L'excellente santé du photovoltaïque en France

Une ferme photovoltaïque au sol

L'augmentation du prix de l'électricité booste la demande de photovoltaïque en autoconsommation. Hélas, en France, on manque de bras afin de suivre le rythme de la demande !




Selon l’association  SolarPower Europe, rassemblant les spécialistes du photovoltaïque, l’année 2023 a marqué un nouveau record d’installations photovoltaïques en Europe. Pour la troisième année d’affilée, le marché a progressé de 40 % ou plus. La puissance photovoltaïque installée en Europe atteint désormais 263 GW. L’Allemagne a installé 14 GW de photovoltaïque en 2023, suivie par l’Espagne (8,2 GW, en baisse de 0,2 GW par rapport à 2022), l’Italie (4,8), la Pologne (4,6 GW), les Pays-Bas (4,5 GW). La France arrive – seulement – au cinquième rang, avec 3 GW d’installations nouvelles. Pour les années à venir SolarPower Europe prévoit un ralentissement de la croissance des puissances nouvelles installées à travers l’Europe : 11 % en 2024, 19 % en 2025, puis 14 % en 2026 et de nouveau 11 % en 2026.

 

 

834 000 installations photovoltaïques en France

En France, Enedis recense un stock de plus de 834 000 installations photovoltaïques, grâce à une croissance de 33 % du nombre de nouvelles installations par rapport à 2022. Ce qui représente plus de 17 GW de puissance photovoltaïque installée et une production d’environ 2,77 % de la consommation annuelle d’électricité en France. Avec un peu de retard, et en libre consultation, la Direction des Données et Études statistiques du Ministère de la Transition écologique publie les données détaillées du parc photovoltaïque français.

 

France Territoire Solaire publie des données sur le marché photovoltaïque. Il en ressort que le volume de raccordement au 4e trimestre 2023 s’établit à 921 MW, en hausse par rapport au volume du 3e trimestre 2023 (776 MW). La capacité raccordée au cours de l’année 2023 s’élève donc à 3164 MW.

 

Selon France Territoire Solaire, par rapport au 3e trimestre, ce 4e trimestre est marqué par une :

- baisse du segment "autoconsommation" (totale ou partielle), restant à un niveau très haut avec plus de 53 000 installations raccordées ;

- baisse du segment des installations domestiques (<9 kW), avec 187 MW raccordés ;

- légère hausse du segment des moyennes toitures (9 à 100 kW), avec 109 MW raccordés ;

- forte hausse du segment des grandes toitures (100 à 250 kW), avec un volume raccordé de 242 MW, un record ;

- stabilité du segment des très grandes toitures (250 kW à 1 MW), avec un volume raccordé de 14 MW ;

- forte hausse du segment des grandes installations (1 MW et +), avec 338 MW raccordés.

 

 

La file d’attente s'agrandit

La file d’attente pour le raccordement des installations photovoltaïques sur le réseau de distribution est à nouveau marquée par une hausse par rapport au précédent trimestre. La file d’attente sur le réseau de transport a augmenté de 1,8 GW durant l’année 2023. Selon France Territoire Solaire, le stock de projets photovoltaïques en attente de raccordement au réseau atteint donc 21,5 GW à la fin du 4e trimestre 2023.

 

En revanche, le prix de marché de l’électricité étant moins haut sur le marché au 4e trimestre qu’aux trimestres précédents, l’impact sur des aides au photovoltaïque sur le budget de l’État est devenu négatif.

 

Quoi qu’il en soit, la France est en retard par rapport à son tableau de marche, puisque la PPE (Programmation Pluriannuelle de l'Énergie) prévoyait une puissance photovoltaïque installée de 20,1 GW en 2023 (alors que nous sommes à 17 GW fin 2023) et 35,1 à 44 GW en 2028. De toutes façons, le gouvernement a supprimé tout chiffrage sur les ENR (Énergies Renouvelables) de son projet de loi sur la souveraineté énergétique. ©PP

 

 

