Revibat a développé et breveté une nouvelle méthode, nettement moins consommatrice d’énergie, pour produire de la laine de verre issue du recyclage de laines de verre déposée sur des chantiers.
Selon le FILMM, le syndicat des fabricants de laines minérales, 156 000 t de laine de verre sont déposées par an en France ou issues des chutes de production. 90 %, soit tout de même 140 000 t/an, sont enfouies et 10 % seulement sont recyclées. Il existe déjà une solution de recyclage, mise au point et utilisée par Isover Recycling qui consiste à refondre la laine de verre dans un four à fusion à 1250 °C pour la recycler.
Toutefois, Revibat, une toute jeune entreprise créée en 2021, a mis au point une autre méthode – le défibrage – qui utilise un four à 200 °C seulement pour fabriquer de la laine de verre entièrement issue du recyclage et aussi efficace du point de vue thermique et acoustique que de la laine issue de verre neuf.
Les camions qui livrent des déchets de laine de verre sont pesés à l’arrivée et au départ pour mesurer la masse de déchets livrés. Revibat accepte la laine de verre en vrac, pas trop comprimée pour éviter de casser les fibres. © PP
Trois ans de développement
Revibat, fondé par trois associés, dont Nicolas Brousse, son actuel dirigeant, Sophie Brétillon, chargée de la vente, et Quentin Hervé aux finances, a commencé par trois ans de recherche et de développement avec le FCBA, avant de passer à l’industrialisation en 2024.
Grâce à ses contact, Nicolas Brousse a pu implanter la première usine Revibat sur une ancienne usine de plâtre Siniat du groupe Etex à Monthyon, près de Meaux. Le site offre 3,6 ha de terrain, 10 000 m2 de bâtiments, dont 6 500 m2 consacrés à la production de Reviver, le produit de Revibat fabriqué à 100 % à partir de laine de verre recyclée.
Si la technologie de recyclage de la laine de verre par refonte accepte n’importe quel déchet de laine de verre, la technologie de refibrage développée par Revibat ne s’applique qu’à des laines de verre fabriquées après 1997. En effet, la conformité des laines minérales à la Note Q de la Directive 97/69/CE, adoptée par la Commission européenne en décembre 1997, et transposée en droit français en août 1998, les exonèrent de la classification cancérogène. Revibat ne sait recycler que des laines de verres conformes à cette Note Q. Du coup, l’entreprise doit systématiquement tester toutes les laines de verre qu’on lui propose.
Dès qu’on lui indique un chantier de dépose, Revibat va prélever un échantillon de 30 g de chacune des laines de verre qui y sont installées. Son laboratoire, installé à Monthyon, analyse les échantillons, identifie "la chimie des déchets", comme le dit Nicolas Brousse, et compare les résultats avec une base de données des laines minérales conformes à la fameuse Note Q. La réponse est obtenue en 48 heures et Revibat peut alors indiquer si les laines en cours de dépose l’intéressent ou pas. Si le déchet leur est livré directement et qu’il se révèle non-conforme, Revibat le compacte dans une presse à balle et le renvoie dans le circuit de recyclage par refonte.
Revibat n’achète pas les déchets, ils lui sont livrés gratuitement par les entreprises qui économisent ainsi 180 €/t de mise en décharge pour la laine de verre. Ses concurrents pratiquent différemment et font payer les entreprises qui leur fournissent de la laine de verre déposée.
Les déchets de laine de verre proviennent de la dépose sur chantier, mais aussi des déchets de fabrication des usines produisant ou taillant de la laine de verre. À la demande d’un producteur britannique de laine de verre à souffler, Revibat a développé une solution pour la recycler en la mélangeant dans une proportion donnée avec la base des déchets utilisés. © PP
Pour les chantiers de dépose importants, Revibat a fait l’acquisition d’une presse à balles qu’il loue aux entreprises pour compacter la laine de verre avant de l’expédier, de façon à minimiser les coûts de transport. © PP
Un avantage en empreinte carbone
Sur le site de la base INIES qui rassemble toutes les FDES, on trouve quatre FDES attribuées à Revibat début février 2026 pour sa laine de verre Reviver P nu, pour des épaisseurs allant de 45 mm à 245 mm, avec un pas de 5 mm, et des emplois en ITI, en isolation de rampants, en ITE et en isolation thermique et acoustique pour cloisons intérieures. Elles sont calculées pour une durée de vie de 50 ans, selon la norme NF EN 15804+A2, et indiquent de très faibles impacts environnementaux, exprimés en kgCO2eq :
– 1,60 pour le Reviver P nu de 45 à 80 mm d’épaisseur ;
– 2,52 de 100 à 120 mm ;
– 3,48 pour les épaisseurs 140, 160 et 180 mm ;
– Et 4,63 kgCO2eq pour les épaisseurs 200, 220 et 245 mm.
