Les Awards de la construction en chanvre reflètent cette année encore la variété des possibilités offertes par le matériau chanvre dans la construction neuve et la rénovation.
La moisson de 2026 est appréciable : sur 30 dossiers déposés auprès de Construire en chanvre, 18 ont été présélectionnés, parmi lesquels le jury (dont Batirama était partie prenante) a retenu cinq projets remarquables, lauréats dans des catégories nouvellement créées afin de mieux rendre compte de la diversité des candidatures.
Des critères d’évaluation stricts…
La tâche était ardue, tant les réalisations en compétition présentaient d’intérêt. Pour départager les concurrents, de nombreux aspects ont été pris en compte. Les caractéristiques propres au chantier :
– qualité architecturale, intégration paysagère, esthétique globale ;
– Mise en œuvre du chanvre, performances énergétiques et environnementales, durabilité ;
– Originalité de la démarche, solutions techniques innovantes, reproductibilité.
Le contexte global compte aussi :
– retombées territoriales, impact social et économique, potentiel de démonstration ;
– Cohérence du projet, perspectives d'évolution et engagement des acteurs.
… Mais une ambiance détendue
Nathalie Fichaux, directrice d’Interchanvre et administratrice de Construire en chanvre souligne que pour "cette édition, les projets ont été classés par typologie de bâtiments : habitat individuel, logements sociaux collectifs, bâtiments tertiaires et ERP. Ils devaient aussi être réalisés par des professionnels formés aux règles professionnelles par Construire en chanvre". Si plusieurs projets atypiques ont attiré l’attention du jury, ont été distinguées les opérations contenant une part significative de chanvre et dont les techniques mises en oeuvre sont susceptibles d’être répliquées à grande échelle sur des typologies de bâtiments variées.
Architectes, maîtres d’ouvrage, bureaux d’étude et entreprises de pose : les lauréats rassemblés dans l’auditorium du Grand Palais. © EJH
Tertiaire : quand le neuf s’intègre parfaitement à l’ancien
Dans la catégorie bâtiment tertiaire, a été distinguée l’extension du siège social du Cèdre, à Paray-le-Monial (71), un bâtiment situé en zone classée ABF, en cœur de ville.
Ce bâtiment de 1 200 m2 répartis sur 3 niveaux reprend les codes visuels du bâtiment existant, un ancien haras. © Julie Herrgott
Les murs périphériques ont été préfabriqués par Wall’up. L’ossature (en bois scié localement) reçoit un panneau de contreventement Fermacell sur lequel est coulé du béton de chanvre, fini à l’extérieur par un gobetis chaux (la face intérieure est habillée en Douglas). Grâce aux performances de la chènevotte, les murs de ce bâtiment passif ne font que 30 cm d’épaisseur.
Le bâtiment profite de l’inertie de ses murs de refends intérieurs, en pierre de Bourgogne massive de 30 cm d’épaisseur. Le toit est isolé en chanvre (dans des caissons). L’enveloppe laisse le chanvre exprimer sa capacité de perspirance, pour une hygrométrie des espaces bien régulée et confortable. Le confort acoustique est exceptionnel.
Les filières locales ont été valorisées au maximum :
– moyens et savoirs d’entreprises du territoire, de la matière première jusqu’à l’artisan sur chantier ;
– utilisation de matériaux biosourcés et géosourcés à faible distance du site (bois local massif de résineux et feuillus, pierre naturelle massive de Bourgogne, béton de chanvre et bottes de paille agricoles).
Par ailleurs, 77 tonnes de matériaux de réemploi, en structure, en second œuvre et en finitions. L’association de l’architecte, des bureaux d’études écoconception, structure et réemploi, du charpentier, du fabricant des murs ossature bois / béton de chanvre et du bureau de contrôle. Et la concertation des artisans lors de la conception, ont permis d’anticiper les difficultés techniques et d’optimiser le chantier.
L’architecte Julie Herrgott est entourée de l’équipe ayant œuvré à cette très esthétique opération. © EJH
Lauréat logements collectifs : le Petit Musc, à Paris
Dans un contexte ultra-contraint sur les plans règlementaires et urbains, ce projet a traité la réhabilitation d’un bâtiment existant (R+1 de 1932) et sa surélévation de trois niveaux comme un tout qui respecte "l’écosystème" fragile d’une cour parisienne et ses codes : toiture en zinc, grandes fenêtres verticales, modénatures de façade.
