Jean-Luc Sandoz, le pape de la construction bois moderne a soixante ans

Jean-Luc Sandoz, le pape de la construction bois moderne a soixante ans

Le patron du groupe CBS-Lifteam, Jean-Luc Sandoz, est le pionnier d’un parcours de formation supérieure de haut niveau, qui permet à la construction bois européenne de relever tous les défis.





Légende : Jean-Luc Sandoz a 60 ans…©CBS-Lifteam

 

Malgré le risque élevé de faillites inhérent aux entreprises françaises du Bâtiment, la continuité du savoir-faire en matière de construction bois a été assurée par un tissu de familles qui ont su transmettre de génération en génération leur savoir d’entrepreneur du bois, et aussi motiver leurs collaborateurs.

 

Les nouveaux défis de la construction bois requièrent des cursus de formation pointus que Jean-Luc Sandoz a su emprunter avant de se lancer dans l’aventure de la construction bois pratique à grande échelle. Il est aussi le parangon de l’ascenseur social qu’à force d’acharnement ce marché représente encore aujourd’hui.

 

 

Le Vortex, des kilomètres de façade en bois pour Ecotim©Losinger Marazzi

 

Un CAP qui mène à tout

 

Il suffit de happer quelques confidences de la famille Simonin, qui compte aujourd’hui parmi les leaders de la profession, pour comprendre que grandir dans le Doubs n’était pas doux il y a soixante ans. C’était même souvent rude.

 

Tout de même, pour les jeunes, la région disposait de l’atout de son lycée du bois à Mouchard. Doué, il passe en seconde « spé » et en première « d’adapt », deux classes passerelles qui mènent au brevet de technicien puis au BTS en 1980.

 

Ensuite Jean-Luc Sandoz rejoint Epinal qui dispose, sous la direction de Xavier Deglise, d’une formation supérieure (MST) préfigurant la création en 1985 de l’ENSTIB, à l’instigation de Philippe Seguin, dans les nouveaux locaux d’une chocolaterie liquidée.

 

Doctorant en génie civil à l’EPFL à Lausanne

 

Cette année-là, le jeune diplômé s’arrange pour rejoindre l’EPFL de Lausanne comme doctorant en génie civil, tout en honorant ses obligations militaires. Trois ans plus tard, en 1988, il est nommé directeur du laboratoire de recherche Ibois rattaché à la Chaire bois de l’EPFL et commence à révéler son talent d’enseignant.

 

Surtout, le laboratoire va lui faire côtoyer le professeur en titre de la chaire, l’Allemand Julius Natterer, qui est en train de jeter les bases de la construction bois contemporaine. En 1990, Jean-Luc Sandoz est docteur es sciences et techniques, beau parcours pour quelqu’un qui a commencé par un CAP.  

 

Son sujet, c’est le « triage et la fiabilité des bois de construction, par recours à la méthode de l’ultrason ». En principe, à moins de s’en tenir à une carrière universitaire bien engagée, le Jurassien aurait pu relancer l’industrie française de la machine à bois, en perte de vitesse. Mais le laboratoire de recherche et la fréquentation de Natterer l’entraînent ailleurs. Dès lors que les performances mécaniques du bois sont fiabilisées, que faire de ces bois ?

 

 

Le Palazzo Méridia étaie la compétence de Lifteam en matière de construction multi-étage en bois. © Antoine Duhamel

 

De la théorie à la pratique industrielle

 

Le parcours professionnel de Jean-Luc Sandoz est riche, complexe et original. A peine docteur en génie civil, il est encore tiré davantage vers l’architecture bois, en ayant la chance de diriger une formation de troisième cycle Bois Ingénieur-Architecte en tandem avec le grand spécialiste français Roland Schweitzer.

 

Dans le sillage de son mentor Natterer, Jean-Luc Sandoz crée la même année, en 1991, son bureau d’études à Lausanne. CBS fêtera donc ses 30 ans l’an prochain. Mais quelques années plus tard, alors qu’il collabore étroitement avec le grand professeur dans le cadre de publications essentielles pour le développement de la construction bois en Europe, voilà qu’il fonde également CBT, qui revient en quelque sorte sur son expertise initiale en matière de test par ultrasons.

 

CBS, CBT, l’enseignement universitaire de haut niveau, la recherche avec IBOIS ? Cela fait beaucoup. En 1999, le Français franchit le Rubicon, abandonne sa carrière universitaire et entame un long parcours professionnel atypique qui va le conduire du pinacle de l’EPFL à la boue des chantiers en sous-traitant.

