Sabine Basili, vice-présidente de la Capeb et une femme engagée

Sabine Basili, vice-présidente de la Capeb et une femme engagée

Rare femme siégeant dans un conseil d’administration d’une organisation patronale, Sabine Basili a su trouver sa place dans l’univers masculin, parfois machiste du bâtiment.


Si on avait dit à Sabine Basili, il y a 30 ans, qu’elle serait dans les plus hautes instances de la Capeb, chargée des affaires économiques, elle n’y aurait sans doute pas cru.
Un parcours qui n’allait pas de soi au départ.

 

Déjà, rien ne l’a prédestiné à entrer dans le monde du bâtiment, un père fonctionnaire de la Poste, une mère au foyer, des études de médecine vite abandonnées pour finalement être engagée dans une banque. C’est quand elle rencontre son mari qui travaillait dans l’entreprise familiale de plomberie-chauffage-climatisation à Villeurbanne qu’elle épouse le secteur.

 

Un statut de conjointe collaboratrice

 

« En 1993, lorsque mon mari a repris l’entreprise de 5-6 personnes à l’époque, mes beaux-parents m’ont demandé si j’acceptais de m’occuper de la gestion. J’ai ressenti un grand honneur, mais je n’y connaissais rien, il fallait que je me forme », se souvient-elle.

 

Adhérente à la Capeb, elle y suit une formation qualifiante de deux ans. Elle en sort avec un diplôme universitaire de gestion administrative et juridique des entreprises du bâtiment. « J’ai adoré et appris des tas de choses qui m’ont passionnée », s’enthousiasme-t-elle. Le déclic avait sans doute eu lieu. La passion aidant peut-être à l’emporter sur la raison, les événements s’enchaînent et avec eux un investissement de plus en plus fort dans l’organisation patronale.

 

En 1999, elle crée la commission des femmes d’artisans dans son département du Rhône, devient administrateur de la Capeb Rhône, monte l’association Paracor pour aider les femmes à prendre des responsabilités dans les conseils d’administration de syndicats et d’associations, « malheureusement en sommeil aujourd’hui », regrette-t-elle.

 

Une opportunité  à saisir

 

Un autre événement va lui ouvrir les portes de responsabilités plus larges. Et Sabine Basili, non sans mal, va relever le défi, car cette femme de convictions, d’apparence discrète et douce, n’a pas peur d’aller au combat.

 

« Un jour, Christiane Pugnet, alors présidente régionale des femmes d’artisans, m’appelle pour remplacer en urgence le délégué de circonscription de la Capeb Rhône-Alpes. Je n’avais que quelques jours pour me décider, mais le défi était trop beau, même si je savais que j’allais vivre des moments difficiles car il n’existait pas de femmes à ce poste », se souvient-elle.

 

Un plafond de verre qu’elle franchit avec succès puisqu’après la campagne qu’elle mène pour les élections, elle est élue à la majorité avec seulement 3 abstentions. Ce nouveau mandat lui ouvre un poste au conseil d’administration de la Capeb nationale. Le parcours atypique de Sabine Basili ne s’est pas fait sans grincements de dents. Et pour cause : on ne peut accéder habituellement à ce poste que par la commission des femmes d’artisans.

 

« Le choix de m’investir à la Capeb n’est pas anodin »

 

Depuis 2002, elle est donc administrateur national, seule femme membre du Bureau national entourée de 7 hommes avec le Président Patrick Liébus, élue en 2009 et vice-présidente chargée des affaires économiques depuis 2011.

 

Cependant, avec ce niveau de responsabilités encore rare pour une femme dans le secteur du bâtiment, il a fallu faire des choix. Pas toujours faciles, lorsque l’on est un acteur du développement de son entreprise, qui a compté jusqu’à 25 salariés.

 

« Mon mari m’a beaucoup aidé, explique Sabine Basili reconnaissante. Nous avons vendu en 2010 l’entreprise familiale et créé une société par actions simplifiée (SAS) où nous sommes salariés et associés aujourd’hui à 50/50. Je m’occupe toujours de l’administratif, mais de façon réduite. Nous avons aussi été obligés de nous adapter : nous travaillons davantage en groupement d’entreprises et nous développons sur d’autres marchés ».

 

Et malgré un emploi du temps chargé, partagé entre une vie parisienne et des réunions en province, toujours par monts et par vaux, elle consacre tant bien que mal le lundi à son entreprise.