Huit logements sociaux confortables au cœur du Marais. ©
93 m3 de chanvre ont été utilisés pour la surélévation, réalisée en ossature bois et isolée par 35 cm de béton de chanvre projeté par l'extérieur sur panneau de Fermacell. La finition extérieure est un enduit chaux-sable. Et pour la partie existante, isolée par l'intérieur grâce à 15 cm de béton de chanvre projeté sur une ossature bois avec une finition intérieure en Fermacell.
La Mairie de Paris l’assure : les locataires sont très satisfaits du confort obtenu. Ce maître d’ouvrage très engagé réalise l’ensemble des réhabilitations de ce type en matériaux biosourcés et a recours de plus en plus souvent au chanvre.
Très fiers de cette réalisation certifiée Biosourcé niveau 3, dans laquelle ils se sont beaucoup investis : Nicolas Gaudard (Mir architectes) et ses partenaires, dont l’entreprise de pose SMB. © EJH
Logements collectifs : un ensemble innovant à Nantes
Voie prometteuse pour construire vite et bien à grande échelle, en maîtrisant de nombreux paramètres, la préfabrication est là encore mise en avant, dans cet ensemble immobilier de 81 logements caractérisé par une écriture architecturale subtile et innovante.
L’esthétique des façades, où alternent de grandes baies et des trumeaux courbes en béton de chanvre qui mettent en valeur la qualité et l’intérêt de l’enduit à la chaux. Les niveaux sont soulignés par une corniche qui permet aussi de gérer les problématiques d’eau et d’incendie. ©
La construction de nombreux bâtiments transforme l’ancienne caserne Mellinet, située au cœur de la ville de Nantes en un nouveau quartier divisé en six "hameaux". L’un d'eux assure la transition entre les maisons de la ville ancienne et le cœur de la caserne et ses bâtiments cossus. Situé dans cette zone limitrophe, le projet de 81 logements répartis en cinq bâtiment de hauteurs variables, devait aussi dialoguer avec les arbres remarquables du mail. Un travail approfondi a été réalisé sur les variations volumétriques pour éviter un effet de masse et offrir des vues dégagées. L’ensemble, avec sa structure bois et ses façades minérales en béton de chanvre enduites, prolonge l'identité du faubourg dans le nouveau quartier, tout en renvoyant à l’architecture des bâtiments de casernement conservés.
450 modules chanvre ont été préfabriqués dans les ateliers de Wall’up, puis transportés et assemblés à la structure bois par les charpentiers d'ACDF et enfin enduits à la chaux.
Une équipe soudée autour d’un projet qui a nécessité plus de quatre ans d'études et deux ans et demi de chantier. L’Atelier d’Architecture Ramdam et Palast rend hommage à l’engagement de la ville de Nantes. © EJH
Prix ERP pour l’hôtel-restaurant de la Fontaine aux Bretons
Le projet de rénovation et extension de cet hôtel-restaurant de Pornic (4 450 m2) s'inscrit dans la philosophie du lieu, un éco-domaine comptant un restaurant cuisinant des produits du domaine, un hôtel 4 étoiles de 43 chambres et un parc paysager. L'établissement est un ERP de 3e catégorie.
Le parti architectural met en valeur en façades et à l’intérieur le patrimoine du domaine, tout en mettant le biosourcé à l’honneur pour le confort des visiteurs, une première pour un établissement de cette envergure. ©
Le chantier a été mené en site occupé (sauf trois semaines) : l'enveloppe de l'extension hôtelière a été réalisée en façades à ossature bois isolées en béton de chanvre projeté et doublées par l'intérieur en laine de chanvre/coton/lin. 124 m et 1 089 m3 de laine de chanvre/coton/lin ont permis d’isoler les toitures, les cloisons et de réaliser les doublages (chènevotte et laine de chanvre/coton/lin proviennent du département limitrophe de Vendée).
