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20,9 millions d’euros, 40 millions saisis : le procès immobilier corse s’enlise

Affaire de Bonifacio : 20,9 M€ et 40 M€ saisis. © Sotheby's

20,9 millions d’euros transférés, près de 40 millions d’euros de biens et de parts sociales saisis, des comptes bancaires à l’étranger et un projet immobilier à Bonifacio ...



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Le procès d'une vaste opération immobilière en Corse-du-Sud, dans laquelle un ancien sénateur russe affirme avoir été floué, connaît un nouveau contretemps judiciaire. Engagée depuis le 21 octobre 2026 devant le tribunal correctionnel de Marseille, la procédure visant neuf prévenus est suspendue à la suite d'un appel portant sur la compétence territoriale de la justice française. La cour d'appel doit se prononcer le 12 janvier prochain, avant une nouvelle échéance procédurale fixée au 16 avril 2027.

Au cœur de ce dossier aux ramifications internationales, un virement de 20,9 millions d'euros, des comptes bancaires à l'étranger et un projet immobilier d'envergure à Bonifacio. Parmi les prévenus figure Jean-Noël Marcellesi, hôtelier et agent immobilier en Corse-du-Sud, qui conteste les faits reprochés.

 

 

Un litige immobilier aux ramifications internationales

L'affaire oppose notamment l'ancien sénateur russe Vitaly Malkin à plusieurs acteurs impliqués dans une opération immobilière envisagée à Bonifacio. Les investigations portent sur des mouvements de fonds qui auraient été détournés de leur destination initiale, selon l'accusation.

Les juges de la sixième chambre économique et financière du tribunal correctionnel de Marseille avaient commencé à examiner le dossier le 21 octobre. Mais, le 22 octobre, ils ont rendu une décision d'incompétence territoriale partielle, estimant qu'une juridiction française ne pouvait pas juger certains faits d'abus de confiance commis à l'étranger par des sociétés étrangères. Cette décision a entraîné la sortie du dossier de plusieurs acteurs, dont la banque suisse Edmond de Rothschild et la Banca Sammarinese di Investimento (BSI), établie à Saint-Marin, auxquelles est reproché un blanchiment aggravé. Deux prévenus de nationalités luxembourgeoise et italienne sont également concernés par cette décision.

Le parquet et les avocats de Vitaly Malkin, partie civile, ont fait appel. La cour d'appel a accepté d'examiner immédiatement cette question de compétence territoriale et rendra sa décision le 12 janvier 2027.

 

Vitaly Malkin, ici en photo, est un homme d’affaires et ancien sénateur russe, né en 1952 dans l’Oural. Il a fait fortune dans le secteur bancaire après la chute de l’Union soviétique, notamment en cofondant la banque Rossiysky Kredit avec l’homme d’affaires Bidzina Ivanishvili. En 2004, il a rejoint le Conseil de la Fédération, la chambre haute du Parlement russe, où il a représenté la république de Bouriatie. Il a quitté ses fonctions en 2013, après une controverse liée à sa nationalité israélienne. Installé depuis plusieurs années sur la Côte d’Azur, il s’est notamment retrouvé au cœur d’un litige judiciaire autour d’un projet immobilier à Bonifacio, portant sur un transfert de 20,9 millions d’euros. © Ksenia Usacheva 

 

 

Un virement de 20,9 millions d'euros au centre des accusations

Parmi les principaux volets de l'affaire figure un transfert de 20,9 millions d'euros effectué depuis les comptes de Vitaly Malkin vers des comptes dont Jean-Noël Marcellesi et Pierre Grotz seraient les bénéficiaires économiques.

Ancien conseiller en investissement de l'homme d'affaires russe, le Luxembourgeois Pierre Grotz est également poursuivi pour abus de confiance. Selon l'accusation, les fonds auraient été dirigés vers des comptes sans lien avec l'opération immobilière envisagée par les trois hommes à Bonifacio. Jean-Noël Marcellesi et Pierre Grotz contestent cette lecture des faits, soutenant que les sommes versées correspondaient à leurs commissions.

En revanche, le tribunal correctionnel de Marseille conserve sa compétence pour juger cinq prévenus de nationalité française. La suite de la procédure dépendra toutefois de la décision de la cour d'appel et d'un éventuel pourvoi en cassation.

 

 

Près de 40 millions d'euros de biens et de parts sociales saisis

L'affaire comporte également un volet patrimonial important. Jean-Noël Marcellesi reste soumis à un contrôle judiciaire et à un cautionnement de 1,96 million d'euros, versé en mars 2014. Des biens immobiliers et des parts sociales de sociétés lui appartenant ont par ailleurs été saisis pour un montant total avoisinant les 40 millions d'euros. Son avocate, Me Margaux Durand Poincloux, avait demandé la mainlevée de cette caution, mais le tribunal a rejeté cette demande, comme celles visant à modifier les mesures de contrôle judiciaire de son client et d'Olivier Couriol. En effet, ce dernier est soupçonné d'avoir mis à disposition ses comptes bancaires suisses pour permettre le transit de 6,7 millions de francs suisses, soit environ 7,25 millions d'euros, vers un compte détenu par l'agent immobilier corse à Nassau, aux Bahamas.

La justice a également maintenu le cautionnement de 400 000 euros imposé à Olivier Couriol en avril 2016.

 

 

La durée de la procédure constitue un autre point de friction. La défense a dénoncé un délai déraisonnable, sans obtenir de modification des mesures financières imposées aux prévenus. À l'issue de la décision de la cour d'appel du 12 janvier 2027, et sous réserve d'un éventuel recours devant la Cour de cassation, le tribunal correctionnel de Marseille réexaminera le dossier lors d'une audience procédurale prévue le 16 avril 2027, a précisé son président, Pascal Gand.




Source : batirama.com / AFP / Laure Pophillat / © Sotheby's

L'auteur de cet article

photo auteur Laure Pophillat
Après un doctorat en Littérature française, puis un passage de quelques années dans l'enseignement (du français, notamment aux Compagnons du Devoir et du Tour de France), Laure Pophillat s'est tournée vers la rédaction web, ainsi que le journalisme. Curieuse, éclectique et investigatrice, tous les thèmes pertinents (et donc passionnants) l’intéressent !

Aujourd'hui rédactrice en chef du bimédia Batirama, elle oriente la ligne éditoriale vers un large spectre de sujets couvrant l’entièreté de la filière bâtiment et construction, avec une prédilection pour les portraits de femmes et d’hommes engagés, inspirés et inspirants, dans un environnement, celui du BTP, toujours en mouvement.
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