Après l’eau de Cologne, le bois de Cologne

18e Congrès EBH : la construction bois à Cologne. © Jonas Tophoven

Il a fallu 18 éditions consécutives de Forum Bois (EBH) pour que les murs maçonnés de cette ville meurtrie tombent et s’ouvrent au bois qui avait fait sa richesse au Moyen-âge.



Ban salon patrimoine 10/2026

La situation nationale allemande n’est pas très bonne et les statistiques – jamais très précises à cause de l’émiettement régional – tablent sur une progression de la part du bois dans un marché en régression. On a déjà connu ça avant et après le Covid, ce genre de progression régressive n’a pas empêché l’Allemagne de construire tout d’un coup nettement moins de logements en bois (14 000) que la France (20 000). Le problème étant que la filière s’était trop appuyée sur le Fertighaus (préfabrication de haute qualité) des maisons individuelles.

Les chiffres de 2025 confirment la tendance, record de "Holzbauquote" à 24,4 % des autorisations de logements mais 15 000 au total. Il faudrait ajouter les autres constructions, mais pour comparer avec la France, comment faire ? La France compte le non-résidentiel en m2, l’Allemagne en unités et la rénovation, personne ne sait trop de quoi elle est faite.

 

Cologne, le Rhin asséché fait échouer les bateaux de croisière, l'artère économique allemande est grippée par le nouveau climat. © Jonas Tophoven

 

 

Carbone

La construction bois chute moins que les autres types de construction, mais ce n’est pas à cause d’une réglementation environnementale comme à RE2020. Encore que, le marché allemand s’est familiarisé avec le CO2 à sa manière, via des aides pour des projets qui restent sous les 24 kg/m2 d’eqCO2 bâti, mais cette aide est désormais interrompue. Il reste la classe E pour les ouvrages innovants, une très bonne idée pas souvent appliquée.

 

Comment raccorder des poteaux bois et des planchers CLT avec des vis ? Réponse Eurotec. © Jonas Tophoven

 

 

Cologne et Bruxelles

En conséquence, le Forum Bois de Cologne, version 2026, ressemble fort aux précédents, autant par la fréquentation que par l’envergure des conférences. L’été catastrophique n’a pas laissé de traces dans les conférences ou dans l’offre de l’exposition. La dimension européenne, voire bruxelloise et BENELUX, semble pour l’instant suspendue. Les efforts des organisateurs se reportent logiquement sur la 30e édition du grand Forum d’Innsbruck déjà complet. Toutefois, on voit poindre un intérêt pour le calcul du carbone et même pour les matériaux biosourcés, notamment la terre crue. La construction hybride, moins présente que les années passées, cède la place à la démonstration de puissance du modulaire 3D bois.

 

La high-tech de la terre crue avec WEM. © Jonas Tophoven

 

 

Modulaires

Ces dernières années, au Forum EBH, et à Innsbruck, il était beaucoup question de constructions 3D en bois. Dans le sillage de Kaufmann au Vorarlberg, qui s’est installé à Berlin, Timpla, par le spécialiste suisse du Fertighaus Renggli, est également arrivé, tandis que Saint-Gobain prenait possession de Brüggemann avec ses deux sites de production de modules 3D et que d’autres acteurs moins impressionnant mais proches comme Derix créaient un hall dédié pour des modules qui ravissent notamment le marché néerlandais.

 

Le Professeur Hermann Kaufmann insite sur deux besoins, la main-d'oeuvre qualifiée notamment pour la rénovation, et l'optimisation des process de production. Il ne parle pas de la pluie. © Jonas Tophoven

 

Comme cela est toujours le cas avec ce segment de marché, il faut trouver du volume d’une part, et convaincre les clients de faire le moins possible du sur-mesure. Et il faut masquer leur régularité à outrance, par la façade et si possible par des courbes. À présent, il convient également d’éponger le coût de transport du "vide" des modules sur de très longues distances, en camion, avec le prix de l'essence. Pour autant, il ne semble pas que l’adage "penser 3D, construire 2D" l’emporte. La modularité se retrouve un peu partout, dans les rénovations sérielles des façades, dans les tracés qui combinent volontiers l’Elementbau (2D préfa) au Modulbau (notamment pour les salles de bains préfabriquées).

 

 

Technologies

On trouve en Allemagne plusieurs acteurs qui proposent la préfabrication du bloc-fenêtre avec appui isolé et boîte de stores en bois isolés. L’apport conceptuel allemand n’est pas très riche, il se concentre plutôt sur les outils et les solutions chimiques toujours en avance. En termes d’outils, l’arrivée du guide de vissage des longues vis est ostensible. Les Allemands, spécialistes mondiaux de la vis, déploient désormais des solutions de plus en plus impressionnantes, non seulement pour les planchers mixtes en béton sur solives, mais aussi comme jonction de poteau bois entre étages en CLT.

