L’Église Saint-Martin de Chanceaux-sur-Choisille retrouve son éclat d’origine : un chantier patrimonial d’envergure, où stuc et staff ont été mis en œuvre avec une exigence rare par Les Métiers du Plâtre.
Fin octobre 2025, l’Église Saint-Martin de Chanceaux-sur-Choisille après dix-huit mois d’une restauration d’envergure, menée sous la direction de Séverine Jeanneau, de l’agence ArchiTrav (Angers). Inscrit au titre des Monuments historiques, cet édifice médiéval avait subi, au fil des années, de profondes altérations liées à l’humidité. Dans la nef sans transept, coiffée d’une abside semi-circulaire, les enduits décoratifs du XIXe siècle – imitant la pierre – cloquaient, se fissuraient, parfois se désolidarisaient de leur support. À l’entrée, des poutres à faux bois montraient elles aussi des signes avancés de dégradation.
Le montant de l'ensemble des travaux (restauration extérieure et intérieure de l'église) de l’Église Saint-Martin de Chanceaux-sur-Choisille est de 692 707 € HT. La commune a obtenu des subventions publiques (État, Département, Métropole) pour environ 484 000 € HT. © Placo
Inscrit au titre des Monuments historiques, cet édifice médiéval avait subi, au fil des années, de profondes altérations liées à l’humidité. © Placo
Transmettre des savoir-faire
L’intervention, achevée en juillet, a mobilisé tout l’arsenal du plâtrier-staffeur-stucateur. Près de 800 m2 ont été repris en stuc : la totalité des murs de la nef et la moitié des voûtes ont été recréées, tout comme les encadrements en "pierre" de la porte principale, adaptée aux normes PMR. Sur ce chantier en hauteur, l’usage d’exosquelettes a sensiblement amélioré les conditions de travail, réduisant la pénibilité et permettant une application continue des enduits.
Corniches, décors moulurés et poutres ont, quant à eux, été restaurés en staff selon les règles de l’art. Les équipes ont mis en œuvre des plâtres techniques de la gamme Placo® – Lutèce® 2000 L et Molda® 3 Normal – dans le respect des procédés traditionnels. Recherche des pigments en atelier, relevés minutieux des appareillages anciens, traçage des futures "pierres", passes successives d’enduits : chaque étape a exigé une précision quasi archéologique.
Au-delà de la performance technique, le chantier illustre un enjeu majeur du secteur : la transmission des savoir-faire. Tout au long des travaux, l’entreprise a accueilli apprentis, stagiaires et même une société morbihannaise venue se former aux techniques du staff et du stuc. "Faire perdurer ce métier par la transmission, et constater l’intérêt sincère des jeunes générations, c’est aussi cela, la réussite de ce chantier. Pour moi, c’était un magnifique projet de clôture", confie Éric Leblanc, de l'entreprise Les Métiers du Plâtre.
Pour restituer l’intérieur à l’identique, la commune a confié le chantier à l’entreprise Les Métiers du Plâtre, spécialiste de la restauration patrimoniale et membre du Club entreprises Placo®. À la manœuvre : Florent Pidoux, actuel dirigeant, ici en photo (gauche), et Éric Leblanc, qui a quitté l’entreprise à l’été 2025 après avoir accompagné ce projet comme un ultime chantier emblématique. © Placo
Les Métiers du Plâtre : trois décennies au service du patrimoine
Implantée à Loire-Authion, l’entreprise Les Métiers du Plâtre restaure le patrimoine depuis près de 30 ans et est membre du Club Entreprises Placo® depuis 2010. Son dirigeant actuel, Florent Pidoux, entré comme apprenti à 19 ans, a repris l’entreprise en 2023 après le départ à la retraite de son fondateur Eric Leblanc en 2025. Aux côtés d’un apprenti, il perpétue un métier rare en France, intervenant sur des édifices historiques en région comme à l’échelle nationale.
La transmission des savoir-faire est au cœur de l’ADN de l’entreprise : accueil régulier d’apprentis, interventions dans les écoles d’arts appliqués, universités et salons professionnels, notamment via l’Association de Plâtriers Plaquistes du Maine-et-Loire (APPML). En 2024, Les Métiers du Plâtre a reçu le prix Or des Trophées 100 % Pro Patrimoine de la Capeb Pays-de-la-Loire pour la restauration de la grande galerie en stuc-pierre du château de la Lorie, à Segré-en-Anjou Bleu. Aujourd’hui, elle poursuit son action sur d’autres chantiers emblématiques, comme l’église de La Membrolle-sur-Choisille, toujours sous la direction de l’agence ArchiTrav.
