Face à une crise d’une ampleur historique, Fatih Birol, directeur de l’AIE, appelle à la sobriété à court terme tout en anticipant une transformation profonde du système énergétique mondial.
La crise énergétique actuelle frappe le monde avec une ampleur historique. Pour Fatih Birol, le patron de l'Agence internationale de l'énergie (AIE), "le monde n’a jamais connu une perturbation de l’approvisionnement énergétique d’une telle ampleur", explique-t-il dans une interview à paraître ce jour dans le journal français Le Figaro. Plus grave que les crises de 1973, 1979 et 2022 réunies, donc la pire que le monde ait connue, elle touche pétrole, gaz, engrais, pétrochimie et hélium.
Soixante-quinze infrastructures ont été attaquées, dont plus d’un tiers gravement, et leur remise en état "prendra beaucoup de temps".
À court terme : un "avril noir" et des choix forcés
Le mois de mars a déjà été difficile, mais avril pourrait être pire. "Si le détroit [d’Ormuz] reste effectivement fermé tout au long du mois d’avril, nous perdrons deux fois plus de pétrole brut et de produits raffinés qu’en mars", alerte Fatih Birol.
Face à cette situation, les pays devront "utiliser l’énergie de la manière la plus prudente possible, en l’économisant et en améliorant son efficacité". La crise touche toutes les filières stratégiques et révèle la vulnérabilité du système énergétique mondial, au-delà du pétrole et du gaz.
Fatih Birol (né à Ankara en 1946) est un économiste turc, expert en énergie, qui dirige l'Agence internationale de l'énergie (AIE) depuis le 1er septembre 2015. Précédemment, il était l'économiste en chef et directeur du bureau responsable de l'analyse économique de la politique énergétique de l'AIE à Paris. © agefi.com
À moyen et long terme : des mutations porteuses d’espoir
Toutefois, malgré la gravité immédiate, Fatih Birol voit des raisons d’être optimiste. "L’architecture du système énergétique mondial va changer dans les prochaines années", précise-t-il. Cette transformation sera lente et ne résoudra pas la crise actuelle, mais elle promet de redéfinir profondément la géopolitique de l’énergie. Certaines technologies devraient progresser plus vite que d’autres. Les renouvelables – solaire et éolien –, par exemple, peuvent être déployées très rapidement. "Il va y avoir un recours aux renouvelables très rapidement, à l’échelle de quelques mois", assure-t-il.
La crise pourrait également "relancer l’élan en faveur de l’énergie nucléaire, y compris des petits réacteurs modulaires", tandis que certains pays prolongeront la durée de vie de leurs centrales existantes. Par ailleurs, Fatih Birol estime que "les voitures électriques se développeront", contribuant à diversifier et sécuriser les approvisionnements énergétiques.
Source : batirama.com / AFP / Laure Pophillat / © Freepik