Thierry Ducros, menuisier : « Il faudra négocier chantier par chantier et au national »

Thierry Ducros, menuisier : « Il faudra négocier chantier par chantier et au national »

Thierry Ducros, président de la la FFB 34 et de l’Union des Métiers du Bois au sein de la FFB, estime qu’il va falloir négocier pour gérer de nouveaux paramètres humains et financiers, liés à la crise du Covid-19.





Légende : « Faire porter par les entreprises tout le poids de l’adaptation à la nouvelle situation sanitaire, c’est risquer de voir la moitié d’entre elles en défaut de paiement dès le mois de septembre »© FFB-UMB

 

Thierry Ducros gère deux entreprises de menuiserie de la région de Montpellier et assume des responsabilités syndicales, dans son département et sur le plan national. Face à cette crise inédite, il dégage la sérénité active de ces hommes du Bâtiment, habitués à affronter quotidiennement la complexité des chantiers.

 

La menuiserie Cardonnet a 50 ans, ce qui est un âge canonique en France. Thierry Ducros en a pris les commandes il y a 25 ans, et plus récemment celles d’un concurrent voisin, JPB Menuiserie. En tout, une bonne quarantaine d’employés pour 7 millions d’euros de chiffre d’affaires consolidé.

 

Il a pu maintenir un savoir-faire technique, que révèle par exemple la façon dont la Menuiserie Cardonnet accompagne les projets immobiliers de Septeo, l’un des fleurons de l’activité économique de Montpellier.

 

8 mois de carnets de commande avant la crise

 

Quant à l’autre fleuron occitan, le domaine médical, Thierry Ducros a su étendre les compétences de ses entreprises au travail de matériaux adaptés comme le Solid Surface. Après la crise sévère traversée par la profession il y a quelques années et un pallier atteint en 2018, l’année 2019 était bien orientée et augurait d’une année 2020 sur la même lancée.

 

Les carnets de commande avaient de nouveau atteint une moyenne de 8 mois comme cela n’avait plus été le cas depuis 2012. A la clé, enfin, la possibilité de reconstituer marges et trésorerie. Pour Thierry Ducros, c’était mission accomplie et l’heure était venue pour lui de préparer la relève, avec Mathieu Pouy aux commandes de la Menuiserie Cardonnel, et Maxime Libassi comme gérant de JPB Menuiserie.

 

Dans le Bâtiment, les responsabilités institutionnelles sont une bonne façon d’y parvenir tout en exprimant ses qualités d’entrepreneur à un autre niveau. Avec l’épidémie, on ne croit pas si bien dire.

 

 

Les deux premiers écrans Paravirus, offerts à une pharmacie locale par Menuiserie Cardonnet.© Menuiserie Cardonnet

 

Le chaos et la nécessité de rapidement s'adapter

 

A entendre Thierry Ducros, on dirait que la situation actuelle ressemble à un immense chantier où tout va de travers. Comme si le chaos contrôlé des chantiers du Bâtiment s’était transposé à la France entière.

 

Les fournisseurs de la filière bois vont devoir intégrer ce paramètre à la fois humain et financier. « Les deux premières semaines de la crise, nous les avons passées à parer au plus pressé sur le plan financier (chômage technique, PGE…) explique Thierry Ducros.

 

A partir du 2 avril, la parution du guide de l’OPPBTP a enclenché une seconde phase, celle de l’adaptation à la nouvelle situation. Un gros travail a été fait pour décliner ces recommandations selon les situations pratiques, et l’ampleur de ce travail de fond est à la mesure d’une situation appelée à durer ».

 

De son côté, l'Union des Métiers du Bois a édité dès le 3 avril un guide de recommandations pour la poursuite de l'activité dans les ateliers de charpente et de menuiserie. A la Menuiserie Cardonnet tout comme chez JPB Menuiserie, l’activité atelier a redémarré avant celle des chantiers : réorganisation du travail en deux équipes décalées, travail de fabrication à partir du stock, et sur la base d’un carnet de commande consistant, préparation raisonnée de la reprise des chantiers. Au besoin, les menuiseries ont reçu des fournitures ou bien ont pu aller s’approvisionner en picking.

 

Fabrication de paravirus

 

Parallèlement, les deux menuiseries se sont lancées de fil en aiguille dans la production d’écrans de protection de comptoir (Paravirus), d’abord offerts (les 100 premiers) et désormais proposés à un prix préférentiel.

