Pose de carrelage en rénovation : la réglementation en retard

Pose de carrelage en rénovation : la réglementation en retard

Face à une industrie céramique qui pousse sans cesse l’esthétique et les formats tout en réduisant l’épaisseur des joints, les fabricants de produits de mise en œuvre (PMO) apportent des réponses en rénovation. © Mapei





100 x 300 cm, 150 x 200 cm… Le grand format n’est plus une exception dans le milieu haute couture du carrelage avec des incidences non négligeables sur l’outillage qui doit être adapté pour manipuler ces carreaux XXL.

 

« Cet univers évolue tellement vite que certaines mises en œuvre ne sont déjà plus visées ni par les DTU, ni par les CPT », note Thierry Labat, chef de produit carrelage. « De plus, ces formats hors réglementation, qui elle limite à 10 000 cm2 au sol et uniquement en travaux neufs (cf : CPT 3666), sont quasiment sans joint (2 à 3mm)».

 

Et là, encore le bât blesse. « Certes, avec des carreaux rectifiés ou grands formats, il est plus esthétique de réaliser un joint de 2 mm que de 5 mm, mais la pose à joint nul reste strictement bannie », avertit Florence Atger, responsable du pôle colle sol chez Parexlanko.

 

Reste que toutes ces mutations rapides de l’industrie céramique « placent les carreleurs sur la corde raide en termes d’assurabilité et de responsabilité », ajoute Thierry Labat. Mais pour répondre aux demandes des professionnels poussés par celles de leurs clients, mortiers et produits de jointoiement collent à la tendance.

 

Mortiers-colles améliorés déformables

 

Pour ces grands formats en rénovation, cap sur les mortiers-colles améliorés déformables au minimum de 2,5 mm pour les C2S1, et au minimum de 5 mm pour les C2S2. « Nous avons développé une colle spéciale très grand format jusqu’à 30 000 cm2 à très haute déformabilité pour une pose en double encollage parce que nous avons une forte demande », informe Bruno Barbarit, directeur commercial chez PRB.

 

Une réponse de niche, hors réglementation. « Et, il ne faut pas oublier qu’en raison du poids des formats XXL, une colle C2S2 peut mettre du temps à sécher, avertit Florence Atger. Une C2S1 chargée en fibres pour renforcer la déformabilité peut suffire ».

 

Des joints très déco

 

Autre conséquence des évolutions de l’industrie céramique qui apporte son lot de nouveautés au rythme effréné de collections de prêt à porter : « le segment imitation lame de parquet aux finitions bois ou grisées a une incidence sur l’évolution des teintes des joints », continue Florence Atger.

 

« À l’image de la dernière édition du salon international du Cersaie où une des tendances a été de mélanger différentes imitations bois, pierre et même rouille et cuir, va-t-on aller vers une personnalisation des coloris de joint selon le ou les revêtements associés ? » interroge Thierry Labat.

 

En attendant, ocre, bois exotique, traditionnel ou grisé, tous sont désormais capables de proposer des joints résolument déco de plus en plus hauts en couleur.

 

Solution 1 : Coller des formats XXL… en rénovation

 

© Cermix


En attendant de donner un cadre en rénovation aux carreaux grands formats et oblongs supérieurs à 3 600 cm2 jusqu’à 10 000 cm2, il vaut mieux se référer règles du Cahier des prescriptions technique 3666, même s’il ne vise que les travaux neufs.

 

Les XXL restent réservés à une pose en sol intérieur dans les locaux P3 sans siphon de sol. Pour éviter toute déconvenue sur ancien support, l’idéal est de déposer le revêtement existant pour mettre le support à nu, puis de le rendre parfaitement sain, propre et dépoussiéré, avant d’en coller un nouveau.

 

De plus, cette mise en œuvre de grands formats nécessite de respecter la planimétrie des 3 mm sous la règle de 2 m qui peut être très contraignante. Dans le cas contraire, l’alternative recommandée par les fabricants de PMO est de prévoir un ragréage, avant, qui sera d’une épaisseur d’au moins 3 mm. Le collage s’effectue ensuite en double encollage au moyen d’une colle C2S qui sera S1 ou S2, selon les préconisations des industriels.

 

Des joints minces de 3 mm ou classiques 5 mm

 

Par ailleurs, pour limiter les déconvenues avec des carreaux grands formats ou oblongs, il faut opter pour un carrelage porteur d’un certificat NF Upec au moins égal au classement Upec du local. Si ce dernier bénéficie de l’option D, c’est-à-dire de caractéristiques dimensionnelles réduites telles que définies dans le Cahier 3735, il est alors possible de réaliser des joints minces de 3 mm. Dans le cas contraire, ils devront faire 5 mm, conformément aux règles de l’art.