 

Le guide de vissage, proposé presque identique par plusieurs acteurs de la vis, permet de déployer les possibilités du visssage. © Jonas Tophoven

 

Les Suisses, les Autrichiens et les Tyroliens du Sud (Haute-Adige italienne) apportent leur lot de technologie : capteurs d’humidité chez Sihga, mais aussi chez l’Allemand Pro Clima pour d’autres fonctions.

 

 

Mercato

Les surprises comme la démarche construction bois de Knauf ou d’Egger se rapportent surtout à des sites de production allemands repris comme pour les tester. De même, dans le mercato, Brüggemann grand du modulaire en bois a quitté Saint-Gobain après quelques années de rapprochement, tandis que Fermacell quitte l’ex-groupe de l’amiante australien James Hardie, ses fonds de pension empochant une bonne plus-value dans la revente à Holcim (doublement), où Fermacell retrouvera Xella non comme subordonné mais comme sœur. Une plaque en 12 mm qui est parvenue à se faire créditer – 1,5 kg d’eqCO2/m2 à cause de son recyclage infini (gypse et cellulose). Bon à savoir en France, où l’arrêté du 19 février 2026 entrera en application en juin 2027 avec tout son encapsulage souvent émissif.

 

 

Serpentins

La problématique du chauffage intégré aux systèmes est la suivante : il faut pouvoir rafraîchir aussi, même en Allemagne, mais ce n’est pas pratique au sol à cause des risques de condensation. Restent les parois et le plafond. WEM est de ceux qui y propagent les réseaux intégrés dans des plaques de terre crue, de la haute technologie quant en France, l’enduit en terre est déjà le bout du monde. En fait, le rafraîchissement autonome et mural n’est pas encore vraiment thématisé alors que les canicules et la faible inertie de la construction bois y invitent. C’est pourtant exactement ce qu’attend la France pour le prochain Forum International Bois Construction en février 2027, avant la prochaine saison de surchauffes.

 

 

La terre crue

Il était question en Suisse de tester le comportement feu des panneaux de terre crue (avec un peu de plâtre) associés aux constructions bois mais finalement, cela n’a pas eu lieu. Pourtant, en Allemagne, Claytech a déjà testé au feu une paroi, une goutte d’eau face aux PV du plâtre. Elka dispose d’un panneau de process adapté à l’enduit en terre. Fundermax lui a emboîté le pas avec un panneau mince pré-enduit.

Autre piste, le mur porteur non stabilisé, selon une norme allemande présentée au Forum 2025 par le spécialiste Heiner Lippe. Désormais, de premiers chantiers sortent et leur intérêt est évident : porter en protégeant contre le feu et en créant un volet d’inertie protégé, le tout dans des solutions à émission négative. La maison zéro carbone se rapproche.

 

 

Si loin si proche

Cologne, 3h15 en Eurostar pour Paris, une barrière de plus en plus abyssale pour la langue (sinon l’anglais), des préoccupations sensiblement identiques avec une sensibilité plus industrielle en Allemagne. Presque des lieux communs. L’Europe de la construction bois et biosourcée existe, on la rencontre un peu partout, au salon Klimahouse italien, dans les Forums Bois qui s’étendent de l’Espagne à la Scandinavie. Mais le marché unique est pipé. Six ans que Lignotrend attend son avis technique français pour son plafond, c’est vraiment scandaleux. S’il faut faire le big bang des normes, c’est bien là qu’il conviendrait de commencer et pas en détricotant la RE2020 qui est une fierté française et permet de rester dans la course industrielle.



Source : batirama.com / Jonas Tophoven / © Jonas Tophoven

L'auteur de cet article

photo auteur Jonas TOPHOVEN
Jonas Tophoven est journaliste de la presse professionnelle de la construction et du bois en France et en Allemagne depuis 30 ans. Le thème qui lui tient particulièrement à cœur est la réduction drastique des émissions de GES dans la construction, première émettrice humaine du monde devant l'agriculture, avec un impact renforcé en France. Il a d'abord travaillé pendant 12 ans sur la construction sèche, puis depuis 15 ans sur la construction bois préfabriquée et il collabore depuis 10 ans à la programmation des quelque 150 conférences annuelles du Forum Bois Construction, congrès des acteurs de la construction biosourcée.
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