 

« Nous avons équipé la pharmacie voisine en urgence, puis d’autres commerces proches. Nous proposons une solution standard qu’il nous est possible de produire avec nos équipes et nos machines sur stock, en visant essentiellement l’aide directe, rapide et locale ». Une démarche citoyenne, sans doute à l’image de celles de nombre d’autres entreprises de menuiserie.

 

 

Après 100 premiers Paravirus offerts, 330 ont déjà été écoulés par la Menuiserie Cardonnet à prix préférentiel. © Menuiserie Cardonnet

 

Discussions chantier par chantier

 

« A présent, nous entrons dans la phase du redémarrage, pour lequel il va falloir prendre un certain nombre de décisions financières concrètes », explique Thierry Ducros : « Désormais, on sait quelles mesures sanitaires doivent être prises, et on évalue mieux leurs incidences en termes de productivité.

 

Il s’agit de savoir qui paye quoi, non seulement en ce qui concerne les mesures sanitaires sur les chantiers, mais aussi en termes de conséquences sur la productivité et les plannings. Il s’agit là à la fois de discussions chantier par chantier, et de négociations nationales ».

 

Selon Thierry Ducros, l’entente des entreprises avec la maîtrise d’œuvre est bonne. Il reste à intégrer la maîtrise d’ouvrage. Les promoteurs font face à d’autres contraintes que la maîtrise d’ouvrage publique. Pour un promoteur, le retard d’un chantier a une incidence financière directe.

 

« D’un autre côté, faire porter par les entreprises tout le poids de l’adaptation à la nouvelle situation sanitaire, c’est risquer de voir la moitié d’entre elles en défaut de paiement dès le mois de septembre », précise Thierry Ducros tout en soulignant que cela ne serait pas non plus dans l’intérêt de la maîtrise d’ouvrage, qui a besoin des entreprises pour réaliser ses projets de construction.

 

Le Guide UMB de recommandations pour la continuation de l'activité dans un atelier de menuiserie charpente dans le cadre du covid19 a été publié dès le 3 avril 2020.

 

Protocole pour la reprise des chantiers

 

Ainsi, à l’initiative de la FFB 34, et en partenariat avec les organisations locales de maitres d'œuvre (Ordre des architectes, UNTEC et CINOV), un protocole pour la reprise des chantiers a été adressé à de nombreux maitres d'ouvrages du département.

 

« Ce protocole vise à aider les entreprises à défendre leurs intérêts dans les échanges à engager indispensablement, chantier par chantier, pour la reprise de leur activité. Les chantiers ne doivent pas repartir dans n'importe quelles conditions !  

 

Le protocole doit accompagner les discussions de reprise. A la FFB 34, nous conseillons très vivement aux partenaires de l'acte de bâtir de négocier les conditions financières avant toute réouverture de chacun des chantiers, et de conclure un avenant par lequel le maître d'ouvrage prendra sa part des coûts sanitaires nouveaux et de leurs incidences, en matière de rendement et de délais notamment ».

 

 

Menuiserie Cardonnet vient d’agencer un troisième site de Septeo, d’une surface de 10 000 m2.© Menuiserie Cardonnet

 

Vers la qualité sanitaire

 

« Indépendamment de la prise de risque sanitaire inhérente au déconfinement, tous les acteurs de la construction ont compris que le moment est venu de reprendre l’activité », constate Thierry Ducros : « Il faut sauver l’emploi et quant au PGE, remboursable dans un délai d’un an, il implique le retour d’ici là d’une activité soutenue ».

 

Reste à redémarrer concrètement les chantiers, dans des conditions nouvelles qui sont appelées à durer : « Tous les acteurs des chantiers comprennent que le rééchelonnement des chantiers, la répartition des charges financières relatives aux mesures sanitaires et aux incidences en termes de productivité des chantiers ne sont pas des ajustements passagers mais des nouveaux standards de l’activité du Bâtiment ».

 

Incompatibles, sans doute, avec ce qui se pratiquait jusqu’à maintenant. Mais également une opportunité pour doter enfin les chantiers d’un niveau sanitaire qui lui faisat encore défaut. Comment font les entrepreneurs ? Ne pas regarder vers l’arrière, mais vers l’avant.

 

 

Mathieu Pouy, gérant de la Menuiserie Cardonnet, remet un écran Paravirus à la gendarmerie devant les locaux de l’entreprise. © Menuiserie Cardonnet

 


Source : batirama.com/ Jonas Tophoven

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