Construction neuve : la reprise se confirme, les incertitudes persistent

Le bâtiment, porté par la construction de logements neufs, confirme ses prévisions de sortie de crise en 2026 mais reste prudent, notamment en raison des conflits au Moyen-Orient, ainsi que l'indique la FFB.

Porté par des mesures budgétaires favorables, le logement neuf amorce un rebond en 2026, avec une activité en nette progression. Une dynamique encourageante qui s’inscrit toutefois dans un environnement encore incertain pour l’ensemble de la filière, ainsi que le relève Olivier Salleron, le président de la FFB, lors de la conférence de presse de la Fédération Française du Bâtiment de ce mardi 17 mars 2026.

 

 

Prévisions 2026 : une reprise réévaluée à la hausse

Portée par le dynamisme persistant de l’individuel diffus, ainsi que par des mesures de soutien telles que l’allègement de la RLS et le dispositif "Jeanbrun", la filière entrevoit un redémarrage plus marqué de la promotion immobilière dès cette année. Près de 15 000 logements supplémentaires pourraient ainsi être mis en chantier par rapport aux projections établies fin 2025, portant le total à 308 000 unités en 2026. Une révision qui se traduit par une hausse attendue de la production de logements neufs de 11,2 %, contre 9,5 % initialement anticipé.

À fin janvier 2026, les mises en chantier poursuivent leur nette accélération, à + 24,5 %, portées à la fois par le segment individuel et le collectif. En revanche, les autorisations marquent un ralentissement (+ 10,1 %), pénalisées par le logement collectif (+ 5,9 %), tandis que l’individuel demeure plus dynamique, avec une progression supérieure à 15 %. Cette divergence s’explique notamment par l’évolution des ventes : en 2025, celles des promoteurs reculent de 6,9 %, quand l’individuel diffus continue de se redresser, avec une hausse d’environ 10 % sur trois mois glissants.

Le non-résidentiel neuf présente, lui aussi, des signaux contrastés. Sur la période de novembre 2025 à janvier 2026, les surfaces commencées progressent de 8,3 %, soutenues en particulier par les bâtiments administratifs (+ 32,8 %), mais aussi par l’hôtellerie, les locaux agricoles et les commerces, en hausse de 10 à 20 %. À l’inverse, les surfaces autorisées chutent de 15,3 %, affectées notamment par le recul des bâtiments industriels (- 37,3 %), des locaux agricoles (- 9,0 %) et des bureaux (- 7,8 %).

 

Dans un contexte encore marqué par les incertitudes économiques, la FFB anticipe néanmoins un rebond significatif du logement neuf en 2026, avec quelque 403 000 permis de construire délivrés et 308 000 mises en chantier attendues. Les prévisions ont été révisées à la hausse à la suite de l’adoption de la loi de finances, dont plusieurs dispositions sont jugées favorables au secteur, comme l’a souligné Olivier Salleron, ici en photo, lors de la conférence de presse. © Laure Pophillat

 

Du côté de l’activité en amélioration-entretien, la tendance s’inverse après plusieurs années de croissance : en 2025, elle recule de 1,1 % à prix constants, tant dans le logement que dans le non-résidentiel, y compris en rénovation énergétique. Entre les quatrièmes trimestres 2024 et 2025, la baisse globale de la production se poursuit (- 1,4 %), tirée par le logement (- 1,7 %), tandis que le non-résidentiel limite le repli (- 0,3 %), malgré une accélération des travaux de rénovation énergétique. Les perspectives pour le début d’année 2026 restent, quant à elles, orientées à la baisse, traduisant un climat encore incertain pour la filière.

 

 

Budget 2026 : des leviers renforcés pour soutenir le logement

Le budget 2026 consolide plusieurs leviers structurants :

– le maintien du prêt à taux zéro, élargi en 2025 ;

– La reconduction de l’enveloppe dédiée à MaPrimeRénov’, portée à 3,6 milliards d’euros ;

– L'allègement de la contribution des bailleurs sociaux au titre de la Réduction de loyer de solidarité, ramenée de 1,3 milliard à 900 millions d’euros ;

– Et, enfin, la mise en place du dispositif dit "Jeanbrun", visant à encourager l’investissement locatif privé.

 

 

Emploi et rentabilité : des signaux contrastés pour la filière

Sur le front de l’emploi, les données de la Dares et de l’Insee traduisent un ralentissement de la dégradation. Entre les quatrièmes trimestres 2024 et 2025, les effectifs salariés du bâtiment reculent de 1,2 %, soit une perte de 14 900 postes. L’intérim suit une tendance comparable, avec un repli de 2,6 % en équivalent temps plein, correspondant à 2 300 ETP en moins.

