La Ville de Paris a décidé de confier à Louis Vuitton la maîtrise d’ouvrage du réaménagement des rues Bassano et Galilée, dans le VIIIe arrondissement, lesdites rues jouxtant le futur établissement du malletier. Le groupe LVMH prendra en charge l’intégralité des travaux, évalués à 2 millions d’euros.
Une opération qui fait débat, certains élus dénonçant une forme de privatisation de l’espace public.
Le projet vise notamment à rendre ces rues plus agréables pour les piétons, les trottoirs devant être élargis et de nouveaux arceaux pour vélos ainsi que des bacs plantés installés. Une transformation qui intervient alors que Louis Vuitton occupe déjà l’espace public dans le cadre du chantier de son futur établissement. Pour Thomas Chevandier, adjoint au maire de Paris chargé de l’espace public et des travaux, l'entreprise devra remettre en état les espaces qu'elle a occupés à l'issue du chantier : "Louis Vuitton a une emprise de chantier qui déborde très largement sur ces rues, par conséquent il a l'obligation de remettre en l'état l'espace public à l'issue de travaux".
Mais la décision va plus loin puisque la Ville lui confie également la conduite des travaux.
Dans l’opposition comme au sein de la majorité municipale, certains élus s’interrogent sur le précédent créé par cette opération. "Face à l'état des finances municipales, voir un acteur privé investir une telle somme pour embellir notre voirie est une bouffée d'oxygène. Mais en confiant au privé la conduite totale des travaux, la Ville se met en retrait de son propre domaine", a regretté Catherine Lécuyer, maire LR du VIIIe arrondissement
Même interrogation chez Séverine de Compreignac, du groupe Paris au centre, qui pose une question plus vaste : "aujourd'hui ce sont les rues Bassano et Galilée, et demain ? Quelle est la doctrine de la ville en matière de financement de l'espace public ?"
Les écologistes ont également exprimé leurs réserves. Pour Emile Meunier, LVMH ne se contentera pas de réaliser les travaux mais participera directement à la conception de la rue et à la transformation de l’espace public autour de son futur établissement "pour sa clientèle". "Vous continuez d'ouvrir une porte dangereuse à la privatisation de l'espace public", a lancé au maire l'élu d'opposition, co-président du groupe Nouveau Paris populaire avec Sophia Chikirou.
Jugeant le débat "ubuesque", Emmanuel Grégoire a répondu "assumer totalement" sa démarche. "Dans le moment un peu exigeant pour les finances publiques qui pèse sur tout le monde, chaque fois qu'il me sera donné l'occasion d'appeler à contribution ceux qui le peuvent parce que Paris contribue à leur rayonnement, je prendrai leur argent pour aller financer dans les quartiers où personne ne le fera", a-t-il plaidé. "Si ça nous permet d'aller chercher deux millions de plus pour financer une rue aux écoles, je me félicite de l'avoir fait !", a ajouté l'édile socialiste.
Interrogé par l'AFP, LVMH n'a pas souhaité faire de commentaire.