Les chaudières fioul bénéficient d’un petit sursis jusqu’à mi-2022

Les chaudières fioul bénéficient d’un petit sursis jusqu’à mi-2022

Discrètement, Barbara Pompili a repoussé à « mi-2022 » l’interdiction d’installer des chaudières fioul neuves. En plus, il y aura des exceptions en cas d’impossibilité d’installer d’autres générateurs.





Lors d’une audition à l’Assemblée Nationale le 3 juin, consacrée à tout autre chose, Barbara Pompili, Ministre de la Transition Energétique, a annoncé repousser à mi-2022 l’interdiction d’installer des chaudières fioul. Environ 3,4 millions de logements sont encore chauffés au fioul en France aujourd’hui.

 

L’interdiction d’installation de chaudières fioul neuves bénéficie déjà d’une longue histoire avec de nombreux rebondissements : en novembre 2018, décision d’arrêter le chauffage au fioul d’ici 10 ans ; depuis Mars 2020, interdiction d’installer de nouvelles chaudières au fioul ou de réaliser des travaux lourds de réparation sur ces chaudières dans les bâtiments de l’Etat, avec retrait de toutes les chaudières fioul dans ces bâtiments d’ici 2029, sauf pour le Ministère de l’Intérieur et le Ministère des Armées qui bénéficient de délais supplémentaires, …

Les générateurs fioul, comme la chaudière Olio Condens 2300F de Bosch Thermotechnologie n’ont plus rien à voir avec les anciennes chaudières fioul. Ce sont des chaudières à condensation, très compactes, peu bruyantes, connectées, embarquant des brûleurs bas Nox, … ©Bosch Thermotechnologie

 

Un projet de décret, mis en consultation le 14 janvier 2021, prévoyait l’interdiction, à compter du 1er juillet 2021 pour les bâtiments neufs et à partir du 1er janvier 2022 pour les bâtiments existants, de l’installation d’équipements alimentés par un combustible émettant ≥ 250 gCO2eq/kWh PCI. 

 

Aucune énergie n’était citée, mais la Base Carbone, gérée par l’Ademe indique que les facteurs d’émissions amont + combustion pour le périmètre France du fioul domestique atteignent 314 gCO2eq/kWh PCI.

 

Les seuls les facteurs d‘émissions directement liés à la combustion du fioul atteignent 259,7 gCO2eq/kWh PCI, juste un peu au-dessus du plafond de 250 gCO2eq/kWh PCI.

 

Mi-2022, neuf et existant confondus

 

Mme Pompili a donc annoncé jeudi 3 juin qu’un décret serait bientôt proposé au Conseil d’Etat. Personne n’a pu lire le texte pour l’instant, mais la Ministre a indiqué que :

 

  • la mesure était repoussée à mi-2022

 

  • la distinction entre la construction neuve et l’existant disparait.  En construction neuve, en principe, la RE2020 sera appliquée dès le 1er janvier 2022. Son mode de calcul ne permettra pas d’installer des chaudières fioul, ni en collectif, ni en maison individuelle. Cette mesure concerne donc en réalité seulement l’existant

 

  • le texte n’interdira pas la réparation des installations fioul existantes

 

  • le texte prévoit des dérogations pour certains cas, « puisqu’il peut arriver qu’il y ait des difficultés, des impossibilités techniques ou des coûts excessifs ».

 

Pour l’instant, ce report pose plus de questions qu’il n’en résout. Si la vente de chaudières fioul neuve est interdite sauf dans le cas d’un nombre limité de dérogation, le marché va s’effondrer. Ce qui augmentera leur prix. Uniclima, le syndicat des industries thermiques, aérauliques et frigorifiques, publie chaque année le bilan du marché français des générateurs de chauffage, de climatisation et de production d’ECS. Mais, Uniclima ne distingue pas les chaudières fioul et les chaudières gaz. Donc, on ne sait pas combien de chaudières fioul ont été vendues en France en 2020.

 

Uniclima notant simplement, dans son compte-rendu sur les ventes 2020, à propos des chaudières à condensation, « la très forte régression des ventes de chaudières fioul ». Uniclima ne distingue même plus les chaudières murales des chaudières au sol, ni les chaudières domestiques (<70 kW) des chaudières non-domestiques.