Margaux Pétillon et Quentin Pichon, de l’agence d’architecture CanIA. © EJH
Rénovation lourde d’une maison typique lorientaise
Le prix de la maison individuelle a été attribué à un chantier modeste mais vertueux à bien des égards : il a permis d’expérimenter la mise en œuvre du chanvre sur un bâti existant de 1958 représentatif de la reconstruction d’après-guerre, démontrant la pertinence de ce matériau dans le cadre de la rénovation, y compris au-delà du bâti ancien antérieur à 1948.
Développant 95 m2 sur deux niveaux, la maison a intégré 25 m3 de chanvre sous toutes les formes possibles (une prouesse dont le coût est inférieur à 1000 €/m2). ©
Les murs périphériques en parpaing ont été doublés d’une épaisseur de 13 cm de béton de chanvre au rez-de-chaussée et en terre-chanvre à l’étage. Les cloisons ont reçu de la laine de chanvre pour l’isolation acoustique et thermique. Les combles perdus ont été isolés par un remplissage en béton de chanvre sur 40 cm d’épaisseur entre les solives existantes. Une séparation légère a été réalisée entre cuisine et séjour par un rideau en chanvre.
Mathis Rager, architecte et formateur PRO-chanvre, s’est fait maître d’ouvrage, un peu maître d’œuvre mais surtout auto-constructeur ! © EJH
Ce chantier démonstrateur a également permis d’ouvrir le site au grand public comme de contribuer à l’implantation durable des formations PRO-chanvre en région Bretagne, avec pour objectif de fédérer de nouveaux acteurs et de recruter de futurs stagiaires autour de ces pratiques écologiques.
Un prix spécial pour deux maisons superposées, à Montreuil
Le charme insolite de cette opération atypique pourrait faire école : il s’agit en quelque sorte d’une micro-densification dans l’est parisien.
Ces deux maisons superposées mais individuelles forment un ensemble de 7 m de large et de 6 étages de haut (7 niveaux s’imbriquent) ! L'ensemble développe une surface de 270 m2 environ, sur une emprise bâtie restée proche de la maison originale. ©
Sur une parcelle toute en longueur, coincée entre deux immeubles de logement à R+4/5, il a été conservé trois murs de la maison d’origine. L’architecture fait tout le charme du bâtiment : fluidité spatiale, ouverture des espaces sur l'extérieur avec espaces traversants et terrasses, contraste entre zones à 2 m 40 sous plafond et espaces de vie profitant de doubles hauteurs. Cette structure modulaire mixte donne la part belle au bois, visibles partout (même la dalle, en bois massif, est formée de madriers assemblés par un systèmes de rainures languettes). Le béton est uniquement utilisé en plancher bas et fondations. Le bardage bois, très présent en extérieur, est décliné également en intérieur, en garde-corps ou en habillage de cloisons pour accentuer encore la perméabilité spatiale entre intérieur et extérieur.
La structure reste apparente : poteaux bois, poutres et tirants de contreventement en acier, sous-faces de plancher en bois massif (tous les éléments ont été manuportés).
Avec ce projet, l’architecte Mariano Efron (Architecturestudio), propriétaire de l’une des maisons, et Laurent Mouly, du BE structure-thermique et exécution, ont partagé une expérience unique. © EJH
Du chanvre, du sol au plafond
Le béton de chanvre a été choisi pour ses qualités de régulateur hygrothermique, son inertie et sa relative légèreté, sa simplicité de mise en œuvre et les finitions qu'il autorise (87 m3 utilisés). Il est présent sur toute l'enveloppe, jusqu'en haut, y compris en murs mitoyens, en banché, en projeté, en doublage des murs existants. Il a été paré d'un bardage bois ou d'un enduit chaux-sable côté jardin et recouvert d'un enduit chaux-chanvre, qui donne à voir la chènevotte.
Utilisé en épaisseur de 24 cm, le béton de chanvre suffit à isoler et impacter positivement l'atmosphère de la maison. Il limite la surchauffe estivale.
Le béton de chanvre projeté, une technique qui s'installe. Ici, Gérard Lenain, un projeteur expérimenté, en action sur le chantier de la maison lorientaise. © AMBS
Source : batirama.com / Emmanuelle Jeanson / © EJH