 

Avantages : en se référant au CPT pose carreaux grands formats 3666 en neuf, et en respectant les recommandations des industriels de PMO, la pose XXL reste maîtrisée.

 

Limites : prévoir un ragréage si la règle de planimétrie ne peut pas être respectée ; favoriser des carreaux grands formats ou oblongs certifié NF Upec option D pour une pose à joints ultra-minces.

 

Solution 2 : Joint : de la décoration avant tout

 

© Mapei


Plus que jamais la formulation des joints est dictée par l’esthétique poussée des carreaux. De la tendance couleur pour se coordonner avec le carrelage, à la granulométrie fine pour se glisser dans la minceur imposée par les XXL.

 

C’est plus qu’un impératif aujourd’hui. Parce que l’esthétique prime dans le secteur de la céramique dopée par les grès cérames qui savent se muter dans toutes les matières de la pierre naturelle d’abord, jusqu’aux textiles, cuir, etc., l’incidence prioritaire sur l’évolution des joints est celle de la teinte. Elle doit être parfaitement en harmonie avec celle du carreau pour se fondre dans le décor.

 

Résultat : les nuanciers s’adaptent. En se pliant aux jeux de la tendance, ils se regroupent par grandes familles décoratives. Passant du traditionnel, aux pastels, naturels voire glamour. Désormais positionnée sur un marché résolument déco, la disponibilité des teintes est nécessaire comme la granulométrie fine pour savoir encore une fois se faire oublier en tant que joints minces. Tout simplement parce qu’il est plus facile de remplir les quelques 2 mm que les carreaux grands formats laissent encore disponibles.

 

À noter enfin que, boosté par sa résistance aux graisses, aux acides, aux agents chimiques, son caractère hydrofuge, ou encore sa durée de vie, l’époxy se démocratise. D’autant qu’il est devenu plus facile à mettre en œuvre grâce à de nouvelles formulations.

 

Avantages : des palettes de teintes en adéquation avec les surfaces polymorphes des carrelages, des granulométries adaptées pour réaliser des joints minces.

 

Limites : l’époxy contenant du bisphénol A et classé CMR pose question quant à son impact sur la santé.  

 

Solution 3 : Bientôt des colles vertes ?

 

© Weber Saint-Gobain

 

Le bas carbone est au cœur des réflexions R&D des fabricants de PMO. En attendant l’arrivée prochaine d’une offre verte, ces derniers poursuivent leurs innovations.

 

Alors que la prochaine Réglementation environnementale va inscrire la notion de bas carbone dans le béton, les fabricants de PMO réfléchissent à développer une offre en lien avec cet impératif. Weber Saint-Gobain a lancé en juin dernier, le premier mortier-colle à faible impact environnemental.

 

D’autres industriels ont déjà engagé des communications sur les écolabels, REACH, ou la mise en place de sacs à caractère recyclable. Le biosourcing est aussi dans les tuyaux. Mais pour l’instant, pas question d’en dire plus.

 

Les nouvelles solutions

 

Pour autant, il existe déjà des solutions plus écologiques… Qui ont d’abord été portées par le confort de pose. À l’instar des colles à carrelage sans poussière qui se sont généralisées chez la majorité des fabricants. Ou des colles C2S très crémeuses et du coup, plus légères afin de travailler moins en force. Mais qui, par la même occasion, permettent de réaliser plus de mètres carrés en réduisant la fatigue et en limitant les allers et retours sur chantiers.

 

Et logiquement, les émissions de CO2 liées au transport. D’autant que ces produits allégés, destinés à améliorer le rendement pour l’applicateur, permettent de traiter la même surface avec 15 kg de produit qu’avec 25 kg. Avec à la clé, une économie d’eau et de matière. Une réponse au final écologique, d’abord dirigée par la rapidité et la diminution de la pénibilité sur le chantier.

 

Avantages : en améliorant le confort et en réduisant la pénibilité sur chantiers, les fabricants ont réduit l’impact carbone de la mise en œuvre.

 

Limites : en dépit d’efforts faits sur la recyclabilité des packagings, et le premier mortier-colle éco-responsable de Weber Saint-Gobain, il va falloir encore patienter pour voir l’offre de mortier-colle et joints biosourcés ou à faible impact carbone se généraliser.

 

 

Source : batirama.com /Stéphanie Lacaze Haertelmeyer

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