus complexes, on modifie leur équilibre de fonctionnement et on y introduit beaucoup d’innovations : de l’étanchéité, de la terre crue des isolants sous-vide... » Des modifications des savoir-faire rapides qui obligent à aller observer, analyser et diffuser les connaissances au plus grand nombre.

 

Rapports, vidéos et études de cas…

 

Quels bénéfices attendre de ces Rex ? Il s’agit d’illustrer les bonnes pratiques par l’exemple, de développer des guides, de rédiger des règles professionnelles, et autres avis et orientation pour mieux faire, explique Philippe Estingoy.

 

Concrètement, au cours des mois à venir, les pilotes de Profeel attendent une production abondante : dix rapports, dix vidéos et tutoriels, dix études de cas, 200 photos commentées de situations dites de non-qualité et 10 questionnaires à choix multiples pour la formation des intervenants. Le but est clairement d’exploiter les erreurs constatées pour faire progresser la profession.

 

Une malette pédagogique orientée métiers

 

La méthode pour faire remonter les informations est rodée, indique Pauline Lefort, enquêtrice du dispositif REX bâtiments performants et chef de projet Qualité construction et Filière matériaux chez Envirobat Occitanie.

 

« Nous collectons les données sur le terrain en allant à la rencontre des acteurs des chantiers : maîtres d’ouvrages, maîtres d’œuvre, entreprises, industriels, et pour tous types d’occupants, du résidentiel aux écoles en passant par les locaux pour pompiers…

 

Nos critères d’analyse sont la basse consommation, la haute qualité environnementale, les produits innovants, la gestion en BIM… Un chantier demande de trois à cinq jours de travail d’enquête, tant sur le terrain qu’au retour au bureau. Dans un deuxième temps, nous exploitons cette base de données avec les experts... »

 

14 000 constats pour l’AQC en 10 ans

 

La méthode repose sur l’expérience de 1600 bâtiments audités en France métropolitaine, 200 dans les départements et territoires d’outre-mer, auquel l’AQC ajoute 60 ouvrages visités en Italie en 2019 dans le cadre du projet européen A2E (Alpes Efficacité Énergétique) (5).

 

En 10 ans, l’AQC totalise ainsi 14 000 constats. La plupart sont déjà rassemblés dans les « malettes pédagogiques » accessibles sur le site internet de l’AQC (6). Il faut cependant noter que ce travail reste circonscrit au programme Profeel ; il n’est pas croisé avec les informations que pourraient recueillir les auditeurs RGE. De même, si la DGALN est aux côtés de l’AQC dans ce programme, elle n’en tire pas profit pour, par exemple, étudier une évolution de la réglementation thermique dans l’existant.

 

Cependant, avec l’intégration plus massive d’informations sur la rénovation, la malette pédagogique va faire l’objet d’une refonte pour permettre une entrée par métier et non uniquement par fonctions (murs, fenêtres, chauffage…). La nouvelle mouture du site est promise pour ce mois de novembre.

 

1. Programme de la filière pour l’innovation en faveur des économies d’énergie dans le bâtiment et le logement.

 

2. AIMCC, CAPEB, Fédération CINOV, CNOA, COPREC, FFA, FFB, FIEEC, FNBM, FPI, la fédération des SCOP-BTP, SYNTEC Ingénierie, Pôle Habitat-FFB, UNSFA, UNTEC et USH.

 

3. EDF, 40 % ; TOTAL Marketing, 30 % ; ENGIE, 20 % ; ENI Gas & Power, 5 % ; CPCU Paris, 5 %.

 

4. https://programmeprofeel.fr

 

5. https://alcotra-a2e.caue74.fr/le-projet-a2e/

 

6. https://rexbp.qualiteconstruction.com

 


Source : batirama.com/ Bernard Reinteau

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