Le photovoltaïque en 2017 (02) : En Europe, l’industrie va mal

Le photovoltaïque en 2017 (02) : En Europe, l’industrie va mal

La concurrence chinoise continue de faire baisser les prix des panneaux photovoltaïques et des onduleurs. C’est bon pour le marché, mais très dur pour les industriels européens.


Le 10 Mai à 18h43, SolarWorld, l’industriel allemand, premier fabricant de panneaux photovoltaïques en Europe, a publié un communiqué indiquant sa mise en défaut de paiement.

 

Dans la loi allemande, c’est le premier pas avant la faillite et la liquidation. Le Conseil de Direction de SolarWorld indiquait de plus « qu’il ne prévoyait pas de pronostic positif pour l’avenir ». En résumé, les chinois vendent tellement moins cher que SolarWorld ne peut plus faire face.

 

 

 

En 2015, Solarworld dévoilait à Intersolar son nouveau panneau Bisun, bi-verre et produisant des deux côtés. Sa commercialisation a commencé en Avril 2017. ©PP

 

Est-ce que le Dumping chinois continue ?

 

L’argument du dumping – vente à des prix inférieurs aux coûts de production – a d’ailleurs été repris par Milan Nitzschke, Président de EU ProSun et Vice-Président de SolarWorld,EU ProSun est l'un des deux principaux syndicats des industriels européens du photovoltaïque, rappelant que « depuis 5 ans, nous avons mis en lumière à de nombreuses reprises, le dumping massif pratiqué par les fabricants chinois sur le marché européen ».

 

Selon lui, l’Europe a connu 100 faillites et fermetures d’usine depuis 5 ans dans le photovoltaïque. Les mesures anti-dumping introduites en 2013 au niveau européen n’ont pas toujours été sérieusement appliquées. Ce qui a laissé la voie ouverte à de nouvelles destructions de l’industrie européenne. Milan Nitzschke estime que les banques chinoises ont investi plus de 100 milliards d’Euros dans le développement des capacités de production des industriels chinois.

 

Fin 2016, la capacité de production chinoise atteignait 1,3 fois la demande mondiale annuelle en panneaux photovoltaïques. De plus, mi-2016, le gouvernement chinois a réduit son soutien à l’installation du photovoltaïque en Chine. Ce qui a réduit la demande intérieure chinoise et poussé les industriels à exporter leur surproduction à des prix encore plus bas.

 

 

 

Vinci et Sunpartner ont créé une co-entreprise pour développer des solutions de BIPV ou Building-Integrated PV : Photovoltaïque intégré au bâti. Ils ne visent plus les toitures, mais les façades et les ouvrants des bâtiments tertiaires et de logements collectifs. ©Sunpartner

 

L’industrie européenne est l’une des plus avancées

 

EU ProSun estime pourtant que l’industrie photovoltaïque européenne est l’une des plus avancées au monde. Les coûts de main d’œuvre plus importants sont compensés par une automation plus avancée. La qualité des produits européens est reconnue dans le monde. Mais personne ne peut faire face longtemps à des ventes en dessous des coûts de production.

 

Ce qu’il faut craindre, selon Benjamin Trinferl, Directeur du fabricant allemand Heckert Solar, c’est qu’à force de détruire ses concurrents par dumping, l’industrie chinoise atteigne une position de monopole dans le monde du photovoltaïque. Le Gouvernement Américain, fin 2016, a ainsi déterminé que les fabricants chinois de cellules PV vendaient sur le marché américain à des prix 30% inférieurs à leurs coûts.

 

 

 

Heliatek, installé à Dresden, développe des cellules photovoltaïques HeliaFilm, à base organique et de moins de 1 mm d’épaisseur. ©Heliatek

 

SolarWorld, une nouvelle victime

 

Entre 2011 et 2013, l’industrie européenne avait perdu plusieurs de ses fleurons, dont les trois allemands Conergy, Q-Cells et Solon. Solarworld était aussi en difficulté fin 2013. L’entreprise avait restauré sa santé financière en convaincant ses créanciers d’accepter une transformation d’une partie de sa dette en actions et grâce à l’arrivée du fonds Quatar Solar SPC qui avait souscrit une augmentation de capital lui donnant le contrôle de 29% des actions.

 

SolarWorld, sans doute imprudemment, était alors reparti comme en 14, achetant même l’essentiel des fabrications de panneaux solaires de Bosch qui souhaitait se concentrer sur les onduleurs. Mais voilà, SolarWorld a été profitable en 2014, puis déficitaire en 2015 et en 2016.

 

Fin 2016, l’entreprise avait accumulé une dette de 300 millions d’Euros, réalisé une perte de 92 millions pour un chiffre d’affaires de 800 millions d’euros. L’entreprise était pourtant, elle aussi, très innovante.