 

Au total, la filière enregistre une diminution de 17 200 emplois (hors non-salariés). Sur l’ensemble de l’année 2025, la baisse dépasse légèrement les 20 000 postes, dont environ 18 000 salariés. Pour autant, les perspectives à court terme apparaissent plus rassurantes : les dirigeants d’entreprises de plus de dix salariés expriment une relative confiance quant à la stabilité de leurs effectifs dans les mois à venir. © Freepik

 

Parallèlement, la perception de la trésorerie s’améliore au quatrième trimestre 2025, malgré des délais de paiement toujours élevés du côté de la clientèle publique. Dans ce contexte, le taux de marge opérationnelle du secteur poursuit néanmoins son érosion, en recul de 0,2 point en 2025, sous l’effet persistant du décalage entre la hausse des coûts et celle des prix.

 

 

Prévisions sous tension : l'ombre des conflits au Moyen-Orient

Le scénario retenu intègre déjà certaines tensions observées depuis l’été 2025, à commencer par la forte hausse du prix du cuivre, dont l’impact se répercute directement sur de nombreux produits du bâtiment. En France, les prix sortie d’usine des demi-produits en cuivre ont ainsi bondi de près de 40 % depuis août 2025, pesant sur les coûts de production.

En revanche, à ce stade, la FFB n’intègre pas de dégradation plus large liée aux tensions géopolitiques qui traversent le Moyen-Orient. Deux facteurs expliquent cette prudence. D’une part, aucune rupture significative d’approvisionnement n’est constatée en Europe, contrairement à la situation observée à l’issue de la crise sanitaire. D’autre part, les tensions portent essentiellement sur le pétrole et ses dérivés. Si l’enjeu est majeur à l’échelle macroéconomique, il demeure, pour le secteur du bâtiment, moins critique que celui du gaz – et donc de l’électricité –, déterminant pour la production de matériaux tels que l’acier, l’aluminium, le ciment ou encore le verre.

 

La dépendance européenne au gaz issu du golfe Persique reste limitée, tandis que les prix, bien qu’en hausse récente, demeurent très éloignés des niveaux exceptionnels atteints en 2022. © Ian Timberlake / AFP

 

Il demeure un point d’attention majeur, ce lui de l’impact indirect de ces crises sur la confiance des acteurs économiques, leurs décisions d’investissement, ainsi que sur l’évolution de l’inflation comme des conditions de financement. La remontée récente des taux obligataires, notamment en France, pourrait ainsi peser sur le marché du crédit immobilier.

Dans ce contexte encore incertain, la FFB fait le choix de ne pas intégrer ces aléas dans ses prévisions à ce stade, tout en avertissant qu’un conflit durable pourrait conduire à une révision à la baisse de ses perspectives dans les prochaines semaines. Face à ces incertitudes, le message adressé aux entreprises est sans équivoque : sécuriser les opérations passe plus que jamais par l’indexation des marchés.

 

 

2026 : le dialogue social relancé dans le bâtiment

Au-delà des perspectives de reprise, l’année 2026 marque un tournant structurant pour la filière BTP avec la relance du dialogue social au sein de la branche.

Après une année 2025 consacrée à la mise en place du cadre – publication des arrêtés de représentativité et installation des instances de négociation –, les discussions entrent désormais dans une phase opérationnelle. Un premier accord a ainsi été signé le 19 janvier, portant sur les salaires des ingénieurs et cadres du bâtiment. Dans la foulée, une nouvelle séquence de négociations s’est ouverte mi-février, avec à la clé un programme dense pour 2026 : rénovation des conventions collectives, formation, prévoyance, emploi des seniors ou encore épargne salariale.

Après plus de six années de blocage, cette reprise du dialogue social constitue une avancée notable saluée par la profession, qui y voit un levier essentiel de structuration et d’attractivité pour le secteur.

 

 

REP : une simplification actée, saluée par la FFB

La simplification en profondeur de la REP s’inscrit largement dans les orientations défendues par la FFB, rejointes par plusieurs autres organisations professionnelles. Cinq évolutions structurantes se dégagent. D’abord, le renforcement du maillage territorial des points de collecte, afin de proposer des solutions de proximité, plus accessibles et mieux adaptées aux contraintes des entreprises. Ensuite, le recentrage du dispositif sur les filières où les enjeux de massification et de recyclage restent les plus complexes, comme les plastiques, les menuiseries, les laines minérales ou encore les membranes d’étanchéité.

La réforme introduit également une meilleure visibilité sur les écocontributions, avec un délai de prévenance de neuf mois avant toute évolution des barèmes, permettant aux entreprises d’anticiper et d’intégrer ces coûts dans leurs opérations. Elle prévoit par ailleurs la création d’un fonds dédié à la lutte contre les dépôts sauvages, ainsi qu’une remise à plat de la gouvernance de la filière REP PMCB, avec un objectif clair : garantir que chaque contribution bénéficie concrètement à l’amélioration de la collecte, du recyclage et du réemploi.



Source : batirama.com / Laure Pophillat / © FFB

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