Notre-Dame de Paris : dix à quinze ans de travaux de restauration à prévoir

Notre-Dame de Paris : dix à quinze ans de travaux de restauration à prévoir

Au lendemain de l’incendie de la Cathédrale, des stratégies de restauration apparaissent. Il va falloir d'abord installer un échafaudage parapluie, ce qui ne sera pas une mince affaire...



Le 16 Avril, le GMH – Groupement des Entreprises de Restauration des Monuments Historiques – a tenu un point presse à la FFB (Fédération Française du Bâtiment). Chaque Chanut, Président de la FFB, et Frédéric Letoffé, co-Président du GMH, ont affirmé que la profession était prête à répondre au challenge de la restauration de la Cathédrale Notre-Dame de Paris. Selon Frédéric Letoffé, les moyens techniques et humains nécessaires sont disponibles.

 

 

 

Le toit de la cathédrale a complètement disparu, tout au long de la nef et du transept. Une partie s’est effondrée dans la nef. Le plomb de la toiture a fondu. La charpente a complètement brûlé. ©PP

 

 

 

 

Il est trop tôt pour annoncer les causes du sinistre, attribuer des responsabilités, à peine peut-on esquisser des hypothèses de séquence de travaux pour la restauration. Mais la soif d’information est telle que les journalistes se pressaient à la conférence de presse organisée par le GMH et la FFB. ©PP

 

 

210 entreprises spécialisées dans la restauration du Patrimoine

 

Affilié à la FFB, le GMH compte en effet 210 adhérents et 9500 compagnons. Le poids économique du secteur de la restauration du patrimoine est mal connu. Mais Jacques Chanut l’évalue à environ 600 millions d’Euros par an : 300 M€ venus des dotations de l’Etat, 300 M€ fournis à la fois par les collectivités territoriales et par les acteurs privés.

 

Comme de nombreuses entreprises du bâtiment, les adhérents du GMH peinent à recruter. Comme il n’existe pas vraiment de formation spécialisée dans la restauration du patrimoine, les entreprises du GMH forment elles-mêmes leur nouveaux embauchés et estiment qu’il faut 10 ans pour former un compagnon spécialisé dans l’un des 15 métiers du syndicat, qui vont de tailleur de pierres à restaurateur d’œuvres d’art.

 

Le salaire d’embauche moyen, avec un diplôme du bâtiment – CAP ou BP – est de 1500 € bruts. Ce qui, probablement, contribue aux difficultés de recrutement du secteur même si les évolutions de carrière (et de salaires) peuvent être rapides. Pour les entreprises, il existe une qualification « Monuments Historiques » délivrée par Qualibat, divisée en différentes compétences : Maçonnerie (5 qualifications différentes), charpente (2), menuiserie (1), couverture (2), peinture (1), staff-stuc-sculpture-gypserie (4).

 

 

 

Côté sud, la petite rosace s’est volatilisée. Il n’en reste que les pierres calcinées. ©PP

 

 

Le plomb de la toiture a fondu et ruisselé par tous les orifices disponibles : une partie est ressortie le long des façades. ©PP

 

D’abord consolider et sécuriser

 

Selon Frédéric Letoffé, la première tâche, à laquelle participent des volontaires du GMH, aux côtés des pompiers et en coordination avec la Direction du Patrimoine du Ministère de la Culture, est la sécurisation du site. Le 16 avril, les pompiers étaient toujours sur place et continuaient d’arroser des foyers résiduels. Le 16 avril, bonne nouvelle, l’un des adhérents du GMH a retrouvé le coq de la flèche dans les décombres.

 

Il faut maintenant analyser la structure du bâtiment et décider quels ouvrages ont besoin d’étaiement ou de soutènement. Au moins deux des voûtes de la nef se sont effondrées. Les murs aux extrémités nord et sud du transept sont fragilisés. Une fois cette analyse effectuée et les travaux de consolidation terminés, ce qui prendra certainement plusieurs semaines, peut-être jusqu’à 3 ou 4 mois, il faudra placer le bâtiment hors d’eau.

