La salle des fêtes du bourg de Van Gogh, en bordure de l’Oise, de 1982, a été profondément transformée en centre culturel, en conservant la majeure partie de la structure et quelques charpentes renforcées.
Avec un budget travaux qui a grimpé à environ 2 000 €/m2 pour un équipement de 2 070 m2 de SDP après travaux dont 471 d’extension, on aurait presque pu raser la salle des fêtes d’Auvers-sur-Oise et reconstruire. Mais pas avec ce niveau de finition et de détail, juste pour recréer un truc comme la salle des fêtes de 1982 à reconstruire ou démolir dans 40 ans. Quoi qu’il en soit, pour la jeune agence italienne et parisienne Oblò, ce projet de rénovation et d’extension est du pain béni.
Premièrement, l’agence a fait du bon travail pour les aménagements publics de la ville, puis pour reloger le secours populaire justement dans la perspective de cette rénovation. Deuxièmement, parce que la jeune génération d’architectes n’aime pas démolir. À cela s’ajoute une volonté de transformation assez conséquente pour permettre de jouer pleinement la carte biogéosourcée et celle des fournitures locales. La chance, tout de même, c’est que la jeune équipe se trouve face à une municipalité qui comprend, dès 2020, le lien entre culture (des habitants), respect climatique, choix vernaculaires et qualité architecturale. Auvers-sur-Oise parvient à réinjecter dans sa culture locale les recettes du pèlerinage mondial continu autour de Van Gogh. Et pas avec un ouvrage ridicule "à la Van Gogh".
L'oise qui nous met bien à l'aise après avoir croisé sur la ligne H les belles villas en meulière sous les avions de Roissy. © Jonas Tophoven
Une salle des fêtes de la "belle époque"
Il y a bien une carte postale du "casino" (Hôtel restaurant de la Grande Terrasse) jouxtant le pont de l’Oise et détruit depuis pour défendre la coursive en bois qui opère comme le signal biosourcé de l’opération. Quand on reprend un ouvrage comme la salle des fêtes d’Auvers-sur-Oise, grosse bâtisse informe marquée par une toiture en ardoise à quatre pentes, qui remonte à la France prospère du second choc pétrolier quand Auvers-sur-Oise n’était pas encore à ce point le Disneyland de l’Impressionnisme, on n’est pas obligé de faire un motif pour le grand peintre. À l’époque, en contrebas de la belle promenade où a récemment été situé le motif de l’un des derniers tableaux du maître, un parking et une extension d’école en préfabriqué habillé d’un barde en bois. Dans cette période bénie, on ne disposait pas non plus de la flambant neuve ligne RER H à 2,55 euros avec vélo. À présent, Auvers c’est la banlieue parisienne, sur la ligne H, le seul coin de verdure depuis Paris est le trajet autour de Frépillon, juste avant Méry-sur-Oise, après les expérimentations constructives de lointaine seconde couronne de la ZAC des Meuniers à Bessancourt.
À l'Ouest, la coursive donne sur un atrium à coursive qui mène au foyer, au sud, c'est un patio à coursive dédoublée qui profite de l'ombre portée. © Jonas Tophoven
En pleine nature
Passé le pont de l’Oise on est depuis trente ans dans le PNR du Vexin français jusqu’à la limite nord du Val d’Oise et donc de la région IDF. Et si le RER H ne bifurquait pas pour longer la vallée de l’Oise rive gauche, à 45 minutes de la gare du Nord, ce parc deviendrait pour les Parisiens et les Grands Parisiens de banlieue Nord comme la forêt de Fontainebleau. À présent, franchir le pont c’est entrer dans l’univers un peu préservé de van Gogh mais aussi s’offrir le chemin de halage avec la Maison de l’Isle au milieu d’un large débordement (en fait sur une ancienne île).
Oblò préconise du bois-paille encore inconnu pour le bourg d’Auvers en 2020 mais le PNR tente de développer les ressources naturelles locales et adoube avec sa salle de 600 places debout, la Maison de l’Isle est devenue au fil des décennies un point de rassemblement de la haute vallée de l’Oise. L’agence en tient bien compte, préserve et embellit cet espace, nettoie côté ouest le fouillis constructif et crée pour ainsi dire trois salles rectangulaires sosies dont une à l’étage, dont le pignon troué d’un immense oculus deviendra l’icône du lieu au même titre que les coursives en bois. De fait, le toit en ardoise couvrant l’espace sur quatre pans est clarifié en succession de pans orthogonaux nets et blancs de proportions diverses, qui ressemblent au hasard vivant d’un vieux bourg comprimé en rectangle.
La "coursive périphérique Oblò"
C’est tout de même cette coursive périphérique en bois qui constitue la grande réussite de la rénovation. Elle empiète légalement sur le terrain préservé car elle reste hors fondation. Elle masque un soubassement en briques locales qui dépasse réglementairement le niveau de crue le plus haut, avant d’être prolongé par les parois paille enduites à la chaux. Elle protège les locaux rez-de-chaussée de la longue façade plein sud.
À l’intérieur, les circulations s’ouvrent autant que possible sur le paysage de la rivière et puisqu’on y aboutit, autant disposer de passages couvert pour aller d’un endroit à l’autre. Côté parking, le trajet d’accès au foyer passe par un atrium végétalisé également cerné de ces belles coursives. Un foyer où le calepinage en pierre de Saint-Maximin (30 km), associé à une colonne en bois, vaut le coup d’œil. Laurent Mouly Ingénieurs, le BE structure et thermique, joue un rôle important et utile par la complémentarité de l'approche thermique et statique, et intervient notamment dans la définition des belles fermes en ciseau.
La double coursive dans l'axe Ouest-Est. À noter le soubassement en brique qui monte 50 cm au-dessus de la plus haute crue, des briques locales magnifiques, flammées. © Jonas Tophoven
Cinq usages complémentaires du bois
Le bois qui crée une unité par ces coursives n’est que l’un des cinq avatars qui fondent l’unité du lieu. Les menuiseries extérieures bien fines en chêne, les circulations de fluides périphériques des pièces encadrées de contreplaqué en résineux clair ou peuplier Drouin M1, les fermes en bois massif dont le dessin simple et élégant tient compte du respect de la pente plate du projet initial, les panneaux de fibre de bois Origine de Knauf pour la correction acoustique. Autant de repères visuels dans un ensemble qui conserve une certaine complexité et doit accueillir toutes sortes d’activités associatives.
Livré en septembre 2025, cet ouvrage demande à être comparé aux travaux de rénovation réalisés par l’agence à Romainville, et qui seront dévoilés fin avril 2026.
Pignon blanc, hublot géant (ouvrable), fermes massives en X. Inmanquablement, chez les architectes italiens de Paris, le design resurgit, ou bien notre manie à coller le design sur ces architectes. © Jonas Tophoven
Source : batirama.com / Jonas Tophoven / © Jonas Tophoven