Comment ce chai de 44 mètres de diamètre a relevé le défi du bois-paille

Dans l’Allier, le nouveau chai du Domaine Nebout combine conception BIM, matériaux biosourcés et façade circulaire en bois-paille. Un projet exemplaire de construction biosourcée.

À Saint-Pourçain-sur-Sioule (Allier), un bâtiment de 1 800 m. Livré en novembre 2025 pour le Domaine Nebout, ce nouveau chai viticole associe structure bois, isolation en paille, pierre massive et conception numérique collaborative autour d’un objectif clair : réduire l’empreinte carbone sans sacrifier les performances techniques ni la maîtrise économique du projet.

 

 

Conçu par Charles Coulanjon, fondateur de l’agence Alice Architecture, l’édifice accueille les activités de production et de vente des vins biologiques du domaine, mais également un magasin de produits locaux et une salle polyvalente pouvant recevoir jusqu’à 150 personnes. © Spurgin-ActivHome

 

Derrière son architecture inspirée de la silhouette d’un verre à vin se cache surtout une démonstration grandeur nature des possibilités offertes par la construction bois-paille à grande échelle.

 

 

Quand le BIM devient un outil de construction collective

Le projet est né d’un investissement de 1,8 M€ porté par les propriétaires du Domaine Nebout avec l’accompagnement de l’association Territoire Viticole du Massif Central (TVMC). Dès les premières esquisses, le choix a été fait de s’appuyer sur une démarche collaborative associant maître d’ouvrage, architecte, bureaux d’études et entreprises autour d’une maquette numérique commune. Pour Charles Coulanjon, cette approche a profondément modifié la trajectoire du projet. "La mutualisation des compétences dès le début apporte une plus-value énorme dans l’optimisation des coûts. À l’origine, le projet se limitait à un bâtiment rectangulaire en bardage. Aujourd’hui, à budget équivalent, nous avons pu répondre à la totalité des besoins du client" explique-t-il.

L’architecte reconnaît que plusieurs sujets techniques ont animé les échanges durant la phase de conception, notamment la gestion des renforts structurels dans les zones les plus hautes du bâtiment ou encore la réalisation de façades courbes à partir d’éléments préfabriqués. "La co-ingénierie collaborative a permis de trouver des solutions rassurantes pour chaque intervenant et garantir un coût maîtrisé" précise-t-il, une démarche ayant notamment permis de concrétiser une enveloppe largement biosourcée tout en conservant une logique économique compatible avec les contraintes d’un bâtiment agricole et événementiel.

 

 

Une enveloppe bois-paille conçue pour le confort d’été

Dès l’origine, Charles Coulanjon souhaitait limiter autant que possible le recours au béton.

 

Dès la conception, Charles Coulanjon, ici en photo, a cherché à réduire au maximum l’empreinte carbone du bâtiment en privilégiant les matériaux biosourcés et en cantonnant le béton à ses fonctions essentielles. © Julien Pépinot

 

Le béton est ainsi cantonné aux fondations et au dallage, tandis que l’essentiel de l’enveloppe repose sur des murs à ossature bois remplis de bottes de paille. Au total, le projet mobilise 871 m2 de murs bois-paille Activ’Home disposés sur une façade circulaire de 44 mètres de diamètre. Pour les propriétaires du domaine, ce choix s’inscrit dans une logique globale de cohérence environnementale, comme ils l'expliquent : "nous voulions un lieu chaleureux, fonctionnel et cohérent avec notre métier de vigneron. Quand nous avons imaginé ce nouveau bâtiment, nous voulions qu’il ressemble à notre façon de travailler la vigne : quelque chose de durable, de vivant et ancré dans notre territoire".

 

Si l’idée initiale consistait à valoriser la paille produite directement sur l’exploitation, les contraintes logistiques ont finalement conduit à privilégier un approvisionnement en provenance de la Limagne, à proximité immédiate du chantier. Une solution qui permet néanmoins de conserver une logique de circuit court. © Spurgin-ActivHome

 

Pour l’architecte Charles Coulanjon, l’intérêt de cette approche ne se limite pas à la réduction de l’empreinte carbone. L’association du bois et de la paille contribue à créer une enveloppe particulièrement performante, capable de limiter durablement les consommations énergétiques tout en garantissant un haut niveau de confort. Une isolation en laine de bois complète par ailleurs le dispositif afin d’améliorer les performances acoustiques du bâtiment.

Cette stratégie constructive répond également à une problématique devenue récurrente : le confort d’été. Face à la multiplication des épisodes de chaleur comme aux effets du changement climatique, les matériaux biosourcés apparaissent comme une réponse de plus en plus pertinente afin d'assurer une régulation thermique efficace sans recourir massivement aux équipements de refroidissement. 

 

 

Une façade courbe de 44 mètres de diamètre réalisée en panneaux bois-paille

L’un des défis majeurs du chantier concernait la réalisation de la façade circulaire qui constitue la signature architecturale du bâtiment. Pour rendre cette géométrie compatible avec une préfabrication industrialisée, les concepteurs ont développé un calepinage spécifique. Le cercle a été décomposé en une succession de facettes de 2,40 mètres de large, correspondant à deux panneaux standards de 1,20 mètre, une approche ayant permis de limiter les découpes comme les pertes de matière tout en simplifiant la fabrication en atelier.

 

 

 

La hauteur variable des murs représentait une seconde difficulté. En raison de la pente de toiture, les façades atteignent entre 7 et 8 mètres de haut. Afin de rationaliser la production, la partie basse a été standardisée à 5,60 mètres, soit l’assemblage de deux panneaux de 2,80 mètres. Afin de garantir la stabilité de l’ensemble face aux efforts de vent et éviter tout phénomène de rotulage, un élément vertical en bois lamellé-collé a été intégré sur toute la hauteur des façades en lien avec le bureau d’études structure, une solution qui permet d’assurer la continuité mécanique des murs tout en accompagnant la courbure du bâtiment. © Spurgin-ActivHome

 

 

Le potentiel constructif du bois-paille

Distribués par Activ’Home, désormais intégré au groupe Spurgin, les modules bois-paille utilisés sur le projet reposent sur le procédé breveté ECOSTRAUV®. Ils assurent simultanément les fonctions structurelles et isolantes du bâtiment. Conformes à la RE2020, ces éléments constructifs affichent des performances particulièrement élevées, avec des résistances thermiques pouvant atteindre R = 7,5 m2.K/W et un déphasage thermique allant jusqu’à 17 heures, un paramètre devenu stratégique pour le confort d’été. Leur faible poids, de l’ordre de 100 kg/m2, facilite par ailleurs leur utilisation sur des structures bois ou métalliques de grande portée.

Pour Charles Coulanjon, cette opération démontre que ces solutions peuvent désormais sortir du marché de niche auquel elles sont encore souvent associées. "Ce procédé de construction global tend vers l’autonomie énergétique et est adaptable à tout type de réalisation sans exception, allant des maisons individuelles aux bâtiments industriels" assure-t-il.

 

 

"Nous venons de livrer ce chai aux alentours de 1 000 € du m2, soit un surcoût de 200 € du m2 par rapport à une construction classique parpaings et béton, pour un confort inégalable. Le bois-paille est bien un matériau d’avenir et je ferai tout pour être acteur de son essor" conclut l'architecte.



Source : batirama.com / Laure Pophillat / © Spurgin-ActivHome

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