 

 

 

Le 16 avril en milieu d’après-midi, les pompiers étaient toujours à l’œuvre, une partie de la flèche, coincée dans l’échafaudage, continuait de se consumer. ©PP

 

 

Les travaux de sauvegarde et de sécurisation les plus urgents ont commencé. Cette statue à l’extrémité nord du transept, est sanglée et retenue par une grue. Tandis qu’une équipe de trois personnes dans une nacelle au déport monstrueux, scient le socle de la statue pour pouvoir la déposer. ©PP

 

 

 

Un nouvel échafaudage parapluie

 

Placer le bâtiment hors d’eau alors que le toit a disparu, implique de poser sur toute la longueur et la largeur de la nef et du transept un immense échafaudage parapluie. Préalablement, il aura fallu démonter l’échafaudage existant, tordu et noirci, mais toujours en place. Le montage de ce premier échafaudage avait pris quatre mois, d’avril à juillet 2018.

 

Son démontage et l’installation d’un nouvel échafaudage parapluie durera au moins six mois. Le nouvel échafaudage pourrait être en place en janvier ou février 2020. Le déblaiement des plus gros débris accumulés au sol pourrait avoir lieu après le démontage de l’échafaudage existant et en même temps que l’édification du nouvel échafaudage. Une fois le bâtiment hors d’eau, un délai de séchage des pierres des parois et des voûtes sera nécessaire : peut-être deux mois, selon Frédéric Letoffé. Ce qui nous amène vers avril 2020.

 

 

 

Avant toute mise hors d’eau du bâtiment, il faudra commencer par déposer l’échafaudage existant, tordu par la chaleur de l’incendie, mais toujours en place. ©PP

 

 

 

Un long nettoyage

 

La toiture de la cathédrale était pour partie en plomb. Durant l’incendie, le plomb a fondu (température de fusion de 327,5°C) et coulé dans le bâtiment, ressortant parfois en façade. La suie et les cendres de l’incendie ont noirci les pierres et, entraînées par l’eau des lances des pompiers, se sont infiltrées dans tout le bâtiment.

 

Il faudra procéder à un long et délicat nettoyage, sans doute jusqu’à fin 2020, avant d’envisager le début de la restauration. Toutes les parties concernées - elles sont nombreuses, ce qui peut imposer de nouveaux délais - devront ensuite définir les buts de la restauration : à l’identique ou pas, par exemple, avec éventuellement l’introduction d’un compartimentage anti-feu des combles. Il n’en existait pas, ce qui a contribué à la rapide propagation de l’incendie à toute la toiture. Puis, viendra la mise au point de la séquence des travaux.

 

C’est de l’ingénierie particulière, étant donnée la nature spécifique du bâtiment et la charge émotionnelle qu’il rassemble. Philippe Villeneuve, l’architecte en chef des monuments historiques chargé de la cathédrale depuis 2013, et la Drac (Direction Régionale des Affaires Culturelles) Île-de-France seront probablement aux commandes de cette séquence et surveilleront le déroulement des travaux.

 

 

 

Le feu a noirci les pierres, les suies et les cendres se sont infiltrées partout, le plomb de la toiture a ruisselé dans la nef et coulé par toutes les évacuations des eaux pluviales. Le nettoyage, préalable à la restauration, prendra des mois. ©PP

 

Pas de problème de ressources

 

En tout cas, Frédéric Letoffé affirme que quel que soit le parti retenu – reconstruction à l’identique ou variante -, tous les matériaux sont disponibles. Bien sûr les pierres calcaires ne seront plus extraites des carrières de la Montagne Sainte-Geneviève, mais viendront du Bassin Parisien.

 

En ce qui concerne le chêne de la charpente, Bertrand Servois, Président de l’Union des Coopératives Forestières (UCFF : 17 coopératives, 430 millions de CA annuel et 1000 salariés), indiquait le 16 avril que les 110 000 propriétaires forestiers privés rassemblés dans les coopératives forestières françaises « sont prêts à offrir les chênes de leur forêts, nécessaires à la filière Bois, pour la reconstruction de la charpente de la Cathédrale Notre-Dame de Paris ».