 

Les hommes du bâtiment ne sont pas des « tueurs » de femmes

 

Sabine Basili ne le dira pas, par pudeur sans doute, par modestie certainement, mais elle peut être fière de son parcours, comme lorsqu’elle a présidé en 2011 les Journées de la Construction à Lyon où ont été élaborés des cahiers de tendances définissant les grandes orientations pour les entreprises artisanales du secteur ; travail de réflexion débouchant aujourd’hui sur des projets, comme le RSE et la transition énergétique.

 

Mais comment peut-on s’imposer dans un milieu masculin sans jouer des biscoteaux ? « Pas besoin, répond Sabine Basili, le sourire aux lèvres. Il s’agit plus de machisme, mais jamais de misogynie. Nos artisans sont peut-être bravaches, mais en aucun cas méchants envers les femmes, car ils n’oublient pas que leur épouse est souvent à leurs côtés dans l’entreprise. Je parlerais même de bienveillance. En tout cas, ce n’est pas un milieu de tueurs de femmes ».

 

Ouverture sur les autres

 

Pour autant,  arriver à ce niveau de responsabilités dans une organisation professionnelle patronale impose sans aucun doute des qualités, que la vice-présidente de la Capeb résume ainsi : «  Si on veut fédérer, il ne faut pas brusquer et faire des choses capables de rassembler. Il faut écouter, s’enrichir de l’expérience et de la compétence des autres, travailler ensemble et ne pas rester dans sa bulle, faire des compromis sans jamais tomber dans la compromission. Et il faut connaître ses dossiers ».

 

Cela demande de ne pas être têtu, savoir se remettre en cause et ne rien lâcher. Trois qualificatifs qui lui vont à merveille. Pour Sabine Basili, preuve en est, les femmes ont tout autant leur place que les hommes dans leurs instances syndicales.

 

« Le frein vient des femmes elles-mêmes, explique-t-elle. Car elles n’osent pas franchir le pas. Il est vrai qu’encore aujourd’hui, l’image de la femme à la maison a encore du mal à s’effacer des esprits. Qui va casser cela ? Ni les parents, ni les professeurs ».

 

Des rencontres géniales

 

Elle conseille aux femmes qui hésiteraient à s’investir, de se prendre en main et de se lancer des défis. « Allez-y parce que vous ne savez pas ce que vous ratez ». Et la vice-présidente de la Capeb sait de quoi elle parle, elle qui qualifie « son expérience de formidable, de rencontres géniales ».

 

Dans la liste des personnalités côtoyées, elle a une tendresse particulière pour Sylvia Pinel, l’ancienne ministre du Logement, qui lui a remis la Légion d’Honneur ou encore une reconnaissance envers Emmanuelle Cosse, l’actuelle ministre, qui connaît parfaitement les dossiers et qui a su rassembler l’ensemble de la filière autour de sujets d’avenir.

 

De multiples mandats

 

56 ans, mère de trois enfants (une fille de 30 ans, ingénieur conducteur de travaux dans les TP, un fils de 27 ans, ingénieur en bureau d’études fluides et un autre fils de 24 ans monteur dans le cinéma), Sabine Basili a su dépasser les préjugés envers les femmes, montrer qu’à force de volonté, il est possible de concilier responsabilité syndicale et vie personnelle, et vivre sa passion.

 

Sans parler de la reconnaissance de ses pairs qui lui vaut de multiplier les mandats. Mandats qui ont tendance à ressembler à une liste à la Prévert : présidente du Pacte (Programme d’action pour la qualité de la construction et la transition énergétique), membre du Conseil de la transition énergétique et administrateur du Plan Bâtiment Durable, membre du comité national d’orientation de la Banque Publique d’Investissement (BPI) et du Puca (Plan urbanisme construction architecture), vice-présidente de Qualibat, membre du Conseil national de l’U2P où elle préside la commission des affaires économiques et du développement durable.

 

Gageons que le parcours de Sabine Basili fasse des émules dans les conseils d’administration, où les femmes sont encore trop sous-représentées.

 

 

Source : batirama.com / Frédérique Vergne

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1 Commentaire


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Au moins on ne met pas cette personne au rang Syviegate; on sait reconnaître ce qui est. Il est vrai qu'il n'y a pas d'enjeux politiques.

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