Au Domaine de Dienné près de Poitiers, l’Association Ingénierie Bois Construction a couplé son AG statutaire avec un programme de conférences à la hauteur du 25e anniversaire de l’association.
La force de la construction bois française se mesure à la santé d’associations comme IBC, qui regroupe les ingénieurs conseils libéraux spécialisés dans les calculs de structure bois. 70 structures dont la taille varie de la mono-entreprise à quelques dizaines d’employés.
Depuis l’arrivée du 4e président, Gaëtan Genès, en 2023, l’association a franchi le pas et s’est dotée d’une déléguée générale, l’ingénieure Florence Grandchamp, permettant notamment de commémorer dans de bonnes conditions le 25e anniversaire de l’association. Il n’y a pas d’équivalent en Europe.
L'ingénierie du Bâtiment potentillement très impactée par l'IA. © Jonas Tophoven
Un programme commémoratif complet
Au programme du jeudi 24 septembre, il y avait un animateur, Antoine Lebeau, un programme de 5 heures couronné par une longue conférence d’Arthur Keller sur ce qui nous attend, précédé d’une présentation représentative de cins membres – QSB, VIMEN, Etic Bois, Arborescence et BA Bois –, puis d’une comparaison entre les façons de travailler en Europe, avant d’aborder le thème désormais incontournable de l’IA.
Dix thèmes concrets et actuels sont abordés le lendemain en petits groupes collaboratifs.
Du bon travail : Gaëtan Genès et Florence Grandchamp. © Jonas Tophoven
Présence des fondateurs
Dans un lieu de vacances centré sur le bois et donc symboliquement chargé tout comme son centrage géographique, le programme commémoratif ouvert aux confrères (Expert Bois, France Bois Forêt, FCBA, représentants de l’industrie, presse…) masquait presque le côté émouvant d’une profession dont les acteurs majeurs sont encore là : l’Autrichien Michael Flach (fondateur d’Arborescence) toujours actif au Bhoutan, et Dominique Calvi qui joue un peu, en France, le rôle de fondateur que Julius Natterer a exercé pour toute la profession des ingénieurs structure d’Europe, puis les trois présidents successifs (Dominique Calvi, Yves-Marie Ligot, Sylvain Rochet et Gaëtan Genès), tous rassemblés pour souffler les bougies du gâteau d’anniversaire. Un moment fort.
Arthur Keller explique la rupure systémique en cours. © Jonas Tophoven
L’ingénierie féminisée
La mémoire de la profession était aussi personnifiée par la présence du fondateur du cabinet breton QSB et d’autres têtes chauves bien pleines des projets qui ont fait la construction bois en France ces 25 dernières années. En contrepartie, l’assemblée témoignait de la présence des jeunes et des femmes. Le fournisseur MITEK, présent, relate que ses deux dernières embauches sont des femmes formées à l’ENSTIB. La famille IBC est bien orientée.
Quatre présidents. © Jonas Tophoven
Passé et avenir
Il était donc possible de retracer, pour les jeunes, les débuts hésitants et l’évolution des moyens, de remonter aux sources de la profession, quand on calculait sans logiciels. Au mur, des images évoquaient les réalisations qui on été les jalons de la profession. Mais plutôt que de revenir sur les étapes techniques précises de cette histoire, comme l’Allianz Arena de Nice ou la reconstruction de la charpente de Notre-Dame de Paris, IBC a préféré regarder de l’avant. Premièrement, en se confrontant à l’IA, un outil qui pourrait aussi devenir un remplaçant. L’utilisation de l’IA progresse et l’on constate que les ingénieurs aiment lui déléguer des tâches administratives et pas le cœur de leur activité.
Quatre présidents. © Jonas Tophoven
Développer des agents IA
IBC résistera-t-il à l’IA ? IBC deviendra-t-il IABC ? Le jubilee aura-t-il lieu entre humains ou entre robots ? Les débats pointent une forme de contradiction entre une activité technique centrée sur les matériaux biosourcés et une technologique puissamment destructive de l’environnement. Boutade de Dominique Calvi : les "possibilités actuelles de calcul se sont démultipliées à l’infini, mais parallèlement, la réglementation est devenue si complexe que l’on a effectivement besoin de l’IA pour s’y retrouver". Actuellement, l’IA en est pour la profession à la phase de développements d’agents, et pour certains, gérer les agents procure le même plaisir professionnel que de manier la dernière génération de Cadwork.
Des bougies et du souffle. © Jonas Tophoven
Rupture systémique
On dirait cependant que les 25 prochaines années d’IBC ne seront pas un long fleuve tranquille. En deux heures pleines, Arthur Keller, spécialiste des risques systémiques et des stratégies de résilience, ajoute cette audience de 200 personnes à sa liste de quelque 100 000 déjà sensibilisés à la rupture systémique en cours. Il faut se réveiller maintenant, demande le collapsologue, en préconisant une méthode, tout en insistant sur l’importance de l’alimentation sans viande et de la construction biogéosourcée. Un discours pas encore en phase avec le cocktail dînatoire mais pour ce qui est de la construction, Arthur Keller prêche des convaincus.
Pour la nature humaine
Les perspectives évoquées par l’imminence d’une rupture systémique n’ont pas plombé l’humeur d’ingénieurs pour qui l’AG annuel est une bouffée d’oxygène permettant de rompre souvent une certaine solitude de travail pour se retrouver dans quelque chose qui ressemble à une grande réunion familiale.
Quand à l’écroulement en cours, une profession qui sait comment construire quand même avec des matériaux encore localement disponibles, a de beaux jours devant elle.
Source : batirama.com / Jonas Tophoven / © Jonas Tophoven