 

« Cet édifice cher à tous, ajoutait-il, doit garder son patrimoine architectural utilisant le chêne français comme structure historique pour sa charpente ». Bon, mais le châtaignier brûle moins bien.

 

 

 

Les vitraux des principales rosaces côté sud et en façade semblent noircis, mais globalement intacts. ©PP

 

 

 

Déjà un milliard d’Euros de dons pour la cathédrale

 

Côté finances, il semble au matin du 17 avril que près d’un milliard d’Euros de dons soient déjà promis. La famille Pinault a lancé le mouvement en annonçant 100 M€, suivie rapidement par la famille Arnault (200 M€) et l’Oréal et la famille Bettencourt (200 M€). A travers sa fondation, Total a promis 100 M€, Martin et Olivier Bouygues annoncent un don de 10 M€.

 

Vers 10 heures, le 17 avril, la fondation du patrimoine avait collecté 9 063 191 €. La Mairie de Paris donne 50 M€, la Région Île-de-France promet 10 M€. Bref, l’abondance de ressources matérielles et financières lève l’un des principaux obstacles au bon déroulement des travaux. Il ne sera pas nécessaire de les échelonner pour étaler les paiements.

 

Le Président de la République a annoncé qu’il voulait une reconstruction en 5 ans. C’est sans doute trop optimiste. Avec sa longue expérience de la restauration des monuments historiques, le GMH table plutôt sur 10 à 15 ans de travaux.

 

 

 

L’évêque regarde les décombres encore fumants. ©PP

 


Source : batirama.com / Pascal Poggi

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4 Commentaires


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  • par CSFF
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J´assistais, alors même que le feu se déclarait dans la charpente de ND de Paris, à une conférence passionnante qui avait lieu à l´Université des Sciences de Montpellier sur le thème de l´intelligence des plantes. Le conférencier nous expliquait qu´un chercheur suisse avait démontré scientifiquement que le diamètre des troncs d´arbres variait suivant la lunaison. Il nous expliquait que les troncs coupé en dehors de la période de pleine lune avaient une résistance au temps infiniment plus importante que celui des troncs coupé en période de pleine lune. Ce bois, nous précisait-il s´appelle d´ailleurs « bois de lune » et coûte beaucoup plus cher pour cette spécificité. Il nous racontait par ailleurs que son expérience forestière dans les pays tropicaux lui avait confirmé également que de vieux arbres aux bois précieux se brisaient en tombant au sol lorsqu´ils étaient coupés en époque de pleine lune, sans que cela soit le cas en d´autres périodes de la lunaison. Il semble donc assez judicieux de prendre en compte ces faits redécouverts et mis à jour dernièrement par la science afin de sélectionner soigneusement les chênes affectés à une nouvelle charpente. Et puis, il est regrettable que du bois de pin ait été utilisé pour reconstruire la flèche, beaucoup plus inflammable que le bois de chêne. Ce dernier n´a duré que 150 ans. À vouloir construire trop vite...


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  • par raymond
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peut-être que l'énorme quantité de plomb fondu de la couverture a activé le sinistre . en tout cas, les futurs intervenants seront surement exposés à la toxicité du plomb ! il va falloir dépolluer le site des tonnes de plomb et d’oxydes de plomb au sol et sur toutes les surfaces et débris avec de bonnes protections individuelles : « les travailleurs dans les bâtiments ou ouvrages anciens sont exposés à des risques des charpentes au plomb, et lors de découpages au chalumeau de matières plombifères dans les travaux de réfection. Les risques concernent les menuisiers, charpentiers, intervenant sur des éléments recouverts de peinture au plomb et les ouvriers de démolition de vieux bâtiments, dont les couvreurs déposant les vieilles couvertures au plomb » : La prévention des risques professionnels d’exposition au plomb : http://www.officiel-prevention.com/protections-collectives-organisation-ergonomie/risque-chimique/detail_dossier_CHSCT.php?rub=38&ssrub=69&dossid=354


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  • par ANNE 26 Val
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  • par Bougnat
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