L’évaluation non destructive du bois stimule le réemploi

Le constructeur bois Pyrénées Charpente (Maître Cube) échange le 18 juin à Lourdes avec le BE Di2cb et CBS-CBT autour du réemploi du bois, de la rénovation, des diagnostics, des outils et des méthodes de mise en œuvre.

Si quelqu’un doutait encore que Jean-Luc Sandoz, l’inventeur jurassien du Sylvatest et le patron de CBS-CBT, soit le franco-suisse le plus connu dans le monde dans le secteur du bois, l’agenda de l’année 2026 ne pourra que le réaffirmer. Il écume la planète de Symposium en Colloque en Salon en Formation et on peut lui pardonner le carbone qu’il brûle car les technologies qu’il promeut sont en train de changer le marché mondial du bois dans le bon sens.

 

 

Sauver des vies

Depuis le lancement du Sylvatest dans sa première version en 1990 avec sa thèse de doctorat à l’EPFL, et de l’application spécifiques aux poteaux en bois, Luxpole, il y a plusieurs dizaines d’années, l’objectif était de conserver les ouvrages qui peuvent l’être et de sauver des vies. Les opérateurs qui grimpent sur les poteaux risquent moins de faire une chute mortelle parce que la performance mécanique est vérifiée, les galeries de soutènement des mines du Chili sont bien étayées et les anciennes structures en bois sont qualifiées et éventuellement renforcées sur place dès qu’il est possible.

 

Formation au maniement du Sylvatest. © CBS-CBT 

 

 

Fausse piste

Jean-Luc Sandoz a finalement quitté l’enseignement de l’ingénierie au plus haut niveau, parce que l’objet de sa thèse, soit la mesure des caractéristiques mécaniques du bois par la technologie non destructrice des ultra-sons, lui semblait trop utile et qu’il voulait la mettre en pratique. Et pourtant, le chercheur s’est trompé ensuite. Fidèle à son dogme "plus d’ingénierie, moins de matière", il a pensé que cette caractérisation permettrait de classifier en usine chaque élément de bois résineux en fonction de ses caractéristiques mécaniques spécifiques. C’était trop vite et trop tôt. Il y a une vingtaine d’années, il est allé jusqu’à implanter une telle ligne de qualification chez un transformateur, jusqu’au jour où il est apparu que le marché n’en voulait pas. Cela ne l’a pas empêché de développer lui-même des systèmes constructifs affinés comme si le bois était une sorte d’acier.

Parallèlement, les versions plus riches et plus pratiques des systèmes de test Sylvatest, avec Sylvatest Quattro (4e génération) et Luxpole se sont imposées sur les cinq continents, progressivement.

 

Formation d'experts indonésiens en visite au Vortex de Lausanne. © CBS-CBT 

 

 

Il faut trouver la voie

Les brevets ont conduit à la production en usine de systèmes constructifs et bientôt au développement de la mise en œuvre, grâce à laquelle la construction bois européenne s’est dotée de références qui ont stimulé le marché de la construction bois. Mais, une fois encore, il semble que l’inventeur ait pris une mauvaise direction. C’est du moins ce que suggère le rebondissement actuel de son implication, après l’arrêt partiel de l’activité de constructeur, notamment en France. Car le cœur historique du réacteur Sandoz, la technologie non destructive, décolle partout dans le monde, avec des visées complémentaires et différentes.

 

Affiche de l'événement de Lourdes. © CBS-CBT 

 

Premièrement, il s’agit de doter d’un outil professionnel et maniable l’immense marché en devenir du réemploi du bois. Pyrénées Charpente vient de briller au dernier Forum International Bois Construction avec un préau sportif bordelais (Moonwalklocal) dont 25 % de la matière structurelle est en réemploi. En Suisse, le groupe JPF utilise le Sylvatest dans le cadre de la réfection des planchers de l’établissement médico-social Les berges du Léman, afin de conserver et éventuellement de renforcer ce qui peut l’être. Les exemples se multiplient.

CBS-Lifteam a livré fin 2023 l’hôtel Hilton, une structure poteau-poutre en chêne sur cinq niveaux des anciens magasins généraux de Paris, avec une capacité de 1 000 kg/m2, expertisée par Sylvatest, qui a permis de conserver les structures bois renforcées à la résine, de façon à activer toutes les surfaces de contacts pour la descente des efforts de compression dans les poteaux sur les cinq niveaux. La conservation refaite à neuf, c’est le graal pour rallonger le stockage carbone.

 

 

L’émancipation climatique

Réemployer, c’est bien. Mais à force de parcourir le grand monde du bois, Jean-Luc Sandoz s’aperçoit que le principal atout du Sylvatest est de doter les pays émergents de la construction bois, notamment tropicaux, d’un outil qui leur permette enfin de développer un marché autonome. Moins de pillage à l’export, plus d’utilisation locale raisonnée à la place du tout béton. L’Indonésie, la Malaisie sont "accros" et commandent des dizaines d’appareils, servis par un tissu d’ingénieurs hautement qualifiés qui comprennent tout l’intérêt de cet outil d’action climatique concrète.

Les perspectives écologiques et politiques sont immenses, à l’image de ce qui se passe déjà en Guyane française, où CBS-CBT opère depuis plus de trente ans en intelligence étroite avec les acteurs locaux, et où le Sylvatest devient un outil de qualification de milliers d’essences, mais aussi de valorisation des capacités uniques des bois de construction qui, comme l’Angélique, valent bien un D 100, en cours de développement !

 

 

Le grand atténuateur

Jean-Luc Sandoz était parti bille en tête avec l’idée de trier les sciages d’épicéa entre C18 et C35, afin d’utiliser le C35 à bon escient et sans gâchis. Le voici en train de doter les pays émergents d’une arme pour utiliser du D 100, c'est-à-dire rendre le béton complètement obsolète et limiter les prélèvements de grumes tout en développant les économies locales et en améliorant la qualification des essences. Le tout pendant que le Luxpole défend les parts de marché des poteaux bois et les vies des utilisateurs pour repousser l’idée de passer en poteaux à fibres de verre, ou pire, à fibres de carbone, le non-sens écologique par excellence.

L’homme qui ne cesse, à chacune de ses apparitions publiques, d’alarmer avec beaucoup de pédagogie sur les conséquences de la catastrophe climatique, est à 65 ans l’un de ceux qui contribuent potentiellement le plus à l’atténuation du risque Carbone. Sa recette technologique, ce n’est pas l’usine à gaz des systèmes de pompage et de stockage de carbone à 1 000 euros la tonne. C’est juste la requalification d’un développement du dernier millénaire autour du bois, d’un outil de mesure non destructif qui devient un outil d’émancipation de portée mondiale pour le bois, quel qu’il soit, tropical, occidental, ou dans les monuments historiques devenus démonstrateurs de la durabilité du matériau biosourcé.

 


Source : batirama.com / Jonas Tophoven / © CBS-CBT 

↑ Allez en Haut ↑