Éco-matériaux : le bâtiment peut-il devenir une véritable "banque de carbone" ?

Quinze organisations lancent l’Alliance éco-matériaux pour accélérer l’usage du bois, du chanvre, de la paille ou de la terre dans la construction et la rénovation. L'objectif ? Décarboner massivement le bâtiment.

Face à l’urgence climatique et à l’accélération exigée par la trajectoire bas carbone française, quinze organisations du secteur du bâtiment unissent leurs forces au sein de l’Alliance éco-matériaux. Leur objectif : faire changer d’échelle les filières biosourcées et géosourcées, encore marginales, mais déjà opérationnelles. Au-delà de la réduction des émissions, ces matériaux peu transformés promettent pléthore de bénéfices – sanitaires, économiques et territoriaux.

 

 

Le bâtiment, levier de la trajectoire bas carbone

Dix ans après l’Accord de Paris, la perspective de contenir le réchauffement sous les + 2 °C s’éloigne. Pour autant, éviter une trajectoire à + 4 °C d’ici 2100 demeure possible – et indispensable pour contenir les coûts humains et financiers de l’adaptation.

Avec la publication en décembre 2025 du projet de Stratégie nationale bas carbone 3 (SNBC 3), l’État fixe un cap ambitieux : réduire les émissions de gaz à effet de serre de 5 % par an d’ici 2030, contre 2 % en moyenne entre 2017 et 2024. Cette accélération impose de mobiliser en priorité les secteurs les plus émetteurs comme les plus immédiatement transformables ... dont le bâtiment, responsable de 23 % des émissions nationales. Les solutions techniques existent : elles permettent de construire, rénover et exploiter des bâtiments bas carbone sans bouleverser les modes de vie.

 

Et pendant ce temps, le puits de carbone forestier français s’affaiblit sous l’effet du dépérissement des arbres et de la multiplication des incendies. La SNBC prévoit donc de renforcer le stockage de carbone dans les produits bois et biosourcés, notamment via les matériaux de construction. Le bâti peut devenir un outil de séquestration durable. © Freepik

 

 

Construire, rénover et stocker : des solutions déjà disponibles

La priorité reste la rénovation énergétique, levier majeur pour réduire les consommations de chauffage et de rafraîchissement. Mais l’empreinte carbone d’un bâtiment dépend aussi du choix des matériaux : elle peut varier de un à dix selon les solutions constructives retenues. Bois, chanvre, paille, terre : ces matériaux renouvelables, bruts ou peu transformés, n’impliquent ni ressources fossiles ni procédés énergivores. Leur particularité est double : ils émettent peu de carbone et en stockent durablement. Le carbone capté par les plantes pendant leur croissance est ainsi immobilisé dans le bâti pour plusieurs décennies – parfois des siècles, comme en témoignent les charpentes médiévales.

Les scénarios prospectifs de l’ADEME soulignent ce potentiel : là où certains misent sur des technologies futures et incertaines de captage carbone, d’autres démontrent qu’une neutralité carbone est atteignable en mobilisant dès aujourd’hui des solutions éprouvées. Le bâtiment peut ainsi devenir une véritable "banque de carbone".

 

 

 

Une opportunité industrielle et territoriale

 

Un moteur de développement local

Les éco-matériaux représentent également une source tangible de développement économique, notamment pour les territoires ruraux. L’exemple du Parc naturel régional du Gâtinais, au sud de l’Île-de-France, l'illustre parfaitement. La relance d’une filière chanvre, initialement motivée par la protection des nappes phréatiques, a permis de structurer une chaîne de valeur complète :

– culture en rotation régénérant les sols, sans intrants et avec très peu d’eau ;

– Création d’un outil industriel produisant des matériaux pour le textile et la construction ;

– Montée en compétence des artisans locaux dans la mise en œuvre du béton, des enduits et de la laine de chanvre.

 

Au-delà de ce cas, les matériaux biosourcés et géosourcés – majoritairement produits en France – soutiennent l’emploi local, renforcent la souveraineté industrielle et contribuent à la relocalisation des filières. © Rénovéa

 

Des bénéfices sanitaires et climatiques

Leurs qualités hygrothermiques les rendent particulièrement adaptés à la rénovation du bâti ancien, en limitant l’humidité et les moisissures, préjudiciables à la santé comme à la durabilité des constructions. Leur capacité de déphasage thermique améliore également le confort d’été, en retardant le réchauffement intérieur lors des vagues de chaleur, appelées à se multiplier.

 

 

L’Alliance éco-matériaux : structurer, fédérer, convaincre

Quinze structures représentatives du secteur ont décidé d’unir leurs expertises pour accélérer le développement des éco-matériaux et contribuer à la transition écologique, sociale et sanitaire du bâtiment. As Terre est l’Association nationale des professionnel?les de la Terre crue. S’y ajoutent l’AICB, association des Industriels des matériaux de construction biosourcés, et le Cluster Robin.s, dédié à la Construction Bois & Biosourcés en Bourgogne-Franche-Comté. Le Conseil National de l’Ordre des Architectes, Construire en chanvre, et Echobat, réseau d’acteurs économiques impliqués dans l’écoconstruction solidaire, participent également.

La Fédération Ecoconstruire, fédération des organismes de formation en éco-construction, et Ekopolis, pôle de ressources francilien pour le bâtiment et l’aménagement durables, complètent ce collectif, tout comme Fédécomat, fédération des négociants en éco-matériaux. Fibois France, réseau des interprofessions régionales de la filière forêt bois, et France Bois Forêt, interprofession nationale de la filière bois-forêt, s’y impliquent également.

Le Mouvement pour une Frugalité heureuse et créatif, le Réseau Français de la Construction Paille, Permabita et Interchanvre participent enfin à ce rassemblement d’acteurs engagés dans le développement et la promotion des éco-matériaux.

L’Alliance poursuit plusieurs ambitions. Elle cherche à fédérer les acteurs partageant une vision exigeante des éco-matériaux comme à soutenir des pratiques professionnelles favorisant des bâtiments durables, sains et accessibles. Elle vise également à renforcer les filières capables de créer de la valeur, de l’emploi et des compétences, tout en portant une parole crédible, fondée sur l’expérience de terrain. Enfin, elle souhaite interpeller les pouvoirs publics sur le rôle structurant des éco-matériaux pour les territoires.

L’Alliance sera officiellement lancée lors du Forum International Bois Construction.



Source : batirama.com / Laure Pophillat / © Freepik

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