André Joffre est relativement optimiste

Le 9 février, André Joffre, le vice-président d’Enerplan, remarquait, non sans ironie : "On a un ministre de l’énergie, c’est déjà ça !" Il ne place pas la barre trop haut. André Joffre, c'est l'homme qui, en décembre 1982, a fondé, Tecsol, un bureau d’ingénierie spécialisé dans tout ce qui est solaire, thermique ou photovoltaïque. Il est en toujours le président du conseil d’administration. Grâce à une équipe de 40 ingénieurs répartis au sein du siège à Perpignan, en sus de sept agences régionales, Tecsol accompagne maîtres d’ouvrage publics et privés dans le déploiement de leurs projets. André Joffre a longtemps présidé Enerplan, le syndicat des Professionnels de l’Énergie Solaire. Il n’en est plus aujourd’hui que le vice-président émérite. Daniel Bour, de la Générale du Solaire, en assure la présidence. Depuis juin 2005, André Joffre préside le Pôle de Compétitivité à Derbi, à Perpignan, un accélérateur d’innovation au service de la transition énergétique. En outre, il préside la Banque Populaire du Sud et de la Fédération Nationale des Banques Populaires.

 

Bref, quand on veut un regard, à la fois d’expérience et original, sur le photovoltaïque, on l’appelle. Le fait que l’énergie soit désormais rattachée à Bercy ne l’effraie pas outre mesure. Il estime plutôt que l’on passe de l’usage final à une réflexion sur l’industrialisation. Bien sûr, le nucléaire domine dans la politique publique de l’énergie, mais André Joffre souligne qu’il y a déjà deux projets de gigafactories de panneaux photovoltaïques en France : celui de Holosolis, en construction à Hambach en Moselle, avec une capacité de 5 GW/an, la plus importante d’Europe, et celui de Carbon à Fos-sur-Mer, qui veut produire 5 GW/an de cellules photovoltaïques et 3,5 GW/an de modules photovoltaïques.

 

Mais, souligne André Joffre, "si la filière photovoltaïque en France ne manque pas de projets, elle manque par contre de bras à tous les niveaux, des ingénieurs aux monteurs, en passant par les techniciens". Il déplore donc l’insuffisance de la formation, malgré l’engouement des étudiants. Ainsi, par exemple, à l’école d’ingénieurs SUP ENR de Perpignan, les promotions sont d’environ 60 personnes par an pour... 2 000 candidatures annuelles ! Dès lors, le Pôle Derbi, avec l’aide de la région Occitanie, entreprend d’augmenter l’offre de formation, tant initiale que continue. Mais ça ne résoudra pas le manque de bras. Sur les gros chantiers photovoltaïques, les entreprises font venir du personnel d'Espagne, ou bien d’Europe Centrale.

 

André Joffre. ©PP

 

 

 

 

Lutter contre la fraude

Le second sujet de préoccupation d’André Joffre est la lutte contre la fraude aux aides à l’installations de systèmes photovoltaïques. Coiffant sa casquette Qualit'EnR, une association qu’il préside aussi au titre d’Enerplan et qui gère les qualifications, il explique que ladite association, gérant plusieurs mentions de la certification RGE (Reconnu Garant de l’Environnement), s’efforce de détecter les éco-délinquants dès avant le premier audit, et ce afin de les radier sur-le-champ (s’il y a lieu). Hélas, cela ne suffit pas.

 

D’une part, parce que l’on observe désormais de vraies tromperies où des éco-délinquants affichent un logo RGE sans détenir aucune qualification. D’autre part, même lorsque l’avocat de Qualit’EnR (qui doit chaque jour bénir l’association) obtient la condamnation des éco-délinquants, parce que ces entreprises se recréent quelques jours plus tard, sous un autre nom, parfois à la même adresse. La DGCCRF (Direction Générale de la Concurrence, de la Consommation et de la Répression des Fraudes) s’est saisie du problème, mais la tâche est vaste et rappelle Sisyphe et son rocher.

 

Pour les particuliers, André Joffre recommande du bon sens, comme :

- Choisir une entreprise à proximité ;

- Demander des références locales et aller en voir quelques-unes ;

- Vérifier que l’entreprise est bien titulaire de la certification RGE ;

- Demander une pluralité de devis.

 

 

Le photovoltaïque est encore plus rentable en tertiaire et en industrie

Même si les installations domestiques en autoconsommation se sont fortement développées en 2023, André Joffre soutient que le photovoltaïque est encore plus rentable en tertiaire et en industrie. Il estime que ces segments de clientèle échappent largement aux éco-délinquants, notamment parce que ce sont des opérations relativement importantes qui justifient toujours l’intervention d’un Bureau d’Études spécialisé. Il estime que, dans le midi de la France, par exemple, le temps de retour actuel d’une installation photovoltaïque ne dépasse pas 4 à 5 ans.