Le mot d’ordre de Florent Pidoux est clair : "Quand notre passage est invisible, c’est que notre mission est réussie !". © Placo
Une quête chromatique au service de la matière
La restauration intérieure de l’ a nécessité un minutieux travail préparatoire afin de retrouver la justesse des teintes comme des matières. L'objectif ? Restituer l’illusion parfaite du tuffeau – ce calcaire crayeux emblématique –, redonner aux poutres leur effet bois et reconstituer la nuance exacte des joints afin de recréer l’apparence de matériaux bruts.
Ainsi, l’enduit décoratif "aspect pierre", proche d’un blanc cassé subtilement réchauffé de jaune, résulte d’un savant mélange de plâtres Lutèce® 2000 L et Molda® 3 Normal (Placo®), de sable et de pigments ocre et noir de vigne. Les joints, quant à eux, sont composés de chaux et de noir de vigne pour retrouver le gris profond d’origine. Une alchimie de précision, où chaque dosage participe à la renaissance visuelle de l’édifice.
"Une vingtaine d’essais ont été nécessaires pour répondre précisément aux exigences du cahier des charges de l’Architecte du patrimoine ArchiTrav. Chaque gramme modifie la teinte ou l’aspect, demandant une attention extrême pour atteindre le rendu souhaité. C’est un travail de précision, presque un travail de chimiste pour trouver la recette parfaite !
Pour obtenir ensuite la bonne texture, je mélange systématiquement les plâtres Lutèce® 2000 L et Molda® 3 Normal Placo®. Chacun a ses avantages. Le premier, souple et onctueux, a une prise longue permettant de réaliser l’enduisage de surfaces importantes. Le second se travaille facilement et offre une bonne reproduction des détails fins." explique Florent Pidoux, le dirigeant de l’entreprise Les Métiers du Plâtre, ici en photo. © Placo
Un relevé d’une précision millimétrée
Le caractère unique du décor intérieur de l’ tient au dessin rigoureux de ses pierres jointoyées, toutes aux dimensions singulières. Le chantier s’est ouvert par un relevé exhaustif de ces tracés : chaque pierre a été mesurée avec précision, l’ensemble des cotes reporté sur les murs et les voûtes, puis systématiquement photographié. Un travail préparatoire indispensable afin de garantir une restitution fidèle, pierre après pierre.
La prise de cotes. © Les métiers du plâtre
Dégrossissage et piquage des supports
À l’issue des relevés, l’entreprise Les Métiers du Plâtre a engagé la phase de préparation des supports : l’ancien enduit, ainsi qu’une couche de peinture au lait de chaux en sous-face, ont été soigneusement déposés afin d’assurer l’adhérence optimale du nouvel enduit à base de Molda® 3 Normal et de Lutèce® 2000 L (Placo®).
Ce dégrossissage généralisé, appliqué sur l’ensemble des parois, a permis de corriger d’importantes disparités de surface, certaines atteignant jusqu’à 5 cm de profondeur selon les zones. Un travail de reconstitution des volumes indispensable pour retrouver la planéité d’origine avant la phase décorative.
Cette étape a également réservé une découverte patrimoniale majeure : sous une portion du stuc existant sont apparues des traces de polychromie ancienne, datées entre le Xe et le XIVe siècle. Alertée, la DRAC (Direction Régionale des Affaires Culturelles) a choisi de conserver ces vestiges in situ. Les compagnons les ont protégés en arrière-plan par la pose d’une plaque de bois, préservant ainsi cette mémoire picturale enfouie.
Le piquage. © Placo
Joint après joint
Une fois le dégrossi parfaitement sec, les équipes ont procédé au report du dessin des pierres. À l’aide d’un laser, d’une règle et d’un tracé au crayon, l’artisan s’est appuyé sur les relevés photographiques pour reconstituer avec exactitude le calepinage initial. Les joints ont ensuite été creusés sur 2 à 3 mm de profondeur afin de redonner tout son relief à l’appareillage.
La diversité des largeurs de joints a imposé une approche sur mesure. Les compagnons ont conçu leurs propres outils, façonnés à partir de ciseaux à bois cintrés et ajustés à chaque dimension spécifique. Chaque épaisseur disposait de son instrument dédié, identifiable par un code couleur – une organisation de chantier millimétrée au service d’une restitution fidèle.
Ponçage et finitions
L’enduit décoratif de finition "aspect pierre" a été appliqué sur l’ensemble des murs et de la voûte, sur une épaisseur d’environ 4 mm, assurant à la fois texture et profondeur. Les joints préalablement creusés ont ensuite été soigneusement garnis d’un mélange de chaux et de noir de vigne afin de restituer leur teinte originelle.
Après une semaine de séchage complet, l’intégralité des surfaces a fait l’objet d’un ponçage minutieux. Cette ultime étape a permis :
– d’unifier les parements ;
– D’adoucir les nuances ;
– Et, enfin, de révéler toute la subtilité du travail de matière.
Le chantier achevé révèle toute la subtilité du travail de matière. © Les Métiers du plâtre
Source : batirama.com / Laure Pophillat / © Placo