Il n’est pas du tout naturel de voir le Grand Palais accueillir ce monde de la construction marginale et engagée qui s’y est frayé un chemin du 25 au 27 février 2026.
On pourrait remonter à l’histoire contemporaine de la construction bois en France, aux pionniers, au CNDB, à tout ce qui a rendu possible deux éditions successives du Forum au Grand Palais. Ce serait une belle thèse.
Le chapitre de l’édition 15 commence par le constat que l’édition 14 a été très médiatisée sur les réseaux sociaux, à cause de la surprise du nouveau Grand Palais. L’équipe de Nvbcom prépare son premier copil avec l’envie de ne pas perdre l’effet de sa nouvelle Galerie de l’architecture bois/biosourcée du 21e siècle, une belle idée difficile à reproduire ailleurs et notamment au Centre Prouvé où la 15e édition est attendue. L’enquête de satisfaction questionne sur le maintien à Paris. Les fournisseurs poussent Paris. Le copil est tendu, les organismes nationaux de s’expriment pas, sauf FiBois qui émet ses réserves. Le choix final de Paris est mal vécu dans le Grand Est.
Comment occuper la nef du Grand Palais ? Une question qui taraude l'équipe Nvbcom depuis sept ans. © Jonas Tophoven
Tout commence par le thème
Tout commence ensuite par une brochure pour laquelle Nvbcom souhaite mettre en exergue les belles images du Forum sous la nef. Il faut un titre, un thème. Une fois de plus, ce sera le climat, avec une formule simple et nette : "Face au climat". En filigrane, la poussée, au premier semestre 2025, de la notion d’adaptation, parfois contre l'atténuation. Comment pourtant s’adapter à une évolution débridée ? Comment croire que la courbe pourra être inversée ? Face au climat, c’est le thème de la perplexité, mais il doit être nourri par la pratique constructive. La période des effets d’annonce gouvernementaux semble révolue, la RE2020 est en révision, il convient de se concentrer sur les instances locales qui seront renouvelées peu après le Forum pour une mandature qui mène droit à 2030. Les élus sont en campagne mais les agents territoriaux spécialisés dans le bâtiment, ceux qui resteront, n’ont pas grand-chose à faire à trois semaines des élections. Comment les capter ? En été, Construction 21 organise à l’Assemblée un colloque sur l’adaptation qui montre la voie, avec des personnalités municipales. Parallèlement, la Frugalité publie son Journal des Possibles et annonce sa présence au Salon des Maires.
Les petites villes du futur
Le premier Frugatour organisé par la Frugalité à Muttersholtz, les réflexions de Simon Teyssou pour revitaliser les centres de bourg et la création d’un premier Make Ici rural, à Lormes, attirent l’attention sur les petites villes où de grands architectes font de grandes choses. C’est le bon complément des nécessaires développements dans la capitale, qui d’ailleurs n’est pas très prolixe et mérite qu’on se tourne vers le Grand Paris.
Ainsi se profile, en complément, un troisième atelier sur les métropoles, servi par Lille et son gymnase Saint-Sauveur, et Bordeaux avec son préau sportif. Si l’on ajoute la 9e édition de l’atelier dédié aux bailleurs, on couvre presque une journée dédiée aux collectivités locales. Un complément est apporté par un atelier sur l’ingénierie bois territoriale, par l’association IBC.
L’enjeu global de cette première journée est de présenter les réalisations en faisant venir les donneurs d’ordre public, d’une part pour les sensibiliser au Forum, et d’autre part pour les inciter, par leur modèle, à aller plus loin d’ici 2030. Un auditorium C est créé sous la mezzanine, en principe pour des conférences avec casque, afin de compléter la journée par des ateliers développés avec des partenaires (Hors-Site, urbanistes, Ekopolis, RFCP…). Un atelier de synthèse autour du Hors-site, du carbone et de l’architecture, de même qu’un atelier parallèle sur les émergences du Forum, crée le lien vers le vernissage de la Galerie de l’architecture bois/biosourcé du 21e siècle.
Le Mur du Climat opère en imbrication avec l'Atelier B9 sur les JOP 2030, et sur le thème général : "Face au Climat". © Jonas Tophoven
Journée technique
Après cette première journée orientée vers la maîtrise d’ouvrage, la seconde constitue logiquement le cœur du Forum avec ce qui devient une "journée technique" centrée sur la matinée technique et, l’après-midi, l’incontournable Atelier incendie.
