Cartouches entamées de mastic, colle et silicone inutilisables peu de temps après ? Un gâchis courant mais insupportable pour Christelle Caron, qui a breveté une solution efficace et durable pour y remédier.
Une femme sans aucun rapport avec le bâtiment apporte une réponse innovante à un casse-tête souvent rencontré par tous les utilisateurs de cartouches à canule, professionnels et amateurs. Une innovation, qui dans sa version à quatre tubes est couronnée du Lauréat d’or dans la catégorie Machines de chantier, outillage, véhicules et équipements sur le salon Paris Builder Shows 2026 : "la consécration !" se réjouit notre Géo Trouvetou.
"Ce n’est pas ma formation d’assistante dentaire qui m’a amenée à réfléchir sur la conservation des cartouches à canule mais la pratique de la voile !", s’amuse Christelle Caron, dirigeante de Crysla SAS et inventrice de la Masticbox Sadurr. © EJH
L’aventure de la Masticbox Sadurr commence quand Christelle se rend compte en réparant son bateau que les couteuses cartouches qu’elle utilise ne sont guère plus utilisables qu’une fois. Partager le mastic avec d’autres camarades de ponton n’est pas entièrement satisfaisant et elle se met en tête de trouver comment conserver les cartouches entamées, ce qui serait à la fois économique et écologique, étant donné que ces produits ne sont pas recyclables. Commence alors un parcours du combattant pour imaginer, mettre au point, valider, breveter et commercialiser son produit.
La discrète Christelle se révèle inventive et tenace : "il m’a fallu plus de deux ans de recherche et de mise au point, entre 2020 et 2022. J’ai d’abord étudié les fiches techniques des produits pour comprendre pourquoi ils se conservaient si peu de temps. Leur point faible commun est de sécher rapidement au contact de l’air, non seulement au niveau de la canule mais aussi par le fond, comme je l’ai découvert en découpant des cartouches usées en rondelles".
Déduisant qu’il s’agissait de protéger la cartouche dans son entier, elle débute en enfermant des cartouches entamées dans des tubes de plomberie en PVC fermés avec des bouchons de plomberie et des joints toriques. "J’ai ajouté des gels de silice pour absorber l’humidité de l’air emprisonné. Après avoir testé diverses qualités de gels, j’ai opté pour de la qualité, en employant un produit fabriqué par le leader allemand en la matière, qui ne restitue pas l’humidité en dessous de 100 °C".
La polymérisation prématurée est donc empêchée. Mais l’inventrice en herbe avait bien d’autres exigences que le seul aspect pratique : de ne pas utiliser d’électronique ni de consommable pour en faire un produit durable, le rendre 100 % réparable et fabriquer Français. "Mes box sont fabriquées en Auvergne-Rhône-Alpes", souligne-t-elle. "Seul ce gel vient d’Allemagne. Il est utilisable au moins 40 fois avant d’être saturé en humidité. Lorsque le compartiment devient blanc, il est temps de le régénérer, ce qui se fait facilement en portant les billes de silice à plus de 100 degrés au four traditionnel ou deux minutes à 600 W au four à micro-ondes."
Le procédé s’affine au terme d’une collaboration de six mois avec un mouliste. "Nous avons choisi différents plastiques pour leurs propriétés intrinsèques : des tubes transparents en PET, des embases en ABS et des bouchons en polypropylène." Enlever de l’air du tube avec une simple pompe manuelle – comme pour le vin – permet aussi d’optimiser la conservation : la solution est au point.
.png)
Une solution unique sur le marché : insérer la cartouche dans le réceptacle hermétique, placer le filtre absorbant l’humidité, faire le vide : en 20 secondes, la polymérisation est stoppée. © Masticbox Sadurr
La technologie Sadurr a reçu trois récompenses au Concours Lépine 2023. La version Solo, premier produit breveté et commercialisé, a été présentée sur un grand salon nautique allemand. "À ce moment-là, je ne pensais pas au bâtiment comme débouché principal", reconnaît Christelle Caron. Cependant, ce sont surtout des artisans du bâtiment qui ont adopté mon produit et lui ont fait de nombreux retours permettant d’améliorer les Mastic Box. "Les Solo se baladaient dans les fourgons, la version suivante, à six tubes (PRO) était lourde à porter une fois pleine… J’ai donc mis au point une version intermédiaire, la Quattro, présentée aujourd’hui." Principalement destinée aux professionnels du bâtiment, cette solution permet d’utiliser les cartouches intégralement et à son rythme, en répondant aux enjeux actuels de réduction des déchets et d’optimisation des consommables dans le secteur du bâtiment.
.png)
Avec ses 4 tubes indépendants mais solidaires, la Masticbox Sadurr Quattro, dernière-née de la gamme, est compacte. Son fond renforcé et antidérapant et sa sangle de transport facilitent les déplacements et l’utilisation sur chantier. Elle évite aussi les émanations chimiques des cartouches ouvertes lors du stockage et protège les produits des variations thermiques. © EJH
Parisienne, Christelle Caron a développé sa société, Crysla SAS, au sein d’une pépinière d’entreprises à Orléans, pour développer la commercialisation de ses Mastic Box Sadurr. "J’ai bénéficié d’un précieux soutien de la part de mon entourage. Mon mari, rencontré lors d’un concours Lépine en 2011, est lui-même un inventif tombé dans la marmite. La banque, la BPI, la Région Centre Val de Loire et d’autres instances m’ont apporté leur concours." Désormais basée dans le sud-ouest, l’entrepreneuse est très mobile. "Le chemin est long pour faire connaître un produit qui n’a aucun équivalent sur le marché. C’est prenant mais les rencontres sont souvent passionnantes !"
Christelle Caron fait feu de tout bois : présence sur les événements les plus divers, vente en direct via son site Internet et chez des distributeurs spécialisés en France, en Belgique et en Allemagne. "Le bâtiment est le débouché principal, avec tous les corps de métier concernés, jusqu’aux piscinistes qui réparent les liners sous l’eau ! Le nautisme et la maintenance industrielle, notamment l’aéronautique, sont aussi largement intéressés par l’usage de cartouches à canules. L’investissement est assez faible et le bouche à oreille fonctionne bien. Il est certain que faire connaître le produit aux particuliers permettrait de se faire référencer aussi en GSB, ce qui serait idéal." En attendant, elle est ravie de l’Award innovation attribué cette année : "être distinguée par un jury d’experts de la profession me donne une légitimité qui me rassure".
À 52 ans, elle compte bien poursuivre l’aventure en continuant à améliorer ses produits : "je réfléchis à de nouvelles fonctionnalités pour rendre encore plus simple l’utilisation des tubes hermétiques". Avec un cerveau en ébullition et une énergie débordante, les conditions sont réunies !