La guerre au Moyen-Orient pulvérise les espoirs de reprise des promoteurs

Le premier trimestre 2026 s'est révélé encore pire que les précédents pour les promoteurs immobiliers, percutés par les conséquences économiques de la guerre au Moyen-Orient, indique la FPI.

Sur le papier, tous les éléments semblent enfin réunis pour relancer le marché du logement : le sujet a retrouvé une place centrale dans l’agenda politique, porté notamment par le projet de loi Relance Logement, tandis que le statut du bailleur privé, longtemps attendu par la filière, commence à produire ses premiers effets. Côté demande, le constat est tout aussi net : les Français n’ont pas tourné la page de la propriété, et l’envie d’acheter reste solidement ancrée.

Mais derrière ces feux au vert, un facteur vient bloquer toute dynamique : le conflit armé au Moyen-Orient, qui se poursuit, et continue d’alimenter la hausse des coûts de l’énergie, de peser sur les taux et d’entretenir un climat d’anxiété chez les ménages. Un verrou unique, mais suffisant pour neutraliser l’ensemble des conditions de reprise.

 

 

"Nous vivons un jour sans fin : à chaque crise, le marché du logement neuf chute à un niveau plus bas que le précédent. Pourtant, tous les leviers d’une reprise sont aujourd’hui réunis : un projet de loi Relance Logement en préparation, un statut du bailleur privé qui s’installe. Mais aucun ne pourra produire ses effets tant que durera la guerre au Moyen-Orient" explique Pascal Boulanger, le président de la FPI lors d'une conférence de presse ce 12 mai 2026. © Anne-Sandrine Di Girolamo

 

 

Un marché du neuf sous pression face à un climat économique et géopolitique tendu

Du côté de la Fédération des promoteurs immobiliers, le constat est sans appel : la guerre au Moyen-Orient agit comme un facteur aggravant sur un marché déjà fragilisé. Elle alimente les tensions sur les coûts de l’énergie, renchérit les matériaux de construction et nourrit un climat d’anxiété généralisé qui freine les décisions d’achat.

Dans ce contexte, Didier Bellier-Ganière, délégué général de la FPI, souligne que l’élan naissant observé récemment s’est totalement essoufflé : "le logement avait retrouvé sa place au sein de l'agenda politique" mais "la guerre au Moyen-Orient a brisé tout frémissement chez les acquéreurs". Le conflit "accroît les tensions sur le coût de l'énergie, sur le coût des matériaux, sur l'inflation [...] et tous ces éléments entretiennent et alimentent un climat d'anxiété" qui "ne rime pas avec envie d'achat et de logement", poursuit-il.

 

 

Des ventes en chute libre et des bailleurs sociaux sous contrainte

Les chiffres confirment cette dégradation. Au premier trimestre 2026, les réservations de logements neufs réalisées par les adhérents de la FPI chutent de 14 % sur un an, pour atteindre seulement 19 050 logements, un niveau historiquement bas. Le recul est particulièrement marqué du côté des bailleurs sociaux, dont les achats plongent de 35 %, alors qu’ils avaient jusque-là largement soutenu le marché dans la période de crise. "Les bailleurs sociaux ont joué le jeu mais ils n'ont pas des fonds propres à volonté", déplore Pascal Boulanger.

Les particuliers accédant à la propriété réduisent également leurs acquisitions, avec une baisse de 18 % sur un an. Seul l’investissement locatif affiche une progression, en hausse de 23 %, portée par un peu plus de 550 logements vendus supplémentaires. Didier Bellier-Ganière y voit "un effet du statut du bailleur privé", mais "difficile à quantifier".

Pour Pascal Boulanger, la situation demeure extrêmement préoccupante – les chiffres de début 2026 s'avèrent encore en dessous de ceux de 2025 : les mises en vente comme les réservations atteignent des niveaux jamais observés, confirmant une crise persistante du neuf. "C'est de pire en pire", se désole Pascal Boulanger. Les chiffres de logements mis en vente et de réservations n'ont "jamais étés aussi bas".

 

 

Un signal positif "atypique"

Malgré ce tableau globalement négatif, une donnée détonne, celle des permis de construire, qui enregistrent une hausse de 33 % en mars sur un mois. Une progression jugée difficile à interpréter par les professionnels du secteur. "On n'a pas d'explication totalement rationnelle", souligne le président de la FPI, pour qui "cette hausse est atypique". "Il y a toujours un bon des autorisations le mois des élections municipales, mais celui-ci est bien plus important" que précédemment, a complété Didier Bellier-Ganière.

Pour les promoteurs, ce signal isolé ne suffit pas à inverser une tendance lourde. Après trois années de crise dans la construction neuve, le secteur espérait une stabilisation. Hélas, il constate au contraire une aggravation de la situation, résumée sans détour par les professionnels eux-mêmes : "c’est de pire en pire".

 


Source : batirama.com / Laure Pophillat / © Magnific

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