 

Masochisme ? En réalité, à chaque étape, Jean-Luc Sandoz ajoute une couche de savoir pratique à ses compétences théoriques : celles de l’industriel qui fabrique en Savoie, avec Ecotim, les systèmes constructifs qu’il a brevetés. Celle de l’entrepreneur savoyard puis parisien, et plus récemment suisse, qui va devoir intégrer vite, sous peine de faillite, les arcanes de la création de valeur sur un terrain à première vue aride.

 

 

Le Bâtiment Titan du CNES, construit en feuillu local, fleuron de CBS Guyane. ©CBS-Lifteam

 

Le fouineur Lifteam

 

Ce qui frappe, c’est qu’à ce jeu de la vérité implacable, qui lui vaut de goûter une vraie crise autour de 2015, malgré le soutien massif de son bureau d’ingénierie et de l’outil de production reconstruit avec ses propres systèmes en bois après un grand incendie, les références de Lifteam sont extrêmement variées.

 

Elles témoignent sans doute d’une volonté de tout essayer : petits chantiers, grands chantiers, logements, bureaux, locaux d’activité, construction bois, construction en panneaux CLT, en LVL de hêtre, en feuillus, recours à la peinture silicate, à l’autoclave…

 

Lifteam est également attentif, depuis des années, à maîtriser les performances acoustiques de ses ouvrages. Dans la lignée des systèmes maison élégants qui font leurs preuves depuis maintenant des décennies, Lifteam a conçu le méga-système Habitim, à l’échelle d’un bâtiment de toute nature.

 

Habitim est un peu la synthèse du savoir-faire constructif du groupe, prenant en compte tous les paramètres de faisabilité économique, technique, réglementaire. Habitim, c’est la matérialisation du savoir du livre « Construction en Bois » de la collection Traité de Génie Civil de l’EPFL, paru en 1996, auquel Jean-Luc Sandoz y a contribué aux côtés de Julius Nattere.

 

Un quart de siècle plus tard, le système Habitim traduit son expérience avec toutes les étapes pratiques de la construction. Sauf celle de la conception architecturale.

 

 

Plafond finement calepiné de la nouvelle piscine de Chambéry (ALN) ©CBS-Lifteam

 

A l’épreuve de l’architecture

 

Ayant côtoyé et admiré Roland Schweitzer, Jean-Luc Sandoz est immunisé contre la tentation de faire de l’architecture à la place des architectes. En pratique, le système Habitim se nourrit et s’enrichit de sa confrontation avec le talent de jeunes agences, qui comprennent aussi comment ce sédiment technique va leur permettre d’avancer et de se concentrer sur leur travail.

 

A l’exemple de l’interaction avec l’agence LA Architecture, ou Tracks, cela donne des résultats primés. S’ajoute la longue symbiose avec le travail de l’architecte Marie Schweitzer, et une ouverture vers d’autres acteurs dont témoignent les opérations les plus récentes, pour la piscine de Chambéry (ALN), le Palazzo Méridia de Nice (Architecture Studio), ou le complexe scolaire de Dudelange (Decker, Lammar et Associés).

 

A Chambéry, Lifteam peaufine son art du calepinage. A Nice, c’est le maniement à grande échelle de panneaux massifs. A Dudelange, entre autres, la maîtrise des ouvrages de grande portée (19 mètres). S’ajoute la construction tropicale en feuillu local en Guyane. Les pistes sont nombreuses, à l’image d’un homme qui cultive aussi la scène et la réflexion critique sur le monde économique.

 

 

Atrium du groupe scolaire de Dudelange, avec une portée libre de 19 mètres (Decker, Lammar et Associés)© CBS-Lifteam

 

La question de l'urgence climatique

 

60 ans, même pour un enfant terrible, c’est l’âge de raison. Celui qui a tout essayé ou presque peut poursuivre encore longtemps son exploration dans un secteur en pleine effervescence. Mais il peut aussi, au regard de l’urgence climatique, se concentrer sur la grande question de la décennie, à savoir l’émergence et la massification de la construction biosourcée neutre en carbone.

 

En changeant une nouvelle fois de braquet. Et avec l’appui d’un système de formation supérieure puissant dont il est l’un des premiers produits, préfigurant les capacités inédites de la génération qui vient.

 


Source : batirama.com/ Jonas Tophoven

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