La Larme de Midas, symbole de la construction bois française

Imaginée par l’artiste-concepteur Michaël Feneux pour la 14e édition du Forum International Bois Construction au Grand Palais de Paris, février 2025, le totem baptisé Larme de Midas ne prend vie que maintenant.

Les zomes représentent un mode constructif biomimétique récent inventés aux USA il y a une cinquantaine d’années. La France s’est approprié la démarche au cours des dernières décennies, en toute marginalité. L’artiste-concepteur Michael Feneux, élève de l’école française des zomes, travaille à la fois comme concepteur de zomes et comme artiste utilisant l’art de la conception zomique pour créer des ouvrages surprenants. Comme la descente de charge de ces ouvrages fonctionne plus ou moins par des losanges, la structure finale circulaire peut devenir, comme dans le cas de la Larme de Midas, une incroyable dentelle de bois, particulièrement saisissante quand elle est vue d’en haut.

 

La Larme de Midas de 12 m, enfin dressée et réelle sur le parking de l'Espace Ventadour. © Michael Feneux

 

 

Un chef-d’œuvre et son écrin

Comme la 14e édition du Forum International Bois Construction avait lieu en février 2025 dans un Grand Palais rénové où la grande nef dispose des mezzanines, et que l’architecture de la verrière de 1900 dialogue très bien avec une approche biomimétique, il était tout indiqué de créer directement sous la coupole de la verrière une structure dont les quatre pieds évoquaient un peu une contre tour Eiffel du 21e siècle. Et que la mezzanine montrait sous toutes ses faces, dans un environnement magique.

 

 

Larme et larmichette

Michael Feneux a dessiné sa Larme de Midas : Midas est si avide que les Dieux le condamnent à ce que tout ce qu’il touche devienne de l’or. Il ne peut donc plus s’alimenter. Il pleure. Et que deviennent ses grosses larmes, se mutent-elles elles aussi en or ? Pour le coup d’essai du Grand Palais, pas encore. Le passage du dessin au réel a été laborieux. BarthèsBois, partenaire des totems du Forum depuis 2015, a transcrit dès l’été 2024 le dessin de Michaël Feneux sur Cadwork. Il apparaissait que le poids propre de la structure la déforme et l’enlaidit. Il était si difficile de trouver des solutions respectant les belles lignes du projet qu’à un moment donné, l’aventure a basculé vers une larmichette de 6 m proposée par les Compagnons du Devoir, sans aucun lien avec une conception zomique. Cette Larme a fait son office en février 2025, au cœur du Forum, comme fanal de la Tribune des Innovations.

 

Autour de Michaël Feneux, et devant le conteneur en partance pour le Nevada, l'équipe du pré-montage de la Larme à Égletons, une vraie fierté ! © Michael Feneux

 

 

Rebond à Égletons

Il était question d’aller au bout de la route pour l’édition consécutive, pour laquelle l’artiste a préféré présenter un autre ouvrage, le Belajò, doté d’un diamètre exceptionnel de 13 m, et qui n’a pas trouvé sa place dans la scénographie de Milena Karasheva pour l’édition 15 du Forum en février 2026. Opiniâtre, l’artiste Michaël Feneux n’a abandonné aucune de ses conceptions. Sûr de son fait et épaulé par un bureau d’études spécialisé, il a pris soin de réunir autour de lui, pour les deux projets, des partenaires industriels, dont Thierry Farges qui a joué, pour la Larme de Midas, un rôle majeur d’interface avec le cluster.

 

 

Burning Man ou Burning Planet ?

Surtout, l’artiste a su taper dans l’œil des représentants français de l’architecture, au point d’être mis en contact avec les organisateurs du festival Burning Man américain. Ces derniers ont décidé d’exposer la Larme, qui vient d’être pré-montée à Égletons sur le parking de l’Espace Ventadour, avec une hauteur de 12 m et quelques renforcements de socle qui s’imposent pour un convoyage en conteneur jusqu’au Nevada et une exposition en plein désert avec le risque de vents forts.

 

Michaël Feneux, représentant de la nouvelle construction bois française, au prochain Burning Man du Nevada. © Michael Feneux

 

 

Un aller-retour ?

En principe, les projets exposés au Burning Man sont tous brûlés à la fin du festival. Cette fois, il est question de rapatrier la Larme à Égletons, tant ce projet est iconique pour le cluster français du bois. En d’autres termes, tout d’un coup, ce tas de bois devient un objet de valeur. Il va représenter la nouvelle vague de la construction bois française en plein Nevada, et susciter certainement de l’admiration. Il attirera l’attention, non seulement sur les zomes bien connus là-bas, et sur la maîtrise de Michaël Feneux, mais sur les ressources de la construction bois française, le cluster d’Égletons et son beau Douglas.

 

 

Changer l’habitat et vite !

Il y a eu l’Hermione, il y a désormais la Larme de Midas, infiniment plus économe et touchant sans doute un autre public, éventuellement plus jeune. Pour autant, en France, la révolution des zomes est encore en sursis. Imaginons que l’on prenne au sérieux la ZAN et que des habitats soient créés en zome de façon à éviter la dalle béton, permettre la renaturation future tout en utilisant des ressources locales. Le petit village de zomes, ce nouveau village gaulois, ne suscite pour l’instant que des sarcasmes. Bien sûr, cela ne rentre pas bien dans l’univers de nos résidences de maisons individuelles à toitures en deux pans avec façade en enduit monocouche, garage et jardin. Les constructeurs bois jurent par le hors-site, mais en 2D, éventuellement en 3D de boîtes, mais pas en approche biomimétique élégante, résiliente et conviviale. L’aventure de la Larme est en marche mais son message politique aussi. Et il est tout à fait concevable qu’elle revienne à Égletons non pas pour pourrir au milieu d’un rond-point, mais comme fanal habité d’un véritable écoquartier.

 


Source : batirama.com / Jonas Tophoven / © Michaël Feneux   

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