Sur le plan de la REP bâtiment, le recyclage du bois et des matériaux de construction biosourcés avance avec difficulté. Sur le plan pratique et concret, le prochain Forum apporte des réalisations exceptionnelles.
Au Forum, le réemploi est un thème récurrent depuis 2022 (avec Bellastock). On entre donc dans la 5e édition consécutive dédiée. Sur le plan de la mise en place de la REP Bâtiment, les nouvelles qui percent sont complexes. En juin 2025, soutenue par ma FNB, la sénatrice Anne-Catherine Loisier a tenté de sortir le bois de la REP PMCB, dans la mesure où les autres pays européens n’ont pas adopté une démarche similaire d’éco-contribution et que l’industrie française est pénalisée. L’argument pourrait sans doute s’appliquer pour d’autres matériaux, en tout cas, il n’a pas porté. Mais la résultante est que, par exemple dans le contreplaqué, l’écocontribution se déplace vers l’aval, ce qui a contribué à faire émerger l’association ABCI qui regroupe l’UMB-FFB, la CAPEB et ISB, soucieux de défendre les intérêts. Qui paye l’écocontribution est un aspect de l’équation. L’autre est l’efficience des systèmes de récupération et de ré-utilisation des éléments à base de bois.
Le Sylvacoustik souligne l'architecture durable déployée par Julie Herrgott au Cèdre. © Apanajhe
Réemploi de connexes
Au Forum, le Sylvacoustik développé par l’agence Apanajhe (Julie Herrgott) pour le projet de référence nationale du Cèdre à Paray-le-Monial, et présenté sur le stand de France Douglas en raison de son essence de base, illustre une variante ancienne du réemploi, l’utilisation des rebus de sciages. C’est l’origine du CLT, notamment. Dans ce cas, le bois qui serait dégradé vers les pellets crée des grilles habillant le correcteur acoustique. Dans ce domaine, l’utilisation de chutes de madrier en vertical, pour créer des pièges à son comme des stalagtites, a déjà été également développé ces dernières années, avec une illustration phénoménale par Laudescher au Hilton La Villette à Paris.
Ateliers Diderot, Pantin : Carlos Barba prépare ARBRI, le pavillon d'accueil extérieur du 15e Forum International Bois Construction. © AR+TE
Quatre fois le volume du plâtre
On sait que le bois est le matériau situé à l’opposé du plâtre. Le bois à réemployer se présente de mille façons et sa collecte dépasse largement le Bâtiment. Quant aux biosourcés, leur part est faible et nouvelle. Dans le plâtre, la récupération est jouable, même si l’année 2025 a montré que la pratique réserve des surprises, parce que le plâtre récupéré ne vient que rarement seul.
En volume, l’ADEME estime les déchets de bois non inerte à 2,33 Mt contre seulement 0,6 Mt pour le plâtre. L’un des arguments avançables pour sortir le bois de la REP PMCB, c’est que l’industrie du panneau de process fait tout pour recycler le bois, toute seule. De fait, le panneau de particule a tendance à laisser peu ou prou les connexes au bois énergie qui devient un acteur important du marché sous l’égide du groupe Poujoulat et de ses partenaires. Toutefois, le réemploi du bois peut potentiellement mieux faire et la question de l’upgrading, ou du réemploi bonifié, est dans l’air.
Le pavillon et structure d'habitat ARBRI avec en coloré le cœur de la structure porteuse. Un pas vers l'habitat zéro carbone de 2050. © Croquis signé AR+TE
Le Sylvatest, vedette mondiale
Pour le bois collé, le réemploi en structure reste dans les limbes, même si le Sylvatest, avec ses mesures par ultrason non destructives, devient un outil pratique de mesure des performances mécaniques des structures. Il y a des spécialistes de la construction bois comme Thomas Büchi de Charpente Concept qui l’utilisent couramment depuis très longtemps.
Au Forum, le nouveau préau sportif de Bordeaux (agence Moonwalklocal) par Pyrénées Charpente défraye la chronique avec 25 % de bois de réemploi, pour lequel le Sylvatest a fait bon usage en alternative des tests destructifs en laboratoire, qui annihilent tout l’effet émissif du recourt au réemploi. Quant à la rénovation de l’Académie Fratellini par Atelier du Pont, l’atelier B4 permettra de faire le bilan de la mise à disposition de bois pour le réemploi, sachant que les structures en bois collé n’ont pas pu être rétuilisées en usage structurel, et on servi à la fabrication de mobilier.