L’Atelier incendie dialogue avec l’Atelier sur les ouvrages hauts en bois (possibles ailleurs en Europe), qui dispose en miroir d’un Atelier sur la densification pavillonnaire, lui-même en dialogue avec le marché émergent des lieux de travail en bois. Ce dispositif déplace l’idée initiale de placer au cœur de la journée la confrontation du carbone avec l’adaptation et la biodiversité, afin de rebondir sur des concepts à la mode. L’approche choisie est cependant, là aussi, centrée sur la pratique de la filière, avec des sous-thèmes choisis : l’adapatation par le choix du bois de crise ou bois du climat, et par le ré-usage ; la biodiversité par la construction en essences feuillues secondaires, et par la plantation. Personne n’avait envisagé les choses ainsi.
S’insèrent finalement deux demandes de la FNB, une matinée du contreplaqué il est vrai réorientée vers les thèmes du Forum, et un Atelier Réemploi qui tombe juste après une refonte de la REP BTP pour le bois. Afin de concentrer les événements proches de l’esprit du Forum à Paris, la part parisienne de la manifestation Osez Faire Frugal est admise comme véritable Off du Forum en fin de journée, en parallèle avec la séance des prix élargie aux Prix de la construction chanvre.
Mieux-être
Restait la troisième journée, souvent moins fréquentée, et où l’on place les meilleurs Ateliers. Après une journée technique et militante, il semblait bon de finir sur quelque chose de positif, et le choix s’est porté sur le mieux-être en s’appuyant sur le thème majeur du bois hospitalier enfin concret, la certification passive, les nouvelles approches pédagogiques scolaires.
Parallèlement, le vendredi concentre une approche internationale avec les Vents du Globe, consacré aux DROM-COM, et l’atelier sur l’exposition universelle, ainsi que le lancement des ateliers dédiés aux JOP de 2030. L’après-midi, l’ouverture au grand public devient une constante de la programmation.
Fin de la première Journée du Forum, le 25 février, grand moment de l'Atelier A3, présentation des émergences en Auditorium C. © Jonas Tophoven
Brassage total
Petit à petit, la Tribune des Innovations a été intégrée comme complément des auditoriums, tandis que les émergences se multipliaient et que les réglementations (réemploi, RE2020, incendie) évoluaient. D’emblée, dès l’été, la programmation avait scruté les réalisations proposées par les agences exposant à la galerie, souvent non soumises en appel à projet et pourtant intéressantes. De sorte que le Forum ne se caractérise désormais pas seulement par le grand brassage des professionnels entre Galerie, conférences, expositions, tribunes et émergences, mais aussi par cette imbrication thématique touffue qui dispose tout de même de quelques repères :
– le thème du Forum ;
– Le thème des journées ;
– Le thème des ateliers ;
– Et l’orientation des ateliers vers le concret.
Une orchestration rigoureuse
On voit désormais les organismes prendre le pas avec IBC, la FNB, l’UMB, l’UIPP, en plus des partenaires Hors-site, RFCP, La Maison du passif. C’est un apprentissage long, visant à structurer les ateliers, à éviter la langue de bois et les passages de micro mous, le manque d’interaction avec la salle, le manque de précision, soit toutes les maladies infantiles traversés par le Forum en 15 ans d’existence. Désormais, les présentations de projets cadrent quasiment toutes avec le temps imparti, à la minute près. Les modérateurs adoptent le rythme de 2h15 + 5 min qui permet de créer des ateliers de référence type sur des sujets précis, accessible sur les médias. Ainsi, Lieux de travail, Densification pavillonnaire, Les petites villes du futur, Le bois hospitalier, les nouvelles approches scolaires etc. sont des jalons, des marqueurs de l’état de l’art.
Interrogations
Il apparaît que le Forum s’appuie sur quatre pieds : les visites, les conférences, les émergences et la Galerie désormais indissociable. Le rythme de quatre journées semble acquis, une pour les visites, une pour la maîtrise d’ouvrage, une pour le cœur technique et une qui devrait s’ouvrir plus largement au grand public. Le Quadrilogue, tout comme la Galerie de l’architecture, apporte quelque chose de novateur. C’est là que doit battre le pouls du Forum à l’avenir, avec des pitchs sur l’innovation, mais aussi des conférences de presse, des ateliers collaboratifs.
Source : batirama.com / Jonas Tophoven / © Jonas Tophoven