 

 

 

 

Chez Tecsol, les demandes pour des opérations en autoconsommation pour des clients industriels ou tertiaires ont été multipliées par 4 ou 5 en un an. Les banques financent, notamment par crédit-bail : il n’y a pas de problème de financement face à un temps de retour de 5 ans. Et le profil des interlocuteurs a changé. Auparavant, les directions techniques des entreprises initiaient le contact. Désormais, ce sont plutôt les directions financières ou les directions générales. ©PP

 

 

André Joffre estime d’ailleurs que cet engouement pour le photovoltaïque en tertiaire et en industrie va continuer, même si les prix de l’électricité sur le marché de gros se sont un peu calmés. En effet, les acteurs économiques ont pris conscience que les prix de l’électricité peuvent brutalement augmenter et varier beaucoup. L’autoproduction d’une partie de ses consommations annuelles revient à se protéger des errements du marché. Ces mêmes acteurs semblent aussi avoir compris qu’en raison de facteurs objectifs, l’augmentation du prix de l’électricité est de toute manière durable. Il estime que, face aux énormes besoins de financement d’EDF, le seul moyen de trouver les ressources nécessaires, c’est d’augmenter le prix de vente de l’électricité.

 

Enfin, la loi n° 2023-175 du 10 mars 2023 relative à l'accélération de la production d'énergies renouvelables, obligeant les parcs de stationnement extérieurs d’une superficie supérieure à 1 500 m² à s’équiper en ombrières intégrant un procédé d’énergies renouvelables sur au moins la moitié de cette superficie, contribue déjà à un essor indéniable du marché en tertiaire. Dans tous les cas, elle pousse toutes les entreprises concernées à se poser la question de l’opportunité d’un équipement photovoltaïque.

 

 

Le prix des matériaux continue de baisser

En juin prochain, nous irons à Intersolar, à Munich, à la fois pour juger des progrès techniques des panneaux, mais aussi pour surprendre des conversations sur leurs prix. André Joffre note que, d’année en année, la rentabilité des installations photovoltaïques croît, notamment en tertiaire et en industrie. Les capacités de production dans le monde ont explosé. En 2022, le prix de gros des panneaux à baissé de 47 %, puis encore de 4 0% en 2023 : "15 à 20 % du coût d’une centrale photovoltaïque au sol, ce sont les panneaux", explique André Joffre.

 

On assiste aujourd’hui à la commercialisation de panneaux photovoltaïques accompagnés d’une garantie de rendement de 40 ans. Ce qui se traduit par une durée de vie utile de 60 à 65 ans. Selon André Joffre, "nous sommes parvenus à un point de rupture technique et économique en faveur du photovoltaïque".

 

Au passage, il explique que le français Carbon a raison de se lancer dans l’industrialisation d’une technologie de rupture (une association de silicium et de perovskite). Personne n’y est encore parvenu, mais si ça marche, cette technologie assure un saut de rendement par rapport aux cellules au silicium monocristallin culminant actuellement autour de 25 % de rendement. André Joffre l'assure : "Prendre un risque technique et économique est le seul moyen de faire mieux que les Chinois". Cependant, étant donné leurs énormes capacités de production, il demeure vain d’imaginer pouvoir les concurrencer sur une technologie qu’ils maîtrisent parfaitement.




Source : batirama.com / Pascal Poggi

L'auteur de cet article

photo auteur Pascal Poggi
Pascal Poggi, né en octobre 1956, est un ancien élève de l’ESSEC. Il a commencé sa carrière en vendant du gaz et de l’électricité dans un centre Edf-Gdf dans le sud de l’Île-de-France, a travaillé au marketing de Gaz de France, et a géré quelques années une entreprise de communication technique. Depuis trente ans, il écrit des articles dans la presse technique bâtiment. Il traite de tout le bâtiment, en construction neuve comme en rénovation, depuis les fondations jusqu’à la couverture, avec une prédilection pour les technologies de chauffage, de ventilation, de climatisation, les façades et les ouvrants, les protocoles de communication utilisés dans le bâtiment pour le pilotage des équipements – les nouveaux Matter et Thread, par exemple – et pour la production d’électricité photovoltaïque sur site.
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