Reviver est également certifié Acermi et incombustible (classement A2 s1 d0). Reviver s’emploie aussi en ossature bois et en isolation de sous-face de plancher bas. C’est une laine de verre, donc un produit traditionnel qui se pose selon les DTU 45 – par exemple 45.10 pour l’isolation des combles – et respecte les exigences de la norme NF EN 13162.
Côté isolation thermique, les panneaux Reviver affichent un λ = 0,035 W/m.K. Cet avantage de Reviver en empreinte carbone est particulièrement intéressant en construction neuve. La RE2020, rappelons-le, comporte deux chapitres qu’il faut tous deux satisfaire : une consommation énergétique maximale et une empreinte environnementale maximale du bâtiment à ne pas dépasser. Pour consommer peu et de moins en moins comme le prévoir le calendrier d’évolution de la RE2020, il faut notamment isoler plus et de plus en plus. Utiliser un isolant thermique, dont la mise en œuvre est déjà largement connue par les entreprises, mais dont l’empreinte environnementale est particulièrement basse, devient un atout puissant en construction neuve.
Le processus de fabrication commence par un tri des déchets qui parviennent à l’usine. On y trouve toutes sortes de choses et il faut, notamment, enlever tous les métaux. © PP
Une fois triés, les déchets passent dans une première machine, un déchiqueteur, qui transforme la matière en flocons. © PP
Selon leur origine, les flocons sont mélangés pour atteindre la bonne proportion, puis passent dans la machine qui ajoute la colle. Il en résulte une nappe qui passe dans le four de 16 m de long à 200 °C. Ce qui fait fondre le liant, avant refroidissement par de l’air soufflé, jusqu’à ce que la nappe atteigne une température à cœur inférieure à 80 °C. © PP
La nappe est ensuite découpée en lais de 60 cm de largeur et de 1,2 m de longueur. Les lais sont empilés sur une hauteur de 60 cm, avant d’être emballés dans un four de rétractation, à l’aide de film plastique recyclé. © PP
Les lais passent au houssage parachute avec une housse étanche, qui permet leur stockage à l’extérieur. © PP
À l’intérieur de l’usine, toutes les machines – la plupart sont des machines d’occasion modifiées pour leur nouvel emploi – sont filtrées. Les poussières sont collectées dans des sacs, avant d’être envoyées au recyclage par refonte. © PP
Revibat vise sept usines en France
Cette première usine de Revibat a montré la faisabilité pratique et industrielle du processus de défibrage. La production a commencé en février 2026 et 350 tonnes de laine de verre ont déjà été recyclées. L’usine emploie quatorze personnes et affiche une capacité de production de 10 t/jour, autrement dit de 2 000 m2 par jour, en 1/8 pour l’instant.
Bref, la solution industrielle est fiable et un marché existe pour le produit. Après un financement initial aidé par l’ADEME, la Région Île-de-France, Bpifrance, le CIC et la BNP, notamment pour le leasing de plusieurs machines, le but de Revibat est maintenant de passer à une levée de fonds en série A, le premier tour de financement significatif d'une start-up par des investisseurs. Il s’agit de financer la création de deux autres usines en France en 2027 dans des bassins de dépose de laine de verre, comme Lyon et Toulouse, par exemple. Puis d’organiser le financement d’une autre usine en France par an, jusqu’à atteindre sept usines, avant de se lancer en Belgique, en Allemagne et en Autriche, autres gisements potentiels importants pour la ressource en laine de verre déposée.
Comme Reviver est un produit de prescription, Revibat le vend directement aux entreprises et ne passe pas par la distribution professionnelle, pour l’instant. Les premiers clients, des entreprises générales, recommandent le produit. Et, pour l’heure, Revibat double son chiffre d’affaires chaque mois.
Source : batirama.com / Pascal Poggi / © PP