 

Bref, on ne sait pas grand-chose sur le marché français actuel des chaudières fioul, sauf qu’il est en baisse. En 2019, dernières années où les statistiques différenciaient gaz et fioul, il s’était vendu en France 21 000 chaudières fioul, contre 47 000 en 2018.

 

En revanche, Uniclima indique les ventes de brûleurs fioul en caisses, avant tout posé sur des chaudières fioul existantes : 37 300 pièces en 2020, en baisse de 1,8% par rapport à 2019. 

 

Et le biofioul ?

 

Le projet de décret publié pour consultation en janvier 2021 ne citait aucune énergie, mais annonçait un plafond à ne pas dépasser de 250 gCO2eq/kWh PCI. Les industriels, la Capeb et la FF3C (Fédération Française des Combustibles, Carburants et Chauffage) ont donc mené campagne en faveur d’un remplacement du fioul par du biofioul .

 

Le biofioul est un mélange de fioul domestique et d’ester méthylique d’acide gras (EMAG) issu du Colza. Le biofioul dit F10 contient 90% de fioul domestique et 10% d’Emag. Le biofioul dit F30 contient 30% d’Emag, … jusqu’au biofioul 100, entièrement issu du Colza, dont la disponibilité est imaginée vers 2040. Le biofoul F30 doit pour sa part apparaître sur le marché français en 2022, tandis que le F50 est prévu entre 2030 et 2040.

 

Les biofiouls ne figurent pas dans la Base Carbone de l’Ademe. Mais les données sur la combustion de l’EMAG montrent qu’il génère 50% de moins de CO2eq/kWh PCI. Ce qui signifierait que la combustion du biofioul F10 atteindrait environ 246 gCO2eq/kWh PCI, juste en dessous du plafond.

 

Le biofioul F10 est parfaitement compatible avec les chaudières et les brûleurs fioul existants. A partir du F20 et jusqu’au F30, il faut changer le brûleur et sans doute curer les cuves fioul. Au-delà du F30, il faut des chaudières spécialement conçues. Si jamais le plafond des 250 gCO2 venait à être abaissé, la transition vers le biofioul serait remise en cause.

 

Le biofioul F10, selon la FF3C, coûte 2 à 2,5 c€ H/litre de plus que le fioul et le F30 atteindrait 6 à 7 c€ H/litre de plus que le fioul. Enfin, le biofioul est issu du colza, dont la culture est très sensible au changement climatique et la production française est en baisse depuis 10 ans. La culture du colza repose sur l’emploi du Phosmet, un insecticide controversé, dont la Commission Européenne a prolongé la possibilité d’emploi jusqu’à la fin de 2021. Dans une évaluation des risques publiée le 17 mars dernier, l’EFSA (l’autorité européenne de sécurité des aliments) identifie des risques « écotoxicologiques ».

 

Tout miser sur le biofioul est donc une stratégie très risquée.

 

 

Seul Wolf a annoncé un modèle de chaudière fioul intégrée, compatible avec les biofiouls F7 et F10. Baptisé COB-2, ce générateur domestique est proposé 15, 20, 29 et 40 kW, avec ou sans ballon associé. Aucun fabricant n’a annoncé de chaudières ou de brûleur compatibles avec les biofiouls au-delà du F20. ©Wolf

 


Source : batirama.com / Pascal Poggi

Articles qui devraient vous intéresser

Laissez votre commentaire

Saisissez votre Pseudo (votre commentaire sera publié sous ce nom)

Saisissez votre email (une alerte sera envoyée à cette adresse pour vous avertir de la publication de votre commentaire)

Votre commentaire sera publié dans les plus brefs délais après validation par nos modérateurs.

Newsletter


Retrouvez toute l'actualité du bâtiment.
 
ARTIDEVIS Autopub

Produits



Dernière revue

BTR N° 496 - Avril / Mai 2021

   

Articles

Votre avis compte

La situation sanitaire mérite-t-elle des mesures radicales pour freiner le virus ? (791 votants)
Certainement, pour sauver de nombreuses vies
Non, cela risque de tuer l'économie et les artisans
 

Boutique



Techniques et pratique de la chaux