5e Atelier réemploi
Au Forum, le réemploi du bois montre de multiples facettes. Au sein de l’atelier dédié au sujet, on trouve un projet alsacien de Nunc avec un fort recours au réemploi. Dans le cadre de l’atelier Adaptation et carbone, le ré-usage est thématisé par le travail de recherche français et allemand, avec l’application pratique du parquet de réusage. Le pavillon d’accueil Arbri à côté du Mur du climat, à l’entrée du Grand Palais, montre comment l’agence AR+TE, résidente des Ateliers Diderot de Pantin spécialisés dans le réemploi, procède à un réemploi "upgradé", qui transforme des déchets en bois de structure. Enfin, le fabricant modulaire SELVEA étudie l’option du ré-usage complet de modules, sur la base d’une expérience de chantier réel. Quant à Heco, le Forum permet de présenter un système de fixation d’auvent boulonnés encaissant 2 tonnes pour chaque tige filetée, avec possibilité de la retirer en cas de démontage.
Upgrader
On peut également parler d’une forme de réemploi upgradé pour le Quadrilogue, le pavillon qui accueille la 4e Tribune des Innovations conçu par l'agence Barreau et Charbonnet. L’agence récupère des panneaux en pin des Landes, les sable et y applique une profonde couleur bleue Taylux qui s’imprègne différemment selon le veinage du bois. Le clavetage complet est également une invitation au démontage, au stockage et à la réutilisation.
Le Pan’Auditorium conçu par l’agence Karawitz exemplifie une forme de réemploi à l’état pur. La structure est facile à empiler et à stocker, tandis que les panneaux aux dimensions de production sont destinés à être démontés et vendus comme des panneaux neufs.
Quant aux Bouquets de Douglas du Paddock, par l’agence Chomette-Lupi, il s’agit de réutiliser les socles en métal fabriqués par Boucheraud Industries pour le totem extérieur du 8e Forum à Dijon en 2018.
Rendez-vous demain
Derrière ses opérations pionnières, la réalité avance comme elle peut. À la différence de la brique qui, à défaut de plateformes franciliennes, est acheminé du BENELUX à grand renfort de GES pour parfaire le bilan carbone d’ouvrage minéraux, le réemploi du bois à la place du bois neuf génère moins de bénéfice carbone et plus d’ennuis encore.
Quant à la situation réelle du réemploi du bois, le démontage de l’estrade de Weisrock sur le parvis Notre-Dame à Paris l’illustre. La structure a parfaitement rempli son office pendant cinq ans, le BLC de Douglas est démantelé à la tronçonneuse pendant des semaines pour être acheminé par petit camion vers des bennes de négociants en banlieue. Quelques poutres importantes font cependant l'objet d'un réemploi séparé. Le sort des multiples cintres en Douglas de renforcement de la cathédrale reste inconnu même si leur ré-usage est compromis par le plomb. Quelques années de versement de l’écotaxe n’ont pas vraiment permis au réemploi du bois de dépasser le stade du prototype, sauf des modes de réemploi qui précédaient ce systèmes (1 000 détours pour les menuiseries…) mais ce travail de pionnier est indispensable et portera ses fruits dans dix ans, comme c’est en général le cas pour les avancées innovantes, notamment grâce au travail de pionnier de Rewood à Lille.
L’accueil symbole
Grâce à James Vitrac et aussi du fournisseur de bois France Douglas, le Forum dispose d’un totem d’accueil à la mesure de l’événement du Grand Palais. Le Mur du climat renvoie à l’atelier B9, à une exposition intérieure avec de multiples émergences en bois, au thème de la manifestation (Face au carbone), et à l’engagement du Forum de créer un lien entre le Grand Palais et le public parisien.
À côté, le pavillon d’accueil Arbri proposé comme vestiaire par Carlos Barba est tout aussi décisif. Les doubles colonnes en pierre de la façade inspirent des doubles colonnes de planches de protection d’arbre. Les traverses particulières développées par l’architecte pour relier ces doubles colonnes sont en bois de récupération. L’ouvrage intègre ces fameuses briques de broc à base de déchets, et l’ensemble prévu pour montage et démontage rapide est ré-utilisable comme espace de vie dans n’importe quel jardin.
En 2022 à Nancy, la Fabrique associée à l’ESA de Paris avait produit Points de bâti, qui évoquait de façon saisissante, avec des sciages de Douglas, un profil de maison basculant vers le gouffre. Cette année, l’exploit français d’une nécessaire tenue des engagements internationaux en matière de réduction des émissions de GES à l’horizon de 2030 est signifié par le Mur du Climat, tandis que le pavillon d’accueil dialogue avec le monument de 1900 et montre la voie.
125 ans après sa construction, et grâce à sa rénovation magnifique, personne ne voit plus dans le Grand Palais ce qu’il est, un péplum de la bourgoisie triomphante, mais plutôt, avec attendrissement, un lieu rétrofuturiste qui abrite un monde constructif qui garde l’espoir.
Source : batirama.com / Jonas Tophoven / © Jonas Tophoven