Drame de la rue d'Aubagne à Marseille : il y aura bien un procès

Le lundi 5 novembre à 9h05, les numéros 63 et 65 de la rue d’Aubagne s’effondraient, emportant avec eux huit personnes. © Loïc Aedo / AFP

Le parquet a requis le renvoi devant le tribunal correctionnel des quatre personnes physiques et morales mises en examen pour l'effondrement de deux immeubles insalubres, rue d'Aubagne (Marseille) en novembre 2018.




Le lundi 5 novembre 2018, à 9h05, les numéros 63 et 65 de la rue d'Aubagne s’effondraient, coûtant la vie à huit personnes. Dans la foulée, plus d’un millier de Marseillais étaient évacués de leurs domiciles, tandis que les élus politiques s'interrogeaient sur les responsabilités des uns comme des autres.

Six ans plus tard, le parquet vient de requérir le renvoi devant le tribunal correctionnel des quatre personnes physiques et morales mises en examen pour l'effondrement de ces deux immeubles vétustes, rue d'Aubagne, symboles de l'habitat insalubre et indigne.

 

Quatre personnes physiques et morales sont mises en examen pour l'effondrement de ces deux immeubles vétustes à Marseille. © JM Leforestier

 

 

Une mise en examen pour homicides et blessures involontaires

Samedi, Nicolas Bessone, le procureur de la République de Marseille a déclaré à l'AFP que le parquet entendait "poursuivre les quatre personnes mises en examen pour homicides involontaires et blessures involontaires", en confirmant que le réquisitoire signé jeudi par le premier vice-procureur Michel Sastre, et révélé vendredi par le quotidien Le Monde, avait par contre écarté le chef de mise en danger d'autrui. Il a ajouté : "Si les réquisitions venaient à être suivies [par les trois juges d'instruction chargés de ce dossier], une audience de mise en état pourrait avoir lieu au printemps, pour une ouverture possible du procès cet automne".

Si, dans son réquisitoire, que l'AFP a pu consulter samedi, Michel Sastre retient que "personne ne pouvait prédire un effondrement" des deux immeubles, le magistrat est intransigeant avec les mis en examen. Même s'il "était acquis" lors de l'intervention de l'architecte, Richard Carta, que les effondrements étaient "inéluctables", et ce sur la base des expertises versées au dossier, ce dernier n'a cependant "pas rempli les obligations minimales de diligence d'un expert". Pour le premier vice-procureur Michel Sastre, cela constitue un "drame de la routine". Quant à Julien Ruas, l'adjoint au maire chargé de la prévention et de la gestion des risques, il a démontré au cours de l'enquête que "toute notion de proactivité, de responsabilité et d'initiative par rapport à ses missions lui étaient totalement étrangères".

 

 

Les mis en examen

Pour commencer, deux personnes physiques sont poursuivies :

Julien Ruas, l'adjoint au maire chargé de la prévention et de la gestion des risques, alors que la ville était encore dirigée par Jean-Claude Gaudin (LR) ;

– Et Richard Carta, l'architecte désigné comme expert par le tribunal administratif de Marseille et en charge de l'inspection de l'immeuble du 65, rue d'Aubagne, celui dans lequel vivaient les huit victimes, le 18 octobre 2018, soit trois semaines à peine avant le drame. Une visite bâclée en une heure, sans interroger aucun des habitants.

Quant aux deux personnes morales, il s'agit de :

– Marseille Habitat, société d'économie mixte de la ville de Marseille, propriétaire du 63, rue d'Aubagne, un immeuble complètement délabré, mais fort heureusement vide, qui s'était effondré en même temps que le 65 ;

– Et le cabinet Liautard, le syndic de copropriété chargé de la gestion du 65.

 

 

Le drame de la rue d'Aubagne, symbole de l'habitat insalubre et indigne

La question de l'habitat insalubre dans la deuxième ville de France, en son cœur même, celui du quartier de Noailles, à proximité de lieux mythiques, tels que le Vieux Port et la Canebière, est récurrente.

Ainsi, par exemple, trois mois après le drame de la rue d'Aubagne, une marche blanche (qui n'était pas la première) dans les rues de la ville réunissait les Marseillais, qui constataient avec amertume que rien de plus n'avait été fait, si ce n'est que 2 017 Marseillais avaient été évacués par précaution de 248 immeubles devenus fantômes, pour quelques 1 315 personnes "prises en charge ou hébergées", le plus souvent à l'hôtel. Un des membres de l'Assemblée de la Plaine, une place du centre de Marseille dont les travaux de réhabilitation soulevaient l'indignation de certains habitants, Jeff Quetezal-Coatr, déclarait alors : "On est tous là car c'est le symptôme d'une municipalité de merde, qui laisse tout se délabrer complètement", et encore que la "mairie investit des millions à la rénovation de cette place alors que chaque jour des immeubles tombent en ruine".

Depuis le drame de la rue d'Aubagne, plus de 330 arrêtés de péril grave et imminent ont été pris par la municipalité marseillaise, entraînant l'évacuation de 3 200 personnes de quelques 370 immeubles. Selon la Fondation Abbé Pierre, rappelant que 100 000 personnes vivaient dans des "taudis", ce drame avait mis en lumière le phénomène du logement indigne et insalubre dans la cité phocéenne.

 



Source : batirama.com / AFP / Laure Pophillat

L'auteur de cet article

photo auteur Laure Pophillat
Laure Pophillat est rédactrice web polyvalente depuis plusieurs années. Curieuse, éclectique et investigatrice, tous les thèmes pertinents (et donc passionnants) l’intéressent ! Pour Bâtirama, elle rédige avec bonheur sur un large spectre de sujets couvrant l’entièreté de la filière BTP (actualités, conjoncture, réformes, innovations, etc.). Elle apprécie notamment réaliser des portraits de femmes et d’hommes engagés, inspirés et inspirants, dans un environnement, celui du BTP, toujours en mouvement.
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