Les difficultés économiques des entreprises du bâtiment ne se limitent plus aux seules situations de défaillance : trésoreries sous pression, coûts de production en hausse, activité encore dégradée et accès au crédit plus compliqué fragilisent une partie des artisans et entrepreneurs. Dans ce contexte, l’Association pour la gestion du régime de Garantie des créances des salariés (AGS) et la Fédération Française du Bâtiment (FFB) ont signé une convention de partenariat afin de renforcer la prévention.
L’accord, annoncé le 26 août, vise à intervenir plus en amont, avant que les difficultés ne deviennent irréversibles. Les deux organisations veulent notamment faciliter l’accès des entreprises aux dispositifs existants et améliorer leur orientation vers les interlocuteurs compétents.
Cette initiative intervient alors que la situation financière du secteur demeure tendue. Selon les dernières données de la FFB, les trésoreries des entreprises de plus de dix salariés se sont dégradées au premier trimestre 2026, tandis que les coûts de production progressaient. Sur les trois mois à fin avril, les défaillances d’entreprises dans la construction augmentaient par ailleurs de 4,6 % sur un an.
Le principe du partenariat est de rapprocher les réseaux et les expertises des deux organisations afin de permettre une intervention plus précoce. Trois axes ont été définis :
– anticiper les risques économiques propres au bâtiment ;
– Renforcer l’information et la formation des entreprises ;
– Et orienter rapidement les dirigeants vers les dispositifs susceptibles de répondre à leur situation.
L’objectif est notamment de rendre plus lisibles des dispositifs parfois mal identifiés par les chefs d’entreprise. Le partenariat doit ainsi permettre aux entreprises fragilisées d’être orientées plus rapidement vers les acteurs capables de les accompagner, et ce avant les procédures collectives.
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"Les artisans et entrepreneurs du bâtiment font face à des mutations profondes et à des tensions économiques réelles. Ce partenariat avec l’AGS renforce notre capacité collective à anticiper ces difficultés, à mieux informer nos adhérents et à les orienter vers des solutions adaptées, dans une logique de prévention et de responsabilité" indique Frédéric Carré, le président de la FFB, ici en photo. © FFB
Pour l’AGS, l’enjeu est également social. Créé en 1974, le régime intervient lorsqu’une entreprise est confrontée à une procédure collective afin de garantir le paiement des créances salariales dans les conditions prévues par la loi. En 2025, l’AGS a accompagné près de 250 000 salariés et avancé 2,23 milliards d’euros pour garantir le paiement des créances salariales. Plus de 26 000 entreprises ont été accompagnées au cours de l’année.
Le dispositif intervient donc lorsque l’entreprise est déjà engagée dans une procédure collective. Le nouveau partenariat avec la FFB se situe davantage en amont, avec l’objectif affiché de limiter autant que possible l’arrivée à ce stade. "Dans un environnement économique plus incertain, l'enjeu est d'intervenir avant que les difficultés ne s'aggravent. Ce partenariat avec la FFB permettra de mieux faire connaître les dispositifs existants, d'accompagner plus efficacement les entreprises fragilisées et de sécuriser les parcours des salariés, avec des réponses concrètes au plus près du terrain", souligne Christian Nibourel, le président de l'AGS.
La FFB estimait en juin que la production du bâtiment reculait de 1,2 % à prix constants au premier trimestre 2026 ; l’amélioration-entretien enregistrait notamment une baisse de 2,6 % sur la période. L’emploi reste également affecté : entre les premiers trimestres 2025 et 2026, le bâtiment a perdu environ 16 000 postes salariés et un peu plus de 5 000 postes intérimaires en équivalent temps plein. La hausse de l’emploi non salarié ne compense que partiellement ces pertes, avec un recul global estimé à 11 000 emplois.
La FFB estime par ailleurs que les défaillances restent à un niveau élevé. Lors de sa conférence de presse de juin, elle projetait plus de 13 000 entreprises concernées sur l’ensemble de 2026, sur la base des données disponibles pour les cinq premiers mois de l’année. Dans ce contexte, la prévention devient un enjeu concret pour les TPE et PME du secteur. Une étude publiée par l’AGS quelques jours avant l’annonce du partenariat montre d’ailleurs que 50 % des dirigeants de très petites entreprises interrogés considèrent leur entreprise en situation de fragilité ou de difficulté. Parmi eux, 19 % évoquent des difficultés importantes ou une situation critique.
Au-delà de l’accompagnement individuel, la convention prévoit également un partage accru d’informations entre l’AGS et la FFB. Les deux organisations souhaitent produire régulièrement des analyses sur la situation économique du bâtiment comme les besoins des entreprises. Ces travaux doivent notamment contribuer à mieux identifier les risques et à alimenter les réflexions des acteurs publics et professionnels sur la prévention des défaillances.
La coopération reposera enfin sur les réseaux territoriaux des deux organisations. L’objectif est de rapprocher les dispositifs des entreprises, en particulier des artisans et des petites structures qui peuvent disposer de moins de ressources internes pour identifier rapidement les solutions adaptées.
L’AGS a déjà développé plusieurs partenariats de ce type avec des acteurs économiques et institutionnels, avec une même logique de coordination autour des entreprises en difficulté. Elle a notamment signé en août une convention avec CCI France visant à renforcer la détection précoce et l’accompagnement des dirigeants de TPE et PME.
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