 

 

 

Heliatek a reçu des aides de l’Europe et du Land de Saxe pour développer son outil industriel de dépôt sous vide. L’usine est en cours d’équipement et devrait produire dès 2018. En attendant, de petites quantités de film PV Heliatek sont disponibles grâce à ce prototype d’outillage installé dans les laboratoires de l’entreprise à Dresde. ©Heliatek

 

Les produits SolarWorld comptent parmi les meilleurs

 

En Avril, elle avait introduit le module monocristallin Bisun Protect (280 Wc), un module bi-verre, sans cadre, produisant de l’électricité à partir de ses deux faces. Un module produisant sur deux faces utilise la réfraction de la lumière sur le sol - imaginez une toiture terrasse équipé d'une membrane d’étanchéité blanche et bien réfléchissante, par exemple - pour maximiser son rendement.

 

L’entreprise garantit pour ce panneau une baisse de puissance linéaire de 30 ans, avec au moins 86,85% de la puissance nominale à la fin de la trentième année. Solarworld disposait aussi de deux gammes d’onduleurs, Kostal et Sunplug Eco, de la solution matériel et logicielle Suntrol pour la surveillance des installations, …

 

L’entreprise allemande va être démembrée, reprise dans sa totalité ou liquidée. Pour l’instant, sa filiale française n’est pas affectée, ni financièrement, ni juridiquement et continue normalement son activité.

 

 

Heliatek s’est associé avec le verrier AGC pour fabriquer des module verre/verre incorporant son film photovoltaïque. ©Heliatek

 

Tout n’est pas perdu

 

Pourtant, l’industrie européenne du photovoltaïque continue d’avancer et d’innover. L’allemand Heliatek, concepteur d’une membrane photovoltaïque organique, destinée à être collée en façade, a mis au point un procédé de fabrication de pointe par dépôt sous vide pour son produit HeliaFilm.

 

Avec le soutien de la Commission Européenne et de la région allemande de Saxe, il est en train d’équiper son usine de Dresde pour produire en grandes quantités dès 2018, son HeliaFilm de moins de 1 mm d’épaisseur. De son côté, le tandem Vinci Sunpartner qui a déjà développé la fenêtre photovoltaïque Horizon, récidive. Les deux partenaires ont annoncé jeudi 11 Mai, la disponibilité du mur-rideau Horizon Energy, intégrant le vitrage photovoltaïque semi-transparent WYSIPS Design Glass de Sunpartner Technologies.

 

Le degré de transparence varie de 10 à 40%. Le module PV WYSIPS Design Glass en couche mince CIGS peut atteindre jusqu’à 150Wc/m² (à 10% de transparence) de puissance nominale et des dimensions maximales de 1,28 x 3,12 m.

 

Le mur-rideau Horizon Energy peut être réalisé en simple, double ou triple vitrage. Il se pose comme un mur-rideau classique, avec un raccordement électrique en plus. Ces deux exemples vont dans le sens du développement de bâtiments Bepos en Europe. Nous en verrons certainement d’autres au prochain salon Intersolar à Munich.

 

 

 

Le film PV HeliaFilm d’Heliatek peut être collé sur des membranes, elles-mêmes directement collées sur les façades en béton ©Heliatek

 

En attendant, le marché baisse tout de même

 

La baisse des coûts des panneaux photovoltaïques standards et des onduleurs contribue naturellement à soutenir le marché des installations photovoltaïques. Pourtant, dans l’Union Européenne plus la Turquie, la puissance PV installée en 2016 a atteint seulement 6 708 MWc, en retrait de 21% par rapport à 2015. Les trois principaux marchés en Europe demeurent le Royaume-Uni (1 969 MWc et 30% du total européen), l’Allemagne (1 423 MWc, 21%) et la France 559 MWc, 8%).

 

La France avait installé 895 MWc en 2015, soit une baisse de 336 MWc en 1 an. Au niveau mondial, l’évolution s’inverse : le marché mondial des installations PV a atteint 76 315 MWc , soit une hausse de 50% environ par rapport à 2015. La Chine, en particulier, a poursuivi son expansion avec une puissance totale installée en 2016 de 34 341 MWc.

 

En 2011, l’Europe représentait plus de 70% du marché mondial du photovoltaïque et la Chine moins de 10% En 2016, l’Europe ne pèse plus que 9%, contre 45% pour la Chine et 19% pour les Etats-Unis. Si l’on considère non plus le flux des installations nouvelles, mais le stock du parc installé, il a dépassé 200 GWc dans le monde en 2015, puis a dépassé 300 GWc en 2016 pour atteindre 305,505 GWc.

 


Source : batirama.com / Pascal Poggi

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